Liam marchait à côté de Théo dans les couloirs, s'exclamant avec rage : « Six ! Six sur vingt ! Alors que j'ai travaillé tout le weekend !
— Même moi j'ai eu la moyenne. T'es peut-être juste nul.
— Peut-être, mais le prof doit penser que je ne fais aucun effort ! Alors que je consacre des heures à sa stupide matière !
— Ouais, this is not the expected level for la quatrième ! reprit Théo en riant.
— C'est qu'un connard, c'est tout...
— In English, please ! »
Liam rit malgré le goût de bile accroché à sa langue.
« Je suis rentré... dit-il quelques heures plus tard en abandonnant son cartable dans le hall, allant à la cuisine dans laquelle sa cadette finissait son goûter. Hey, Sonya... Tu vas bien ?
— Oui ! Harriet vient jouer ce soir ! Ça va être bien ! »
Monsieur Edison arriva, tenant une tasse de thé dans une main et un livre dans l'autre.
« Salut, mon grand. sourit-il doucement. Alors, ta journée ?
— Bof...
— Encore ton prof d'anglais ?
— Il m'a dit que mon niveau était insuffisant... et j'ai eu une cinquième mauvaise note. Il m'a dit que c'était certainement un problème de méthode, mais c'est faux ! »
Le père hocha la tête, et étendit son bras pour attraper le stylo laissé sur le bar.
« Tu sais quoi ? Je vais le lui dire, que tu travailles. Il ne faudra pas qu'il ait une mauvaise impression de toi avant le conseil.
— Comment ça ?
— Donne-moi ton carnet, je vais prendre un rendez vous avec lui. »
Son fils obéit en grimaçant.
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« En raison de vos récentes notes plus ou moins mauvaises, je vous donne une seconde chance aujourd'hui. annonça Monsieur Isaac. Vous avez l'heure pour faire ces exercices, qui seront bien évidemment notés. »
Les élèves soufflèrent. Liam, plus particulièrement, fit la moue en sortant mollement une feuille vierge. Le professeur passa calmement dans les rangs. Quand il fut à sa hauteur, Liam l'interpella pour lui présenter son carnet de correspondance, ouvert à la page où son père avait demandé un rendez vous. L'adulte haussa les sourcils en lisant, relevant les yeux vers Liam qui n'osait plus respirer.
« Vos deux parents seront-ils présents ?
— Non, ils sont divorcés... Il n'y aura que mon père. »
Sa voix chevrotante fit silencieusement pouffer Théo. Monsieur Isaac se contenta d'hocher la tête. Il attrapa un stylo et remplit les quelques informations nécessaires, puis le lui rendit.
« Tu vas crever ! moqua son ami une fois l'enseignant éloigné. Bye-bye, my dear friend. »
C'était une crainte légitime.
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La semaine suivante, Monsieur Edison et son fils se rendirent ensemble au collège à dix huit heures passées. La salle de classe arrangée pour leur rencontre était aussi silencieuse que les couloirs, et, près des deux chaises déplacées en face du bureau, la mallette en cuir du professeur reposait tranquillement sur la table, sans son propriétaire.
Monsieur Isaac vint quelques minutes plus tard. Liam le salua si faiblement que l'on aurait pu croire qu'il mimait simplement les mots avec sa bouche. Thomas, ne l'entendant pas, ne retourna pas la politesse du professeur, les yeux enterrés dans l'écran de son portable.
« P-Papa... appela timidement son fils, alors que Monsieur Isaac s'installait.
— Deux secondes, Liam, ta mère me tape sur le système... »
Le professeur eut un léger gloussement ; Thomas sortit aussitôt de sa concentration. L'homme était beau, si beau qu'il oublia le temps d'un instant qu'il se tenait réellement devant lui.
Monsieur Isaac desserra lentement sa mâchoire, les joues de plus en plus rouges tandis qu'il soutenait son regard.
« Excusez-moi, pour... balbutia le parent.
— Pas de souci, pas de souci... »
Liam crut vomir, voyant son père s'assoir plus correctement dans sa chaise et se coiffer d'une main savante.
« Monsieur Edison, c'est bien cela ?
— Oui, oui, c'est ça... Thomas Edison. dit-il en lui tendant la main.
— Enchanté. Newton Isaac. répondit l'autre en la serrant, et ils se turent des secondes. Alors, de quoi vouliez-vous discuter, Monsieur Edison ? »
Liam se crispa à son tour.
« Euh... Eh bien... Liam a quelques difficultés dans votre matière, et... je souhaitais éclaircir quelques points là-dessus. Il fait beaucoup d'efforts.
— Je vois bien que Liam est plutôt bon élève dans l'ensemble des autres matières. Son comportement a toujours été irréprochable, et il essaye parfois de participer... Cependant, ses notes ne suivent pas son implication. Pourrais-tu me rappeler ta moyenne, Liam ?
— J, Je dois avoir huit... murmura-t-il, triturant ses doigts sous la table.
— C'est effectivement faible, mais je ne suis pas certain que tu veuilles approfondir cette langue dans ton avenir professionnel. C'est un facteur à prendre en compte. Non, tu travailles du mieux que tu peux, et c'est le principal dans une matière secondaire. »
Liam resta bouche-bée. Il avait bien fait de venir accompagné de son père.
« En réalité, Monsieur Isaac, j'ai voulu vous contacter pour demander si vous faites des cours particuliers, en dehors des heures de classe... Je veux dire, - l'anglais reste primordial dans la vie professionnelle actuelle. »
Les yeux de son fils grossirent. Il n'oserait pas l'utiliser, tout de même ?
« J'en faisais... je pourrai très bien reprendre pour Liam, s'il en éprouve le besoin. »
Monsieur Isaac avait le regard noyé dans celui du père, et celui-ci frissonnait dès qu'il faisait l'usage de sa voix.
« Je pense que ça l'aiderait beaucoup. Qu'en penses-tu, Liam ?
— J'ai vraiment le choix ? »
Thomas lui donna un coup discret sous la table.
« Ouais, ouais... Ça m'aiderait beaucoup...
— Je me disais bien. Il est aussi très timide, et n'ose pas poser de questions en classe.
— Dans ce cas, je verrai avec la direction pour la suite. Préfères-tu que l'on se voit entre les heures de cours, ou alors en dehors ?
— En dehors... répondit Liam à contre coeur. Je n'ai pas beaucoup de temps entre les cours.
— Parfait... je vous recontacterai le plus tôt possible, dans ce cas.
— Très bien... »
Ils se saluèrent timidement. Liam marmonna en remarquant que son père ne le suivait pas à la sortie. Il échangeait plutôt ses contacts privés avec son professeur, parlant aussi inutilement pour prolonger l'heure de son départ.
Quand ils furent dans la voiture, Thomas avoua à voix basse, triturant ses clefs : « Je l'aime bien, moi, ton prof... Il est très élégant.
— Ouais, c'est ça. Très élégant. »
Thomas eut un rire nerveux, tant bien qu'il faillit à faire démarrer le moteur du premier coup.
