Newt propulsa ce qu'il tenait dès que la porte s'ouvrit pour lui. Thomas rattrapa maladroitement ses vêtements, frappé quelques longues secondes par la vue du jeune homme qu'il avait tant rêvé à son bras ces derniers jours.
« Je te rends tes dernières affaires, maintenant que tu dois les laisser près de ta femme.
— Newt, tu m'as déjà rendu mes dernières affaires il y a un mois... sourit-il doucement.
— Peut-être que je n'étais pas prêt à me séparer de tout. J'avais un coeur qui ne battait que pour toi, qui t'a aimé pendant des années et que t'as préféré abandonné. J'espère au moins que tes abrutis de parents ont pris une décision qui te rend heureux. »
Il allait repartir quand Thomas le retint par le poignet.
« Reste, Newton... je dois te parler. J'allais le faire.
— Fais vite. Tu es déjà bien chanceux que je n'ai pas fait un feu de joie avec tes fringues devant leur manoir.
— Non...
— Non ? s'étonna-t-il. Non quoi ?
— Non, je ne suis pas heureux avec elle... ni avec mes faux semblants destinés à satisfaire mes parents. En quatre mois, je l'ai vue peut-être trois fois, ce pour la signature des contrats, et elle s'en plaignait constamment... Elle en est allée jusqu'à se lamenter auprès de mes parents parce que j'avais refusé de la toucher. Absolument pas bizarre. Alors j'ai pris mon courage à deux mains, et je l'ai quittée il y a quatre semaines. Je l'ai fait juste après que tu m'aies rendu mes derniers vêtements. Enfin, mes prénommés derniers vêtements.
— V... Vraiment ? dit-il avec une inquiétude primaire qu'il ne pouvait pas empêcher. Et qu'est-ce qu'il s'est passé ?
— J'ai tout avoué à mon père, annulé le contrat de mariage, nos arrangements financiers avec sa famille, plaqué Teresa et l'appartement que ma mère nous avait acheté alors qu'on ne se connaissait pratiquement pas... J'ai absolument tout lâché. Je ne parle plus à mes parents depuis. Ils refusent que je le fasse de toute façon, et je crois bien que je m'en fous.
— Après des années à essayer de leur plaire ?
— Tu me manques, Newt, il n'y a plus que ça qui compte. Je suis bien avec toi, peu importe si ça salit mon titre ou brise ma famille. Tu es celui que j'ai aimé pendant cinq ans, celui que j'ai choisi et que je veux marier. Je me sens idiot pour tout ce que j'ai sacrifié pour la réputation de ma famille, pour tout ce que j'ai redouté plus que la mort et tout ce que j'ai pu te faire sentir... Mais je n'ai rien d'autre à te donner que mes excuses. Je ne pourrais pas faire plus, si ce n'est t'aimer avec la même passion que nous avons connue depuis le début. Maintenant, tu peux t'en aller sans rien rajouter. Je ne ferai rien. Les conséquences de mes derniers choix ne sont pas tes chaînes, je refuse qu'elles le soient. Je voulais simplement que tu le saches, que tu comprennes à quel point je regrette et continue de t'aimer, ce même loin de toi. J'ai été con, tellement, putain. Gâcher ma plus belle rencontre pour souffrir une demande affective qui ne m'a jamais ressemblée, - tu dois le savoir. Mais il n'y a pas de retour en arrière, et je dois l'assumer. »
Newt fit passer un moment, coulant lentement ses yeux noircis par les souvenirs le long de la silhouette de son ami.
« Ouais... Ouais, je le sais, que ça te ne ressemble pas... dit-il à voix basse. Je sais que tu étais coincé, que ta famille a toujours été ignoble avec toi et que j'ai rêvé de les pendre un par un pendant des années. Je sais aussi que j'ai continué à t'aimer et que tu as toujours été un compagnon idéal. En revanche, je ne sais pas si tu es véritablement prêt à faire partie des gens comme nous. De ceux en marge de tout, que tous tes héritages rejetteront. Si t'es foncièrement prêt à abandonner le peu qu'il te reste pour ta vie et pour ton bonheur.
— Je le suis, Newt. Je le suis pour toi. promit-il en prenant ses mains dans les siennes. Je t'en supplie, je t'ai imaginé tant d'heures ces dernières semaines... Laisse-moi te voir un peu plus longtemps que lorsque tu me rends mes vêtements. »
Newt resserra sa prise, puis rit : « On peut s'arranger là-dessus, Tommy. Mais uniquement si tu me laisses les porter une fois qu'ils auront retrouvé ton odeur.
— Marché conclu. »
Thomas le prit passionnément dans ses bras.
