11. Juste Axel

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"C'est dans l'extraordinaire que je me sens le plus naturel."

André Gide

⭐️⭐️⭐️

Axel

C'était une très mauvaise idée.

Pourquoi est-ce que j'avais accepté cette invitation à dîner ? Dans quoi est-ce que je m'étais embarqué ? Est-ce que j'avais réellement bien fait d'accepter cette invitation ? Est-ce que je pouvais réellement compter sur un simple dîner entre amis ou étais-je en train de me faire avoir ?

Laisser Camille m'approcher, accepter de lui faire une place dans ma vie, envisager même une amitié avec lui était une chose, mais accepter un dîner en était une autre. N'étais-je pas en train de lui en donner trop ? N'étais-je pas en train de trop m'investir à mon tour ? Peut-être que je ne devrais pas, que je ferais mieux d'annuler, j'avais l'impression que tout ça devenait trop sérieux.

Ce n'était pas réaliste. Un dîner seul avec lui, en tête à tête, et nous espérions tous les deux que ce n'était seulement qu'un synonyme d'amitié ? Qui voulions-nous convaincre ? Je ne pouvais évidemment pas parler à sa place, puisque j'avais aucune idée de ce qu'il se passait dans sa tête et je ne savais même pas s'il était intéressé par quelque chose de plus qu'une amitié, mais moi, je commençais à prendre conscience de ce que je ressentais. Je commençais à prendre conscience de mon cœur qui battait un peu plus vite lorsqu'il était à mes côtés, lorsqu'il me souriait, ou même lorsqu'il m'écoutait.

C'était peut-être bête mais, lorsqu'il me regardait avec intensité - comme il le faisait souvent - lorsqu'il n'était concentré que sur moi et sur ce que je lui disais, lorsqu'il se souvenait des moindres petits détails de nos conversations, lorsqu'il semblait réellement intéressé, sans faire semblant, ça me touchait. Mon coeur se gonflait et mon corps se réchauffait. Je me sentais enfin pris en considération. Cela me donnait l'impression qu'il tenait vraiment à moi, que j'étais important. 

Par la façon dont Camille interagissait avec moi, agissait envers moi, j'avais l'impression de compter pour quelqu'un. Évidemment, j'avais les jumelles, mais elles avaient leur vie à côté aussi, elles étaient là avant l'accident de Noé, et je ne voulais jamais les déranger ou être un poids pour elles. Je ne voulais pas les accabler encore plus face à mon inquiétude pour Noé et pour la suite. Mais au-delà de Prune et Cerise, je me sentais seul, je devais bien l'avouer. Et j'avais aussi parfois l'impression de m'effacer au profit de Noé et de son bonheur.

Mais auprès de Camille, j'avais l'impression que j'étais plus que le frère de Noé. Et je ne me sentais plus non plus comme le gamin oublié dans une famille déchirée. Mon père était présent pour moi par la pensée et les appels mais il l'était très peu physiquement puisqu'il était très souvent en déplacement pour son travail. Ma mère était évidemment à côté de la plaque et, de toute façon, notre relation s'était déjà fanée à partir de mes douze ans, après le divorce de mes parents. Mon frère était encore trop petit, trop jeune pour être mon confident. Même s'il était la prunelle de mes yeux, il y avait des choses que je ne pouvais pas lui dire. Et mon grand-père ne se souvenait plus de moi. Alors oui, parfois je me sentais seul, oublié, impuissant.

Cependant, face à Camille, j'avais l'impression d'exister. J'avais l'impression de redevenir Axel. Juste Axel. Et ce Axel était écouté avec patience.

C'était agréable. Mais ça faisait aussi terriblement peur. Oui, c'était terrifiant tous ses sentiments et ses pensées qui se bousculaient dans ma tête. Est-ce que j'avais le droit de ressentir ça ? Est-ce que ce n'était pas trop tôt ? Est-ce que ça en valait la peine ? Ou est-ce que je me plantais complètement et je ne finirais que par être qu'un nouveau souvenir effacé ?

RISINGOù les histoires vivent. Découvrez maintenant