« T'as gagné, papa... Je vais le chercher, ton tableau. soupira Newt, ouvrant la porte pour descendre les escaliers. Attends-moi. Et n'oublie pas de débrancher le grille-pain, il ne faudrait pas que les plombs sautent comme aux derniers intempéries. »
La tempête grondait dehors, la pluie se fendant en fouets contre les minuscules fenêtres du sous-sol. L'adolescent attrapa son portable pour s'en servir de lampe, investiguant brièvement la pièce avant de s'y engouffrer. Il déplaça quelques cartons à l'endroit mentionné par son père, et vit enfin le portrait qu'il l'avait envoyé retrouver. C'était un cadre paré de dorures, arborant un fond entièrement vert, noirâtre, et vide à la façon d'un mur.
« Papa ? Tu m'as vraiment fait chercher un truc aussi... »
Le garçon s'arrêta lentement de parler, voyant serpenter dans le décor de longs traits semblables à de vifs coups de pinceau. Il recula, se prenant les pieds dans les affaires qu'il avait retirées au préalable, retombant sur le dos alors qu'un portrait se créait devant ses yeux terrifiés. Un jeune homme brun, portant un costume de baron, le visage symétrique, angélique et sage. Il l'observait, comme s'il eut été complice de ce tour.
« C'est une blague, c'est ça ? Papa, viens et arrête de te foutre de moi ! »
Il n'y eut pas de réponse, seulement des liens qui furent soudainement propulsés hors de la peinture, criblée d'une lumière blanche aveuglante qui remplissait la cave comme un liquide incontrôlable. Newt hurla de douleur, le crâne fracassé par des sons stridents et insupportables, sentant sa poitrine s'ouvrir comme si quelqu'un s'amusait à chercher son cœur.
Puis le silence. Le corps flottant dans l'espace. Une substance se posait de temps à autre sur son front, mêlée aux sueurs froides qui y perlaient encore. Newt grogna, absent, et tenta de s'assoir quand on le retint avec une simple main.
« Papa...?
— Shh, restez allongé... Vous devez vous reposer. »
Newt ouvrit les yeux avec horreur. Ce n'était pas la voix de son père.
Il s'agita brusquement sur le canapé, et ce fut là qu'il la vit. La peinture, agenouillée à ses côtés, tenant un gant de toilette humide avec lequel elle avait essayé de l'apaiser.
« Doucement, ne faites pas de grands gestes. dit l'homme, la voix suave. Vous avez fait une lourde chute. »
Il prit un verre d'eau laissé au sol et Newt l'accepta en tremblant.
« D'où venez-vous ? Vos habits, votre coiffure... rien de chez vous ne m'est familier. »
L'adolescent n'écoutait pas. Son regard était suspendu aux lampes à l'huile du salon, à ces meubles drapés de nappes brodées, ces chaises en tissu et ces grands tapis. Ces murs disposés comme ceux de sa propre maison.
« Vous avez la figure bien pâle... reprit soucieusement l'homme. Comment vous sentez-vous ?
— J... Je suis où ? Et vous... vous étiez une peinture...! »
La fameuse se redressa. Elle portait un pantalon à taille haute, dans lequel était soigneusement arrangé sa chemise.
« Je ne vous comprends pas tout à fait...
— Eh ! Où est mon portable ?! Je n'ai plus mon portable !
— Votre... portable ?
— Je dois appeler mon père !
— J'entends, j'entends... seulement... qu'est-ce qu'un portable ?
— Vous... Vous ne connaissez pas ?
