Je me tiens debout au milieu de la pièce, observant les lieux avec plus d'attention. Le plafond, haut et voûté, laisse apparaître des poutres en bois sombre. Les murs en pierres apparentes racontent une histoire ancienne, et le sol dallé de larges pierres noires, polies par le temps, donne au lieu une aura presque théâtrale.
Mon cœur tambourine dans ma poitrine. Ce magasin... je l'avais repéré il y a des mois, et j'avais abandonné l'idée de l'acheter en même temps que tant d'autres rêves que j'avais mis de côté. Mais aujourd'hui, quelque chose en moi refusait de renoncer.
Un homme mince, à la silhouette droite et aux cheveux poivre et sel impeccablement coiffés, s'approche de moi. Il serre contre lui un classeur débordant de documents, et ses lunettes glissent légèrement sur le bout de son nez. C'est Monsieur Bodh.
— Je dois dire que j'ai été surpris de recevoir votre appel, commence-t-il, ajustant ses lunettes et m'adressant un regard prudent.
— Je sais que je vous avais dit que je ne la prendrais pas, mais... Je marque une pause, sentant ma gorge se nouer. Cette semaine, j'ai dû faire des choix difficiles. Et finalement... je reste. Alors, je vous en prie, dites-moi qu'elle est toujours disponible. Ma voix tremble légèrement sous l'émotion.
Il me dévisage longuement avant de répondre.
— Eh bien... figurez-vous qu'une jeune femme a visité ce magasin il y a à peine une demi- heure. Elle m'a même fait une offre...
Mon cœur manque un battement. Une sensation glacée me remonte le long de l'échine. Je m'avance d'un pas, sentant l'urgence m'envahir.
— Par pitié, Monsieur Bodh... le coupai-je, incapable de masquer l'angoisse qui perçait dans ma voix.
Un silence pesant s'installe. Il finit par sourire, un sourire complice qui déride un instant son visage austère.
— Je vais faire cette vente avec vous, Mademoiselle Valencia.
Je laisse échapper un rire nerveux, une vague de soulagement m'envahissant, et je sens presque mes jambes fléchir sous le poids de cette tension que je retenais.
— Merci... merci infiniment, Monsieur Bodh. Vous ne pouvez pas savoir à quel point cela me réjouit.
Il incline la tête avec une certaine élégance, puis commence à feuilleter des papiers.
— Souhaitez-vous également le pack complet avec l'agencement de la boutique ? Nous pouvons tout concevoir selon vos idées.
— Oui, j'ai confiance en vous. Je sais que vous pouvez saisir ce que je veux. Une énergie nouvelle m'anime tandis que des images de ma future boutique prennent forme dans mon esprit.
Il acquiesce, sortant un formulaire qu'il pose sur une vieille table en bois massif. Alors que je m'apprête à signer, mon téléphone vibre. Un appel.
— Excusez-moi, dis-je en me reculant doucement, le visage à moitié tourné vers la porte. J'ai un appel important.
Je décroche, posant le téléphone contre mon oreille. Le son de la voix à l'autre bout me tire un sourire crispé.
— Valencia, dis-je simplement en décrochant.
— Où es-tu ? demande Carlos, sa voix teintée de curiosité. Je serre les dents, sentant monter une pointe d'irritation.
— Je suis occupée, Carlos. Je ne peux pas parler maintenant, répliquai-je sèchement.
— Juste un instant, j'ai besoin de savoir où tu es, insiste-t-il. Je soupire, impatiente.
— Je te l'ai dit, je suis occupée. Je te rappelle plus tard, dis-je, puis raccroche sans lui laisser le temps de répondre.
Je repose le téléphone dans mon sac, mon cœur battant un peu plus vite, mêlé d'agacement et d'inquiétude. Je retourne auprès de Monsieur Bodh, qui m'observe avec un intérêt évident.
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Willing To Lose
RomanceUne alliance stratégique. Un faux couple. Deux héritiers sous les projecteurs. Valencia Fox n'a rien d'une fille modèle. Elle a grandi dans l'ombre d'un nom trop lourd à porter : celui de Paul Fox, son père. Quand Carlos Lux, héritier charismatique...
