Chapitre 20

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Les deux véhicules s'étaient arrêtés au milieu de deux points d'eau, sur la route D31. Le groupe s'était débarrassé de quelques macchabées déambulant dans les alentour, puis une dispute éclata. C'était Laurent qui avait insister pour tenir la carte, en assurant qu'il avait un sens de l'orientation imbattable. Andrée s'excusa aussitôt, en ignorant complètement son ex-mari, d'avoir oublier de les prévenir : ils ne devaient jamais lui confier la carte. La tension montait alors que Laurent commença à s'en prendre à elle, puis à Nicolas et Mélodie venus défendre leur mère, jusqu'à ce que Fayyad intervienne. Comme l'architecte ne voulait pas entendre raison, et continuait à insulter tout le monde, l'ancien proviseur le frappa si fort qu'il l'assomma.

Le groupe se calma et, assez isolés, ils s'installèrent pour un moment. Christophe brancha une petite bouteille de gaz à un réchaud de camping et commença à préparer le repas.

Les trois nouveaux profitèrent de cet instant pour poser de plus amples questions. Principalement sur les morts, mais aussi sur Ange. Le reste du groupe leur expliqua tout les détails de ce qu'ils savaient. L'histoire du jeune albinos les choquèrent bien sûr. Seul le vieil homme ne sembla pas trop réagir, fixant Ange, perplexe.

« Attendez, coupa Serge. Vous êtes sûr que c'est bien un garçon ?

—C'est vraiment la seule chose qui vous viens à l'esprit ? Marmonna Samuel, dépité.

—Et bien, vous devriez couper ses cheveux. Son visage est largement assez féminin sans en plus lui laisser une telle tignasse.

—Vous avez un problème avec les hommes aux cheveux longs ? »

Serge allait répondre, mais referma la bouche lorsque ses yeux croisèrent ceux de Samuel, puis de Nicolas. Le vieil homme secoua vivement la tête, ne sachant pas quoi répondre de plus.

« Mon grand-père est resté coincé au moyen-âge. Grimaça alors Gabriel. C'est pas donné à tout le monde, d'évoluer. »

Si Serge sembla se mettre en colère, les autres éclatèrent de rire. L'adolescent ne fit qu'esquisser un sourire, mais il semblait plutôt blasé par le comportement de son grand-père.

Le groupe resta à l'arrêt un moment. Au moins le temps de nettoyer le pare-brise ensanglanté de l'ARAVIS, de vérifier la pression des pneus, et quelques préparatifs au voyage. Fayyad en profita pour s'approcher du gothique, alors qu'il faisait chauffer de l'eau.

« Bonne technique. Lança le marocain. Où as-tu appris à purifier l'eau de cette manière ?

—En cours de physique-chimie. Souffla Gabriel. Je suis plutôt doué en science. Je voulais continuer mes études pour devenir médecin.

—Un beau projet. Je suis désolé. Avec ce qu'il se passe...

—C'est rien. Mais je connais les premiers soins, donc si quelqu'un se blesse, je serais au moins utile au groupe. »

Fayyad lui sourit et prit place à côté de lui. Il lui expliqua que Samuel était vétérinaire et qu'il pourrait sûrement lui apprendre des choses. Comme faire des points de sutures ou une opération. Gabriel se contenta de sourire et d'acquiescer. Fayyad l'aida en silence à faire chauffer plus d'eau, avant de la verser dans des gourdes et des bouteilles qu'ils avaient stockées.

« Dites. Lança soudain l'adolescent. Vous avez quelque chose contre... la communauté LGBT ?

—Moi ? Répondit Fayyad en souriant. J'en fais parti en faite.

—Quoi ? Vraiment ?

—Pas exactement. Je veux dire, je n'ai jamais participé à la gay pride ou quel qu'autre festival. En revanche, je suis gay. En faite... mon petit-ami est mort quand tout ça à commencé.

—Oh... je suis désolée.

—Ça va. Ce n'est pas la première fois que je perds tout. J'espère juste que ce sera la dernière. Mais, et toi ? Pourquoi cette question ? Tu es...

—Pas exactement... »

Gabriel se tut un instant et jeta un œil plus loin pour s'assurer que son grand-père ne s'approchait pas.

