Je me trouvais dans ce petit restaurant à l'abri des regards, là où les glycines encadraient la terrasse et où le murmure discret d'une fontaine créait une bulle de calme. Je portais une robe en lin clair, et ma main, presque instinctivement, venait reposer sur mon ventre arrondi. Sept mois déjà. Parfois, j'avais du mal à réaliser.
Hermione avait tenu à ce qu'on déjeune ici, loin de l'agitation, loin de tout ce qui pouvait nous rappeler la vie d'avant. Elle avait commandé une salade qu'elle ne toucherait probablement pas, et elle m'observait avec cette douceur et cette attention qu'elle avait toujours eues depuis notre mariage.
— Tu as bonne mine, me dit-elle en sirotant son thé glacé.
— Le bébé n'aime pas que je reste trop immobile. Dès que je me pose, il bouge, donne des coups... Alors je marche, je m'agite, je fais tout pour ne pas penser. Et apparemment, ça me réussit.
Hermione laissa échapper un léger rire.
— Tu te rends compte que tu vas devenir mère ?
Je souris, mais ce sourire était fragile, hésitant.
— J'essaie de m'y faire. Parfois, ça me semble fou, comme si je n'étais pas prête. Et parfois, quand je suis seule, je me surprends à lui parler.
Elle me prit la main avec tendresse.
— Tu seras une mère incroyable.
Un serveur apporta nos plats. Le silence s'installa, doux, comme un répit.
Puis, brusquement, l'atmosphère changea. À peine avais-je commencé à couper un morceau de pain qu'ils étaient là.
Trois hommes, habillés de noir, sobres, presque trop sérieux pour ce lieu tranquille. Aucun geste menaçant, pourtant leur simple présence étouffait. Hermione se redressa, sur la défensive.
L'homme au centre, grand, la cinquantaine, les cheveux poivre et sel sur les tempes, s'approcha lentement. Une bague ancienne ornait son annulaire.
— Valencia Fox. Je suis Giorgio D'Avanzio. Nous devons parler.
— C'est Lux. Valencia Lux.
Un poids s'abattit dans l'air.
Hermione croisa les bras, décidée à défendre ce moment.
— Ce n'est ni l'endroit, ni le moment.
Je levai la main, la coupant doucement.
— Je vous écoute.
Giorgio ne prit pas place. Il resta debout, comme si s'asseoir trahirait l'intimité de la conversation.
— Tu portes le nom de ta mère. Mais tu es la fille de Paul. Et son sang ne s'efface pas parce que tu as choisi une autre vie, un autre nom.
Il sortit de sa poche un pendentif en or, ancien, lourd, gravé du blason de la famille.
— Ton père avait un plan. Il savait qu'un jour, tu devrais choisir. L'empire Lux est aujourd'hui fragile, entre des mains temporaires. Instables. Il faut un nom et une héritière légitime.
— Ecoutez..je n'ai aucune envie d'être..
— Tu peux refuser. Mais sache que les conséquences ne te laisseront pas en paix. Ni toi. Ni ton enfant.
Il posa lentement le pendentif sur la table, juste devant moi, puis recula d'un pas.
— Je reviendrai dans trois jours.
Et sans attendre de réponse, il tourna les talons.
Ils s'éloignèrent aussi vite qu'ils étaient venus.
Hermione resta figée, la mâchoire serrée.
— Tu ne leur dois rien, me lança-t-elle enfin.
Mais moi, je restai muette. Je regardais ce pendentif, ce poids qui n'était plus seulement celui de l'or. Dans mes yeux, quelque chose se brisait. Ou peut-être... se révélait.
Deux mois plus tard
La lumière tamisée de la salle d'accouchement dessinait des ombres douces sur les murs. Chaque contraction me traversait comme une tempête, mais je serrais la main de Carlos.
Son regard ne quittait pas mon visage. Il ne disait rien, juste ce silence plein de force et d'amour qui me donnait du courage.
— Tu es incroyable, souffla-t-il, la voix brisée d'émotion.
Je fermai les yeux, me concentrant sur sa main dans la mienne, sur le rythme lent et sûr de sa respiration. Tout autour s'effaçait, sauf lui et la vie qui grandissait en moi.
Puis vint le cri, ce cri qui fendit le silence et me fit fondre en larmes.
— C'est un garçon, annonça la sage-femme avec un sourire tendre.
Je sentis Carlos s'approcher davantage, embrasser mon front, murmurer un « bienvenue » à ce petit être tout neuf.
Je le regardai, le cœur bouleversé, et chuchotai :
— Thomas...
Carlos glissa doucement son bras autour de moi, me serrant contre lui.
— Il a de la chance d'avoir une mère comme toi, Valencia.
Je posai mes lèvres sur le front de Thomas, mon fils, et pour la première fois depuis longtemps, je sentis le calme.
Un calme chargé d'espoir.
FIN.
VOUS LISEZ
Willing To Lose
RomanceUne alliance stratégique. Un faux couple. Deux héritiers sous les projecteurs. Valencia Fox n'a rien d'une fille modèle. Elle a grandi dans l'ombre d'un nom trop lourd à porter : celui de Paul Fox, son père. Quand Carlos Lux, héritier charismatique...
