Tolérant

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Newt s'enferma dans les toilettes du lycée, ses yeux rouges fixant la poignée avec rage. Il priait pour n'avoir affaire à personne, glissant le long d'un mur en fléchissant ses genoux contre son torse. Ne pourrait-il pas se reconstruire entièrement avec ces "si", s'enfuir éternellement de lui, et de tout ce qui s'y rapporte ? Car Gally et ses amis voyaient juste, - il était trop maigre, trop moche, trop répugnant. Car quand tous ceux de son âge fantasmaient sur les jeunes filles depuis les gradins du bal d'hiver, lui pensait à un homme. C'était lui qu'il cherchait à travers le grand gymnase, ce n'était pas elles. Et Gally n'avait pas tort, - c'était inattendu, c'était anormal.

La porte des toilettes grinça, et Newt s'empêcha de sursauter. C'était lui, évidemment, avec sa chance, ça devait être lui.

« Je t'ai vu t'enfermer dans les toilettes. dit-il avec simplicité.

— Qu'est-ce que tu veux ?

— Je suis venu t'aider.

— Bien sûr, le plus populaire des Terminales. Tu penses sincèrement que je vais gober que tu veuilles aider le "monstre" de l'autre classe ?

— Monstre ? releva-t-il avec surprise. C'est vraiment comme ça, qu'ils t'appellent ? Merde, je suis désolé, Newt... ils savent tellement être cons.

— Tu connais mon nom ?

— Ma jumelle est dans ta classe. Elle me parle souvent de toi.

— Ta jumelle ?

— Rachel. Ne le répète pas, mais je crois qu'elle a un petit faible pour toi... confia-t-il avec un rictus. Elle n'a quand même pas remarqué ce qu'il se passe régulièrement.

— Pourquoi est-ce que tu es là, dans ce cas ?

— Parce que je l'ai fait. J'ai entendu Gally t'insulter près des portes de secours. J'étais rouge, - je voulais leur casser la gueule... mais tu es parti presque aussitôt. J'ai pensé que je pouvais attendre de faire plus important avant de leur passer un savon.

— Pourquoi ?

— Parce que je veux t'aider.

— Et comment ? Tu veux retourner dans le temps et changer tout ce qui a fait que je sois comme ça ?

— Non, non... je suis venu te dire que c'est ok. Que toute cette histoire est ok.

— T'as pas le droit de me dire ça. Pas quand tu es beau, populaire, et chassé par absolument toutes les filles de ce putain de lycée. Tu ne sais pas ce que c'est. Et tu ne le sauras jamais.

— Ah ? releva-t-il ironiquement. Tu crois que je suis juste un mec "tolérant" ? Un bobo qui tente de se faire passer pour une bonne conscience ? Tu crois que je suis devant toi parce que je n'ai fait que des déductions de ton quotidien ? Tu crois que tout ce que ces types pensent de moi est directement vrai ?

— Ça ne l'est pas ? dit-il amèrement.

— Newt... soupira Thomas plus doucement, et il s'avança pour s'assoir près de lui. Je sais ce que c'est. Et je le saurai toute ma vie.

— Laisse-moi deviner, ton bouledogue français est une tapette ?

— Merde, moi qui te trouvais infiniment mignon, tu es juste absolument autre chose... s'agaça-t-il gentiment, et Newt leva les sourcils.

— Mignon ? Comme quoi, un lapin pris dans un piège de chasseur ?

— Mignon comme mignon. Tu connais la définition, ou tout ce que je te dis est obligatoirement une insulte pour toi ?

— Eh bien, la définition vulgaire de "mignon comme mignon" est sexuellement attirant... Prêt à changer de terme ?

— Newt... soupira-t-il encore, cette fois-ci en rougissant. Je ne sais même plus comment je suis supposé te le dire sans te le dire...

— Que tout ce petit spectacle est une merveilleuse mise en scène pour se payer ma tête avec les abrutis de ta classe ?

