Samuel

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         Une sombre pensée me sort in extremis de mon sommeil avant que je ne sombre dans les ténèbres à jamais. Encore sous le choc, ma respiration est saccadée et j'ai du mal à y voir clair. J'inspire un bout coup, puis relâche toute la pression accumulée par cette rude nuit. Je ne sais même plus où je suis, tellement je me sens désorienté. Mais une chose me rappelle l'endroit dans lequel je me trouve. Sentant une légère pression sur ma main, je tourne mon regard vers la gauche. Je tombe tout de suite sur la chevelure de la demoiselle qui est à mon chevet. Je balance ma tête en arrière pour replacer mes mèches noires correctement, mais un gant de toilette tombe au sol. Emma dort paisiblement, ses paupières sont fermées et son souffle est régulier, malgré ça, elle ne me lâche pas. Elle est ici depuis quand ? Je suis bouche bée et je m'en veux un peu. J'espère qu'elle ne m'a pas vu dans un état pitoyable et de faiblesse, ça serait la situation qui pourrait ruiner tous mes plans.

Alors que je souhaite retirer ma main de la sienne, je me rends compte qu'elle porte une marque. Surpris, j'extrais mes doigts pour mieux contempler la croix. Elle est granuleuse et rougit, comme si on venait de la brûler au troisième degré. Je passe mon pouce dessus et Emma se réveille en sursaut.

— Ne fait plus jamais ça ! me crie-t-elle au visage.

Je hausse les sourcils avant de rire discrètement.

— Pourquoi ? Ça fait mal ? demandé-je pour me moquer d'elle.

— Non, tu crois ?

Ses yeux s'écarquillent, puis elle souffle en se relevant. Bizarrement, je me sens un peu plus calme d'un seul coup. Mon cœur est moins agité et j'ai repris mes esprits. Mon attention se tournent vers la jeune femme aux cheveux auburn. Elle plie la serviette et récupère le gant de toilette que j'ai fait tomber pour le mettre sur le bord de la bassine.

Elle me jette un bref coup d'œil et sa mine devient plus triste que tout à l'heure.

— Tu vas mieux ? me questionne-t-elle inquiète.

— Ne t'en fait pas pour moi, je vais bien.

Vu sa tête, ma réponse n'a pas l'air de l'étonner. Je lui ai répété maintes fois hier que je n'avais pas besoin de son aide, mais... ça me fait plaisir de la voir à mes côtés. Je suis surtout surpris de ne pas y voir Jasper. Lors des sorties, il est le premier à réagir et m'épauler le temps que je me calme et me réveille.

— Dit ! Où est Jasper ?

La demoiselle dévie son regard vers la porte avant de froncer les sourcils. Elle se mord la lèvre inférieure, hésitante, mais finit par répondre :

— Il est parti hier soir. On va dire que... tu l'as un peu déboussolé.

Un peu ? Vu ses paroles, je remarque tout de suite qu'elle essaie de minimiser l'événement. Juste avant qu'elle ne sorte, je lui saisis le poignet et l'arrête dans sa lancée.

— Raconte-moi ce qu'il s'est passé. Dis-moi quels mots j'ai prononcé. Lorsque je suis dans cette phase, je ne contrôle pas mes paroles et ça doit avoir un rapport avec ça, alors parles-moi !

Elle pivote pour me faire face et c'est avec difficulté qu'elle me répond :

— Je ne sais pas comment t'expliquer. Tu as commencé à parler comme un enfant, comme si tu voyais tes parents te noyer. Tu as repris ensuite de plus belle, mais comme un adulte. C'est à ce moment-là que tu as prononcé le nom de Jasper. Je peux juste te dire qu'il avait l'air réellement touché et qu'il a quitté la pièce précipitamment.

Et merde. Pourquoi j'ai dit ça ? Il n'y a qu'une seule personne que je ne veux jamais voir triste, c'est lui. Certes, je lui réponds comme un chien, mais je ne lui ai jamais fait de mal. Quand je le blesse, c'est toujours de façon involontaire. Il n'était pas censé savoir que j'étais au courant pour son accident, mais si je l'ai dit, c'est qu'il y a pensé, ne serait-ce deux secondes.

Les Irréguliers - Tome 1Où les histoires vivent. Découvrez maintenant