Chapitre 12

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Christophe fut rejoint sur le balcon par les autres. Ils n'arrivaient plus à discerner les militaires depuis le balcon. Les véhicules étaient à l'arrêt. Le bruit de quelqu'un hurlant à travers un talkie-walkie, perçait vaguement à travers les cris et les grognements. Quelques tirs semblèrent percer au centre. Une ligne de mort s'écroula alors que leur tête explosait tour à tour. Un seul soldat s'en extirpa, un HK416 F en mains. Il n'avait pas l'air blessé.

« Arrêtez de tirer ! Cria Samuel. Venez par ici ! »

Christophe était descendu rapidement pour se préparer à ouvrir la porte. Le militaire hésita, l'arme pointée vers les cadavres. Mais Samuel attrapa une assiette décorative qui ornait son mur et la lança comme un frisbee dans la direction du camion de pompier. L'objet d'y fracassa et attira les morts. Ils se dirigèrent dans cette direction, libérant la vue sur le tas de militaires décédés, couverts de leurs propres tripes. Le seul survivant resta un instant immobile, les yeux fixés sur ses camarades, jusqu'à ce qu'une main l'agrippe. Il se retourna vivement en levant à nouveau son arme, mais tomba nez-à-nez avec Christophe, qui l'incita à se taire avant de l'entraîner avec lui vers la clinique.

Le militaire n'eût pas le temps de reprendre son souffle, aussitôt à l'intérieur, Samuel pointait une flèche dans sa direction.

« Wow ! Papa, calme-toi ! Réclama Christophe.

—Éloigne-toi de lui. Répliqua simplement le vétérinaire. Et toi, est-ce que tu as été mordu ?

—Pardon ? Demanda le militaire.

—Réponds ! Tu ne peux pas être sorti entièrement indemne de cette horde ! Tu es tellement couvert de sang qu'il m'est impossible de dire si tu es blessé.

—Je me suis retrouvé coincé sous mes camarades. Je n'ai aucune idée de ce qu'il se passe ici !

—Est-ce que tu as été mordu ?

—Ils ont mordu dans le gilet pare-balle, il me semble. Pourquoi ?

—Retire-le.

—Quoi ? Vous me demandez de me déshabiller, vous êtes sérieux ?! Je n'ai pas à vous obéir !

—Je suis prêt à te tirer une flèche directement dans la tête et nous avons survécu à ces choses, alors je pense être largement en position de te donner des ordres ! Retire ton gilet et ton t-shirt ! »

Le soldat resta un instant figé. Finalement, il posa son fusil d'assaut et détacha son gilet pare-balle, avant de retirer son haut. A part un léger bleu au niveau de ses côtes, il n'avait aucune blessure. Samuel baissa son arme, soulagé. Le militaire se présenta sous le nom d'Alexandre Chevalier. C'était un bel homme de trente-cinq ans, d'origine martiniquaise, aux yeux bleus. Il était entré à l'armée de terre depuis six ans déjà. Samuel entreprit de tout lui expliquer. Tout ce qu'ils savaient sur ces choses et tout ce qu'il leur été arrivé jusqu'à cet instant précis.

Alexandre sembla particulière choqué de leur histoire. Il resta un instant immobile et silencieux, avant de se précipiter à une fenêtre. Ses camarades se relevaient déjà, tous dans des états dépassant largement la capacité de survie qu'un humain pouvait avoir. Malgré leurs corps partiellement démembrés et éventrés, il pouvait reconnaître la plupart d'entre eux. Y compris son sergent, une jolie femme brune, dont la mâchoire avait été arrachée.

« Je suis désolé. Souffla Samuel en se posant à côté de lui. Je comprends, j'ai failli perdre mes enfants.

