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— Mange.
— J'ai pas très faim.
— Camille, mange. Je te promets qu'on ne sortira pas d'ici tant que t'auras pas au moins mangé la moitié de ta pauvre salade.
Je poussai un long soupir et défiais le regard de Nicolas. Habituellement verts, ses yeux étaient à l'instant beaucoup plus sombres, intenses, et déterminés. Je comprenais bien qu'il s'inquiétait, mais ce n'était pas la peine de paraître si menaçant. Et ce fut seulement pour le faire taire que j'attrapai la fourchette en bois fournie avec la salade et la plantait dans une tomate. Je ne quittai pas mon ami des yeux.
— Voilà, on avance ! s'enthousiasma-t-il alors.
Je grognai mais ne répondit rien. Ça faisait vingt minutes qu'il me baratinait pour que je mange quelque chose, c'était lui aussi qui m'avait traîné à la cafétéria du centre pour notre pause de midi, alors même que j'avais prévu de sauter le repas. Il nous restait encore une petite demi-heure avant de reprendre notre poste alors je décidai de calmer mon obstination et lui faire plaisir, même si je n'avais absolument pas d'appétit. Si au moins il me lâchait, ce serait déjà ça de gagné.
— Je sais que t'as pas la tête à ça, reprit mon ami, mais c'est important. J'ai conscience que c'est bête et bateau à dire, mais tu dois te nourrir et garder des forces. Je sais que t'es triste mais les enfants ont besoin de toi ici, et tu as besoin de rester en bonne santé.
Je hochai simplement la tête, mâchant ma tomate avec très peu d'entrain. Mon ami me regardait toujours, il m'observait même. Ses yeux scannaient mon visage jusqu'à s'arrêter, je le savais bien, sur les lourds cernes qui habillaient désormais le dessous de mes yeux.
— Tu ne dors toujours pas bien ? s'inquiéta-t-il.
Je secouai la tête de gauche à droite. Non, effectivement, je ne dormais toujours pas bien.
Cela faisait seulement trois jours que j'avais eu cette conversation avec Axel, celle qui m'avait brisé le cœur. Et lorsque je n'étais pas en train de la ressasser en boucle dans ma tête, je me rappelais que je l'avais perdu. J'avais perdu Axel à cause d'une excuse stupide. Et c'était ça qui me restait en travers de la gorge. En plus de me faire souffrir.
Alors non, ça n'allait pas très bien. Non, je n'avais très faim. Et non, je ne dormais pas bien. Nicolas pouvait me blâmer autant qu'il le voudrait – même si je savais au fond que ce n'était pas le cas – ça ne changerait rien.
Axel, lui, m'avait soigneusement ignoré depuis ces trois jours. Je l'avais à peine vu, et même quand je l'apercevais au centre, lui prétendait ne pas me voir ou alors il changeait carrément de pièce. Il était partout où je n'étais pas. Je devinais qu'il souffrait aussi de son côté, mais le voir agir comme si on ne se connaissait plus me tuait à petit feu. Cette distance qu'il nous avait soudainement imposée, sans prévenir, m'était insupportable.
C'était comme un retour à la case départ. En bien plus douloureux.
— Camille, m'interpella à nouveau Nicolas, d'une voix douce. Je ne peux pas te voir à nouveau comme ça. Je suis là pour toi, évidemment, mais je ne veux pas que tu traverses à nouveau ce que tu as traversé il y a quelques mois. J'aime pas te voir comme ça.
Je confrontais à nouveau le regard de mon meilleur ami, mais cette fois-ci d'une manière plus douce, y apportant un mélange de peine et de reconnaissance. Nicolas m'avait déjà vu au fond du trou, c'était vrai. Il avait été là, il y a quelques mois, lors de mon dernier cœur brisé. Si maintenant tout allait mieux, je n'oubliais pas que ma rupture avec Yaël, il y a presque un an de cela, avait été un passage très difficile à vivre pour moi. J'avais mis du temps à m'en remettre, et j'imaginais que me voir au plus bas n'avait pas non plus été facile pour mon meilleur ami. Mais il avait été là, à chaque étape, jusqu'à ce que je me reprenne et que je remonte la pente.
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Romantiek⭐️ Tome 2 saga FALLING Après une rupture brutale, Camille Lennec a décidé de prendre un peu de temps pour lui, préférant soigner son cœur avant de le donner à quelqu'un d'autre. Alors, oubliant sa vie sentimentale, il se voue corps et âme à son tr...
