Je restai seule un moment, à fixer cette pièce qu'on avait retournée toute la journée. Tout était presque prêt, et pourtant, j'avais cette sensation étrange que rien ne l'était vraiment. Je rassemblai les papiers sur le comptoir, passai un coup de chiffon machinal sur la vitrine.
Comme aimantée, je jetai un œil par la fenêtre.
Je finis par souffler et attraper mon sac. Dehors, la lumière du soir baignait la rue d'un orange fatigué. Et comme je m'y attendais, il était là.
Georges. Appuyé contre la carrosserie noire, les bras croisés, l'air aussi tranquille qu'un type qui aurait pu rester planté là toute la nuit sans broncher. Il me vit approcher et se redressa aussitôt.
— Bonsoir, Mademoiselle Valencia.
Toujours cette voix posée, presque chaleureuse. Jamais un mot plus haut que l'autre.
— Bonsoir Georges, soupirai-je.
Il m'ouvrit la portière sans attendre.
— Si vous voulez bien.
Je montai à l'intérieur, et il referma doucement derrière moi avant de contourner la voiture pour prendre le volant. Le moteur ronronna dans le calme de la rue.
Quand on arriva devant l'immeuble, il descendit et m'ouvrit la portière avec cette même politesse inébranlable.
— Je vous accompagne jusqu'à l'ascenseur, Mademoiselle Valencia.
Je hochai la tête sans discuter et le suivis à l'intérieur du hall.
Georges appuya sur le bouton du dernier étage et, avant que les portes ne se referment, il ajouta :
— Bonne soirée, Mademoiselle.
Je le regardai une seconde, puis les portes se refermèrent. Le souffle coupé dans ce sas d'acier.
L'ascenseur monta sans un bruit, les chiffres défilant lentement au-dessus de la porte. Mon cœur cognait plus fort à mesure qu'on approchait. Je me détestais de ressentir ça.
Quand le ding discret annonça mon arrivée, je relevai la tête. Les portes s'ouvrirent en douceur. Et il était là.
Adossé contre le mur, les bras croisés, l'air fermé. Dans une chemise sombre, les manches retroussées, son regard planté dans le mien avant même que j'aie mis un pied dehors.
— Ce que tu as vu ce soir-là, ce n'est pas ce que tu crois.
Je plissai les yeux, surprise par son ton posé.
— Viens, j'ai préparé quelque chose.
Je le suivis. La pièce était chaleureuse, éclairée par une lumière tamisée, et une table élégamment dressée trônait au centre. Une odeur délicate de plat chaud flottait dans l'air.
— Qui a cuisiné ça ? demandai-je, intriguée.
Un sourire en coin fendit le visage de Carlos.
— Ce n'est pas moi, loin de là. C'est Sabrina, mon intendante.
Il me fit signe de m'asseoir. Je pris place en face de lui, les mains posées sur la nappe, observant chaque détail, ses gestes, ses expressions.
Le silence s'installa un instant, puis il roula des yeux et se leva brusquement avant de revenir s'asseoir à mes côtés.
— Écoute, je veux être honnête avec toi. Je ne connais même pas cette femme. Elle travaille pour James Harley et devait me conduire jusqu'à lui. James est un homme dangereux, et hier soir, j'ai dû aller le voir pour aider mon frère, Gordon.
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Willing To Lose
RomansaUne alliance stratégique. Un faux couple. Deux héritiers sous les projecteurs. Valencia Fox n'a rien d'une fille modèle. Elle a grandi dans l'ombre d'un nom trop lourd à porter : celui de Paul Fox, son père. Quand Carlos Lux, héritier charismatique...
