Chapter 10

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Je restai figée, le téléphone encore chaud contre ma joue, l'écho de sa voix résonnant dans ma poitrine. Helena. Après tout ce temps. Après les silences. Les absences. La douleur. Elle avait appelé.

Autour de moi, la boutique reprenait son rythme habituel. Le bruit d'un mètre qu'on enroulait, les talons de Natasha claquant sur le parquet. Mais tout me semblait flou, comme étouffé sous une vitre.

— Valencia ? Tu valides pour la vitrine ? demanda Natasha, déjà tournée vers les rideaux en lin ivoire.

Je hochai vaguement la tête, incapable de parler.

— Natasha, je dois partir. Urgence familiale.

Elle se retourna, sourcils haussés.

— Tout va bien ?

Je secouai la tête.

— Pas vraiment. Je te laisse gérer la fin des installations. Ferme la boutique ce soir, je te fais confiance.

— Compte sur moi. Si t'as besoin, tu m'appelles, d'accord ?

Je la remerciai d'un souffle, pris mon sac et quittai la boutique sans un mot de plus.

Le trajet vers la gare se fit en apnée. J'aurais dû être en colère. Ou distante. Mais rien ne venait, sinon un mélange confus d'inquiétude et de souvenirs. Elle était là. Ma sœur. Et elle avait besoin de moi.

Quand j'arrivai, je la repérai tout de suite. Amaigrie. Fatiguée. Un vieux sweat sur les épaules, un sac à ses pieds. Elle regardait autour d'elle, les yeux pleins d'ombre.

Je me garai à la hâte, descendis de la voiture, hésitai. Puis nos regards se croisèrent.

— Valencia...

Je marchai vers elle, les jambes lourdes, et sans réfléchir, je la pris dans mes bras. Son corps trembla contre le mien, un sanglot discret se coinça dans sa gorge.

— Je suis désolée...

Je fermai les yeux un instant.

— On verra ça plus tard. Monte.

De retour à l'appartement, Helena resta près de la porte, droite, raide, comme si elle n'osait pas poser le pied dans notre monde.

— Tante Laureen ?

— Elle n'est pas là. Pose ton sac là.

Elle obéit en silence. Ses mains tremblaient. Son visage portait des mois, peut-être des années, de fatigue.

— Je vais faire du thé.

— Valencia...

Je me retournai à moitié.

— Merci de m'avoir répondu. Je sais que je devrais pas être là... mais j'avais personne d'autre.

Je ne répondis pas. Je préparai deux tasses, le silence tombant entre nous comme une nappe humide.

— Je t'ai pas ouvert la porte pour parler du passé. Pas ce soir.

— Je comprends.

Je lui tendis une tasse.

— Tu peux rester ici cette nuit. On verra demain.

Elle esquissa un sourire timide.

— Merci, Val.

Le calme retomba. Mon téléphone vibra doucement sur la table basse. Je jetai un coup d'œil : plusieurs appels, messages. Carlos.

19h12 — Carlos : Où es-tu ? J'ai besoin de savoir que tu es bien rentrée. Georges me dis qu'il ne t'a pas vu..
19h37 — Carlos : Tu me fais tourner. Rappelle-moi.
20h02 — Appel manqué
20h04 — Appel manqué
20h20 — Carlos : J'envoie Georges chez toi s'assurer que tout va bien si tu ne me réponds pas.

Willing To LoseOù les histoires vivent. Découvrez maintenant