Chapitre 21

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Samuel s'avança vers le bord de l'eau. Ange était dedans jusqu'à la taille. Lorsqu'il l'interpella, le jeune albinos se tourna vers lui en souriant. Puis il se rapprocha de la berge et tendis les mains. Un peu terrifié, posé sur le tissus des manches, se trouvait un crapaud. Samuel n'eût pas le coeur à le disputer. Ange n'avait jamais vu le moindre animal et s'était juste mis à suivre celui-là. Le fait d'être trempé ne semblait pas non plus le déranger. L'animal ne bougeait pas d'un pouce. Ange le maintenait peut-être grâce à son don.

« C'est un crapaud. Expliqua doucement Samuel. Tu dois le relâcher, Ange. Tu comprends ? Laisse-le partir.

— Mal ? Demanda timidement l'albinos.

—Tu pourrais lui faire du mal si tu ne le laisse pas partir. »

La bouche d'Ange forma une moue adorable et il posa délicatement le crapaud à la surface de l'eau. Le batracien ne se fit pas prié et plongea aussitôt. Samuel sourit et s'accroupit.

« Tu vois ? Assura t-il. Il est heureux quand il est libre. Comme toi. Tu aime être dehors ? »

Ange hésita un instant. Il n'était pas sûr d'avoir tout compris. Heureux ? Libre ? Il ne savait absolument pas ce que ces mots signifiaient. Samuel soupira et lui tendis les mains pour l'aider à sortir. Si le vétérinaire mesurait bien un mètre quatre-vingt-cinq, Ange ne dépassait pas le mètre cinquante-trois, avec son corps très fin, il n'était pas difficile à soulever.

Il le ramena vers les véhicules et récupéra une serviette dans la caravane. Denise prit le relais en montant dans l'ambulance. Mais alors qu'ils allaient repartir, l'ARAVIS refusa de démarrer. La raison, que Laurent découvrit en ouvrant le capot, était simple : le moteur était couvert de sang et de la chair s'y était coincée à de nombreux endroits. L'architecte jura, furieux.

« C'est absolument immonde ! Hurla t-il. Il est hors de question que je touche à ça !

—Espèce de chochotte ! Gronda Andrée »

Elle mit Victoria dans les bras de Mélodie et poussa Laurent, attrapant les morceaux de chair à pleine mains sans craintes. Samuel s'approcha pour l'aider, lui proposant même de le laisser faire. Mais Andrée avait grandi dans une ferme. Elle avait fait accoucher des vaches et soigner des blessures grave. Elle avait assisté à l'égorgement des cochons et la décapitation des poulets. Un peu de chair, même humaine, coincée dans un moteur, ne l'effrayait pas.

Avec l'aide de Samuel elle retira une bonne partie de ces immondes morceaux de viande. Elle fit signe à Fayyad d'essayer de démarrer. Non seulement le moteur refusa se s'activer, mais du sang gicla également tout autour du capot ouvert. Andrée se retrouva couverte de ce rouge poisseux. Cette fois c'était sûr : L'ARAVIS était fichu.

« Je suppose que nous allons devoir marcher. Souffla Fayyad.

—Jusqu'à Paris ?! S'indignèrent Laurent et Clémence d'une même voix.

—Oui, jusqu'à Paris. Nous sommes trop nombreux pour utiliser l'ambulance, même si nous y accrochons la caravane. Emportez autant de vivres et de matériel que vous pouvez en porter, mais ne vous surchargez pas. Avec un peu de chance, on trouvera d'autres véhicules sur la route. »

Samuel entra en premier dans la caravane pour y récupérer quatre sac-à dos. Il n'en avait pas plus. Ils entreprirent de les remplir autant que possible. Christophe portait le réchaud, qui se rangeait dans une sacoche spécialement conçu pour, ainsi que deux petites bouteilles de gaz pour l'alimenter. À la lanière du sac, il parvint à accrocher une poil et une casserole. Lorsque Fayyad lui fit la remarque qu'ils allaient devoir se passer de confort, le rouquin répondit que manger correctement était une priorité, et pas un simple confort. Les quatre sacs remplis, Fayyad, Samuel, Gaby et Nicolas se proposèrent de les porter en premier. Ils allaient bien sûr faire des roulements.

Apocalypse AngelOù les histoires vivent. Découvrez maintenant