« Mon grand-père. Marmonna l'adolescent. C'est un vieux con resté à son époque. En faite, mes parents étaient pareil. Je suis pas vraiment gothique, vous savez. Enfin, ce serait mentir de dire que je n'aime pas. C'est vraiment joli. Mais je n'ai pas choisi ce style pour rien. Je peux me maquiller et porter autant de bijoux que je veux, sans être insultée et humiliée.

—Ça te va bien. Affirma Fayyad.

—Merci... dites... hm... Fayyad, c'est ça ? Vous avez déjà eu l'impression d'être sur une scène ? Que vous étiez obligé d'être quelqu'un d'autre, sans quoi personne ne vous aimait ?

—Oh oui. Bien trop souvent.

—J'ai toujours eu cette sensation... que c'était pas mon corps. »

Fayyad haussa un sourcil. Il venait de comprendre. Il avait devant lui un corps de garçon. Mais un esprit de fille. Il s'en voulait d'avoir pensé à elle au masculin.

« C'est pour ça que tu ne t'entends pas avec ton grand-père ? Devina le marocain.

—Non. Lui c'est le style gothique qui ne lui plait pas. Il n'est pas au courant. Mes parents le savaient et on se disputait tout les jours.

—Je comprends... et bien, j'aimerais te rassurer. À part peut-être Laurent, et je pense que Clémence pense comme lui, il me semble que personne ici ne te jugera, miss Gabriel.

—Je sais que c'est un nom mixte mais... appelez-moi juste Gaby. »

Fayyad lui frotta affectueusement la tête. Si Serge osait dire quelque chose contre elle, il promit de la défendre.

Ils terminèrent donc de purifier une quantité d'eau suffisante pour le voyage, avant de rejoindre les autres. Samuel interpela aussitôt l'ex proviseur pour demander son avis. La recherche du laboratoire dans Paris allait sûrement prendre du temps. Ils avaient quatre heures de route, et la ville serait sans aucun doute complètement envahi. Ils allaient devoir absolument trouver un endroit en sécurité pour passer la nuit, et ne commencer les recherches que le lendemain.

Ce fut Alexandre qui proposa un lieu de loisir ou de culture, comme un musée ou une bibliothèque. Aux dernières nouvelles les morts se concentraient principalement sur la gare du nord et gare de l'Est. Puisque les militaires avaient été déployés en catastrophe dans toute la ville pour évacuer les habitants et touristes, il y avait de fortes chances qu'il n'y ai aucun cadavre ambulant dans les points d'intérêt.

Fayyad attrapa alors la carte. Il venait d'avoir une idée, mais il ne connaissais pas l'emplacement exacte de l'endroit. Le lieu auquel il avait pensé se trouvait malheureusement juste à côté d'une gare. Celle d'Austerlitz. Il se rapprocha de Samuel pour lui souffler son idée.

« Il y a un hôpital et des restaurants dans ces alentour. Glissa le vétérinaire après avoir observer la carte. Ça pourrait nous permettre de nous ravitailler. Sans compter l'hôpital universitaire juste là. Ils ont peut-être du matériel que Rani pourrait utiliser.

—Et bien, ça ressemble à un plan. Affirma Fayyad. Je te laisse le volant de l'ARAVIS, je prends l'ambulance. Ça va être risqué. On ne sais pas combien de morts il pourrait y avoir. Il va falloir équiper tout le monde. »

Ils reprirent les couteaux de cuisine prit à l'asile et les distribuèrent à leurs nouveaux compagnons. Emma n'était pas vraiment certaine de pouvoir s'en servir.

Seulement, alors qu'ils terminaient les derniers préparatifs pour repartir, la voix de Denise les interpella. Elle appelait Ange, paniquée.

« J'ai tourné les yeux à peine quelques secondes. S'exclama t-elle. Je ne sais pas où il est ! »

Le groupe se mit aussitôt à fouiller les alentour en appelant Ange, sans crier trop fort pour éviter d'attirer les morts. Samuel se dirigea vers l'un des deux points d'eau, à demi dissimulé derrière des arbres.

« Je l'ai trouvé ! »

Apocalypse AngelOù les histoires vivent. Découvrez maintenant