Chapitre 36 : James

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   Cinq mois plus tard

    Il y a toujours un moment où le chemin bifurque. On prend tous une direction différente, en étant persuadé qu'on finira par se retrouver. Comment pourrait-il en être autrement ? De ton côté, tu vois l'autre marcher droit devant, sans hésitation. Et elle devient de plus en plus petite. Mais tu ne t'en fais pas. Car vous êtes fait l'un pour l'autre. Vos chemins finiront toujours par se retrouver.

   Je n'y croyais pas. Jusqu'à elle.

   À l'instant où j'ai vu Léonor Davis, j'ai su que c'était elle. Le pour toujours et à jamais à enfin pris tout son sens.

   Moi je la connaissais, je connaissais sa couleur préférée, son amour pour le sucre et même ses goûts musicaux. Et elle ? Elle ne savait rien de moi. Et c'était mieux ainsi.

   Il arrive un jour, un jour où tu te tiens debout quelque part, dans la rue, dans ta chambre ou encore à l'école. Peu importe à vrai dire. Mais ce jour-là, tu te rends compte que tu ne veux être personne de ton entourage. Tu ne veux pas être ce putain de connard que tu viens de tabasser, ni ton père, ni ton frère, personne de ton entourage. Et le pire, c'est que tu ne veux même pas être toi-même. Tout ce que tu veux c'est te tirer le plus loin possible de l'endroit où tu te trouves. D'arrêter de décevoir tes proches. De leur faire espérer quelque chose qu'ils attendent de toi et qui ne viendra jamais.

  Et puis un jour, la chance tourne. Les rôles s'inversent, et tu deviens le personnage principal de ton histoire.

  Alors ça arrive, quelque chose se déclenche et à ce moment-là tu sais que les choses vont changer, elles ont déjà changé. Et à partir de là plus rien ne sera jamais pareil.

   Et tout à coup tu te rends compte que tout est fait pour de bon. Il n'y a pas de marche arrière, tu le sens. Et puis après tu essaies de te rappeler à quel moment tout a commencé, ma première image d'elle et tu découvres que c'est plus vieux que ce que tu pensais, bien plus vieux.

   J'avais déjà croisé ses yeux noisette il y a des années. Lorsque nous étions tout petits. Dean me tenait la main, elle était avec sa tante Mona. On a échangé un bonjour et puis rien de plus. Je ne l'ai recroisé que des années plus tard, au supermarché. Et c'est là, seulement à ce moment-là que tu réalises que les choses n'arrivent qu'une fois. Et quels que soient tes efforts, tu ne ressentiras plus jamais la même chose, tu n'auras jamais plus la sensation d'embrasser les étoiles.

   — Alors ? Comment va Callie ? Demandais-je à Jake.

   Nous sommes tous les deux assis dans notre appartement à Aspen. Théoriquement, ce n'est plus son appart' puisqu'il n'habite plus ici depuis notre retour de Vail et Léo passe le plus clair de son temps ici en plus.

   — Nickel. Le bébé va bien, on est comme des dingues avec Callie, dit-il en buvant sa bière.

   Les filles sont parties faire du shopping pour le bébé depuis au moins une heure.

   — Quand est-ce que tu vas dire « ma fille » au lieu de bébé ? Me marrais-je.

   Ça, c'est le gros problème de Jake. Il est le père le plus heureux du monde d'avoir une petite fille mais n'est pas encore tout à fait prêt à assumer son rôle de père cool. Apparemment, les prédictions de Callie se sont (enfin) révélées vraies. En réalité, si ça ne tenait qu'à lui, il enfermerait sa fille à double tour dans une chambre et ne la laisserait pas sortir avant ses dix-huit ans. Ou disons ses trente ans. Au moins.

    — Rigole bien, bougonne Jake, on verra quand ce sera ton tour.

   L'idée de mettre Léo enceinte serait très tentante mais je veux profiter d'elle un maximum avant. On le mérite.

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