Que je suis gay ! s'emporta-t-il enfin. Merde, j'ai littéralement essayé toutes les techniques pour que tu le comprennes subtilement !

— Q... Quoi ?

— Newt, je sais ce que tu traverses, parce que je le vis indirectement tous les jours. Parce que nous sommes des jeune, entourés de jeunes, qui ne savent pas encore tout du monde. Parce que moi aussi, j'ai traversé cette haine identitaire, parce que moi aussi, j'ai voulu changer. Et surtout, parce que j'ai fini par l'accepter.

— Tu... Tu me trouves sexuellement attirant ? bredouilla Newt.

— Tu rends tout ça tellement plus compliqué pour moi... murmura Thomas en rougissant. Oublie ce que je pense de toi... je voulais seulement que tu saches que tu n'es pas seul. Même si je suis encore caché, et que personne ne sait rien. Personne, hormis Rachel, bien sûr.

— Tu dois sacrément me faire confiance.

— Oui... oui, c'est vrai... admit-il à voix basse. Et puis, je suis essentiellement là parce que... j'aimerais que tu me répondes.

— Pour ça, il me faudrait une question.

— J'y viens... souffla-t-il en triturant son pantalon. Est-ce que... Est-ce que tu serais d'accord pour y retourner ?

— Retourner ? Retourner où ?

— Eh bien, retourner au gymnase...

— Au... Au bal ? blanchit-il. Tu veux que je retourne dans cet enfer dansant ?

— Oui... avec moi.

— Pourquoi faire ? Pour que tu puisses leur "passer un savon" pendant que je reste parfaitement silencieux dans les gradins ?

— Non, idiot... je n'ai pas de cavalière, toi non plus... pour que l'on puisse danser, - ensemble.

— T... Tu... veux danser avec moi ? rougit-il doucement. P... Pourquoi ?

— J'ai des vues sur toi depuis quelques semaines... mais ne le dis surtout pas à Rachel, elle me déchiquèterait.

— Tu dois me faire marcher.

— Non, non... rit-il légèrement. Je te le promets. J'hésitais à t'inviter, mais je n'allais pas te faire peur en plus de t'embarrasser... je craignais justement que tu crois à une blague.

— Tu veux danser ? avec moi ?

— Je peux te le dire en espagnol si ça t'aiderait à comprendre.

— Sais-tu que ça se voit, que je suis un garçon ? Que Gally et absolument tous les autres le verront ?

— Et ?

Et ? Je ne sais pas, - ta réputation, ta stabilité mentale dans ce lycée stupide, les rumeurs, les moqueries, les cauchemars... ça te dit quelque chose ?

— Et si plutôt ils ne disaient rien ? opposa Thomas. Et si plutôt ils étaient étonnés, en parlaient quelques minutes puis passaient à autre chose ? Et s'ils voyaient qu'on n'a vraiment pas grand chose de différent ? Qu'un type populaire comme je le suis a aussi ses problèmes ? Que les gens comme nous se fondent dans la masse tout autant que les autres ? Et s'ils n'étaient pas foncièrement méchants, mais simplement inhabitués à ce que nous sommes ?

— C'est une sagesse un peu trop soudaine par rapport à ce que tu m'as dit tout à l'heure.

— Je parlais surtout des insultes sur ton physique. rectifia-t-il. C'est pour le coup méchant, et entièrement faux. Parce que tu es aussi intéressant que beau.

— Tu n'as vraiment pas de craintes ? aucune ?

— Non. Et même si j'en avais, je veux passer ma soirée avec toi. Quitte à créer notre propre bal dans la cafétéria avec une pauvre enceinte Bluetooth et des spaghettis en guise de guirlandes.

— Tu sais quoi ? fit Newt en se relevant enfin. Ce ne sera pas nécessaire. Le gymnase est bien tant qu'on n'y fait aucun sport. »

Thomas saisit la main qu'il lui tendait en souriant.

OS NewtmasDes histoires addictives. Découvrez maintenant