« Bon Dieu, je n'arrive pas à le croire ! Je n'aurais jamais pensé que tes parents accepteraient ! se réjouissait Minho, tapant avec excitation dans ses mains alors qu'ils descendaient du grand bus scolaire. Tu verras, l'internat, c'est le meilleur endroit pour se marrer !
— Compte sur moi pour louper quelques règles. sourit moqueusement Thomas en retour. Maintenant que le fameux duo est réuni, le sol de ce bahut s'apprête à trembler.
— J'ai trop hâte d'être de nouveau avec toi en cours, en plus, tu vas adorer à coup sûr ! Ce serait le pied si on partageait la même chambre ! »
Ils joignirent la cour principale, où les adolescents confluaient joyeusement, et se choquaient en riant. Il y avait un homme devant l'assemblée, grand, au visage long, pâle, et des cheveux presque aussi gris.
« Les terminales, - s'il vous plaît ! interpela-t-il, gagnant lentement le silence. Bien... bonjour à tous ! Ravi de vous revoir pour certains, ravi de faire votre connaissance pour d'autres. Je me présente une année de plus : Monsieur Janson, votre directeur adjoint. Nous aurons l'occasion de nous rencontrer à nouveau demain après midi. Je sais pertinemment qu'après ce long voyage jusqu'à notre merveilleux campus, vous êtes tous épuisés, et ne demandez qu'à connaître le numéro de votre chambre. C'est pourquoi je ne vais pas m'attarder sur le règlement ce soir ; nous réglerons ça demain. »
Les noms se jetèrent par dizaine de ses lèvres. Thomas attendit le sien, une minute, deux, puis trois. Et enfin : « Minho Lee et Aris Vincent : chambre quarante. » Minho eut une grimace horrible, tournant son regard las vers Thomas, qui rassurait sans se croire : « Ce n'est pas grave. On sera peut-être pas loin. »
Pourtant les étages défilèrent. Le premier, le deuxième, le troisième. Et il n'y avait toujours pas son nom. Jusqu'enfin, Jason s'éclaircissant la voix avec une toux sèche : « Nous voilà à la chambre soixante-dix... la dernière, - enfin... Thomas Edison, et Newton Isaac. » Minho eut la même expression d'horreur, mais cette fois-ci, il y avait un arrière-goût empathique, comme s'il eut entendu et subit son jugement final devant lui.
« Qu'y a-t-il ? réagit confusément Thomas.
— Tu es avec freaky blondie ! s'exclama-t-il. Ce type est bon à enfermer ! Il ne fait jamais rien en cours, il s'enfuit de l'établissement à la moindre occasion... un problème sur pattes !
— Ne sommes-nous pas interdits de sortir sans autorisation officielle ?
— Évidemment, que nous le sommes ! Mais cet énergumène a tous les droits possibles et imaginables ! Le directeur... il est son père ! les enseignants lui passent tout ! Ils mentent à son sujet, par simple peur de se faire virer !
— C'est ridicule ! s'outra Thomas.
— Peut-être, mais ça marche ! Je te souhaite bonne chance et bon courage, mon frère. J'espère qu'il ne t'arrivera rien de mal... vous êtes au dernier étage, en prime. Seuls, sans témoin visuel. Tes cris seront étouffés par la distance. Je suis heureux de t'avoir connu... car on a signé ton arrêt de mort. »
Thomas se mit à redouter le soir. Mais, quand la nuit vint, personne ne se présenta à la porte du dortoir. Il dormit correctement, et surtout, il dormit seul.
Le lendemain matin, Minho l'attendait impatiemment au réfectoire, attablé près de quelques amis qui, à sa vue, le prirent sauvagement en joue.
« C'est vrai, que tu es avec Newton ?
— Mon pauvre type... tu dois demander à changer de chambre !
— Ce gars te fera risquer ta scolarité ! Il est si étrange qu'il t'empêchera de travailler ! Personne n'a tenu plus de deux jours avec lui.
— Tu peux venir dans notre chambre, avec Minho. On te fera de la place, et on ne dira rien.
