Samuel

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         Malgré  les preuves qui se trouve face à nous, Aireen continue de démentir. Elle prône haut et fort son innocence, mais je n'arrive pas à la croire. Comment une telle chose a pu arriver à Revolt ? C'est la première fois qu'un élève meurt, le corps gisant dans une flaque de sang. Et le pire, c'est que personne ne peut le ramener à la vie, pas même la magie. Ça serait enfreindre la règle ancestrale et se mettre à dos Dieu lui-même. Que s'est-il passé ? Des centaines de questions fusent dans mon esprit, mais je n'aime aucune d'elle. Jasper et la demoiselle aux cheveux ocres étaient introuvables depuis tout à l'heure, et c'est ici, dans le bureau de monsieur Morrow, près d'un étudiant mort, que les retrouve.

— Samuel ! Tu nous crois ? Tu sais très bien que je n'aurais pas pu tuer quelqu'un ? force Jasper en saisissant mes poignets.

— J'aimerais te croire... vraiment, soufflé-je.

Surpris, il recule de quelques pas. Ma réponse ne doit pas lui plaire, mais il ne doit pas oublier que je connais son secret, et celui-ci n'a rien de joyeux. Il baisse les yeux pour fuir cette situation rocambolesque.

— Tu sais très bien que j'aimerais, repris-je, mais... n'oublie pas que tes parents sont morts noyés. Tu as tué les deux personnes que tu chérissais le plus sur Terre, alors permets-moi de douter.

Je ne sais pas ce qu'il m'arrive. Cette façon de parler, cette inquiétude que ressent mon cœur à son égard, ce n'est pas moi.

— Merci de ressasser le passé !

— Je n'y suis pour rien, Jasper.

Nos regards s'affrontent, tels deux chiens enragés. Ce n'est pas de la colère ou dans la rancœur, mais bien plus. Il se sent trahi. Peut-on appeler la personne qui nous plonge au plus bas, ami ?

— Moi, je vous crois ! annonce Emma avec vigueur. L'un comme l'autre, vous n'avez pas pu faire ça. Regardez-le, sa mort n'a rien de magique. Je ne connais aucun sort capable de faire autant de dégâts physiques.

— Moi, j'en connais un.

Nous sursautons tous ensemble et nous nous observons pendant de longues secondes, avant de tourner notre regard vers la porte, d'où madame Klein est postée. La main posée sur la poitrine, son cœur doit s'affoler. Sa respiration n'est pas régulière et elle a l'air à bout de souffle.

— Expliquez-vous ! hurle Aireen en quête d'une réponse.

— Comme pour Jasper. Sauf par mégarde, vous ne pouvez pas tuer. La seule façon de le faire, est d'utiliser une formule ou acquérir un pouvoir, dit noir.

— Comme dans le grimoire de ma mère ? la questionne Emma.

— Oui, c'est bien ça.

Le livre est pourtant au sous-sol et monsieur Morrow nous a juré que personne ne pouvait y accéder, à part la nouvelle. Le temps de déplacer tous les cartons dans un lieu un peu plus protégé.

Évangéline s'avance, avec inquiétude vers le corps de son élève. Les genoux à terre, elle caresse la chevelure brune de celui-ci avant de tourner sa tête et observer la blessure. Elle soupire face à ce carnage. Une larme s'échappe de son œil et coule le long de sa joue. Elle est attristée et aucun de nous ne sait comment la réconforter.

— Monsieur Morrow est introuvable depuis ce matin, nous avoue-t-elle à contrecœur. Un élève meurt. Vous êtes pris pour cible. Ce que Cléa redoutait au plus profond d'elle est en train de se réaliser.

Une idée de génie me traverse l'esprit. Je sors du bureau sans leur demander la permission. Si Évangéline souhaite réellement me parler, elle sait où me trouver. Quant à Aireen et Jasper, je suis un peu trop troublé pour leur parler clairement. Tout comme eux, je veux découvrir ce qu'il s'est passé. Je ne me sens pas du tout affecté par la mort de cet élève. Je le devrais, mais j'ai l'impression que mon cœur s'est endurci depuis le décès de mon père et qu'il s'est aussi noirci depuis que je souhaite voir ma mère entre quatre planches.

Les Irréguliers - Tome 1Où les histoires vivent. Découvrez maintenant