Il était juste là, debout, face à son lit. Il attendait. Quoi ? il ne le savait pas. Lui, sur son matelas, tentait de l'ignorer. Il finirait forcément par s'en aller. Ses doigts lançaient ses clefs. Il n'entendait même plus le tintement répétitif. Il comprendrait forcément qu'il ne voulait pas de lui. Mais non, il ne cillait pas. Sa peau diaphane ne tremblait pas, ses cheveux bruns tombaient sur son front sans jamais qu'il ne les recoiffe. Il attendait. Mais qu'attendait-il ?
« Tu ne me crois pas. »
C'était sa voix. Sans timbre, ni émotion. Simplement sa voix. Et Newt refusa de le regarder. Il répondit, le regard fixé sur ses clefs volant puis retombant dans le creux de sa main : « Effectivement, je ne te crois pas.
— Pourquoi ?
— J'ai toutes mes raisons de ne pas te croire.
— Tu es trop rationnel. »
Newton cessa aussitôt de jouer avec son instrument métallique : « Rationnel ? Tu débarques dans ma vie et tu déclares être un fantôme qui erre dans ma nouvelle maison depuis plus de cinquante ans. Sans compter qu'apparemment, je suis le seul de ma famille à pouvoir te voir et t'entendre. Alors, tu m'excuseras, mais je pense que mon scepticisme est on ne peut plus légitime.
— Tu penses que je suis une hallucination.
— Exactement.
— Pourquoi ?
— Je suis le seul à te voir.
— Ce n'est pas une explication.
— Tu sais quoi ? Tu me fais chier. Va hanter d'autres personnes.
— Je ne te hante pas. Je réside ici.
— Et pourquoi tu as choisi de ne te montrer qu'à moi ?
— Je t'apprécie, contrairement à tes sœurs ainsi qu'à tes parents. Tu es différent.
— Si tu le dis, Tommy. En attendant, je délire complètement et tu n'es pas un fantôme.
— Une âme errante.
— Une quoi ?
— Une âme errante. Je préfère ce terme. »
Newton leva les yeux au ciel.
« Peu importe. Tu n'existes pas.
— Je ne suis pas vivant. Mais j'existe.
— Prouve-le.
— Je ne peux pas.
— Une preuve supplémentaire. Je devrais vraiment penser à consulter, moi.
— Inutile. Tu n'es pas fou.
— Ah oui ? Si ma mère entrait à l'instant même dans ma chambre, elle me verrait taper la causette avec le vide.
— Tant que tu crois en mon existence, c'est sans importance.
— Il est là le problème, Tommy. Je ne crois pas en ton existence. Tu es faux.
— Tu mens.
— Non, je ne mens pas, non.
— Tu mens.
— Et en quoi saurais-tu mieux mes pensées que moi, monsieur je-sais-tout ?
— Ton comportement te trahit. Tu crois en mon existence mais tu le caches. Tu t'assures une sécurité rassurante.
— Dis-moi Tommy, t'étais pas en psycho, avant de te faire assassiner par ces tueurs à balles il y a exactement cinquante-six ans ?
— Ne plaisante pas avec ma mort. Je n'avais que dix-neuf ans. J'en cauchemarde encore.