—Ce n'est pas ça... marmonna Alexandre, visiblement en état de choc. On a fait une énorme connerie. »

Samuel haussa un sourcil. C'était sûr que débarquer ici sans même savoir à quoi ils se frottaient, ce n'était pas bien malin. Il allait parler pour le rassurer, mais Alexandre le coupa :

« Un train est arrivé à Paris. Et ce sont uniquement des choses comme ça qui en sont sortis. Des centaines de ces monstres. La capitale a été envahie en seulement quelques heures.

—Il y avait un train qui partait au moment où ça a commencé. Confirma Andrée en jetant un œil à son ex-mari. Laurent voulait qu'on y aille. Les gens ont dû s'y précipiter pour fuir... j'imagine que certains ont été mordus.

—Sûrement... mais... le vrai problème, c'est ce que nous avons fait. Nous avons évacué Paris. En envoyant les gens dans tous les trains et les avions disponibles. Sauf que, du peu que j'en sais, il y avait des blessés.

—Par blessés, grinça Fayyad. Vous voulez dire...

—Mordus.

—Ils ont été envoyés où ?

—Un peu partout, loin de Paris, et même de la France pour certains.

—Ce sont donc des cargaisons complètes de cadavres ambulants qui vont se répandre comme une traînée de poudre dans le monde entier... »

Cette fois, leurs maigres espoirs furent réduits à néant. Comment croire que tout allait bien se passer ? Bientôt toute la planète allait être envahie par les morts. A moins que les autres pays ne s'avèrent mieux organisés et mieux préparés, ils n'avaient aucune chance. Alice attrapa la manche de son père, elle était terrifiée.

« Papa, appela-t-elle. On fait quoi, alors ?

—...on survit. Marmonna Samuel. Je ne vois pas quoi faire d'autre.

—L'asile. Coupa soudain Alexandre.

—Quoi ?

—On avait pour mission d'aller jusqu'à un asile.

—L'hôpital psychiatrique du lac des cygnes ? Devina Fayyad. C'est le seul qui nécessite de traverser la ville.

—C'est ça. Les appels à l'aide que nous avons reçu venaient de là. La police et les pompiers avaient été envoyés en premier, mais quand je vois le camion en face de chez vous, je comprends pourquoi ils ont cessé de donner des nouvelles.

—Ça explique pourquoi ils sont arrivés si vite. Ils n'étaient pas là pour nous.

—La plupart des militaires sont restés à Paris pour évacuer, mais ils nous ont envoyés pour voir ce qu'il se passait ici, et plus particulièrement à l'asile. Peut-être... peut-être qu'on peut trouver une explication là-bas. Peut-être même une solution. »

Le groupe prit le temps de réfléchir à cette alternative. S'ils réussissaient à prendre le véhicule blindé, ils avaient des chances d'atteindre le bâtiment indemnes. Si les militaires n'avaient pas réussi, c'était uniquement parce qu'ils étaient sortis. D'un autre côté, ils n'allaient pas tous tenir dans cette voiture. Et il était hors de question de laisser les enfants seuls ici. Samuel émis l'idée d'y attacher sa caravane, qui se trouvait dans le jardin. Mais fallait-il déjà réussir à atteindre l'ARAVIS* qui était présentement entouré de morts. Au moins, ils avaient maintenant un objectif. Samuel proposa de terminer la nuit, afin que tout le monde soit en forme pour se préparer au départ. Ils ne savaient pas exactement ce qu'il allait se passer, ni même s'ils pourraient atteindre l'asile. Peut-être allaient-ils juste devoir fuir ? Mais si le monde entier était envahi, où iraient-ils ? Bien que certains, notamment Laurent, n'étaient pas du même avis, le vétérinaire prévoyaient de prendre autant de vivres qu'ils pourraient en stocker et surtout de quoi se défendre.


*L'ARAVIS est un véhicule 4x4 doté d'un tourelleau téléopéré armé d'une mitrailleuse de 12,7 mm et d'un très haut niveau de protection contre les mines et les engins explosifs improvisés. 

Apocalypse AngelOù les histoires vivent. Découvrez maintenant