L'écuyer du prince

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Thomas se hâta de pousser bruyamment les grandes portes de l'écurie. Les chevaux relevèrent un à un l'encolure au-dessus des boxes, observant curieusement le jeune homme si étrange qui se pressait dans leur allée. Lorsqu'il aperçut enfin son camarade, lui-même s'apprêtant à panser son animal, il prit les ustensiles logés dans sa petite boîte et, dans l'excitation, ne parvint pas à s'excuser alors qu'il accourait déjà vers sa destination.

« Très bien, je suppose que je n'en n'ai pas besoin pour le moment... souffla simplement Minho, roulant moqueusement ses yeux.

— Il arrive ! riposta son ami.

— Et comment ! »

Thomas ouvrit mécaniquement le box, caressant le cheval fort, isabelle et parsemé de petites pommelures. Les gigantesques naseaux frémirent avec plaisance quand Thomas se mit à brosser le poil soyeux, formant des cercles répétitifs sur la chair puis harnachant la bête d'un tapis bleu nuit et d'une toute nouvelle selle. Il finissait de resserrer la sous-ventrière quand le prince fit finalement son entrée. Posté devant le box de son destrier, ce dernier regardait l'écuyer avec interdiction, quoiqu'il voulait rendre son attention sévère. Thomas se cogna contre la tête du cheval en sentant sa présence.

Il épousseta maladroitement sa tunique, déglutissant devant le beau garçon dressé près de lui.

« Son altesse royale, je vous prie d'agréer....

— C'est inutile. coupa-t-il, forçant la gravité de son ton en remarquant des soldats s'approcher derrière eux. Bayard est-il en condition ?

— Assurément, Monseigneur.

— Je vous remercie. »

Le prince, paré d'un pourpoint noir, d'un chaperon ainsi que d'un collant, contourna l'écuyer pour saisir son cheval. Le visage poussiéreux de Thomas rougissait au fur et à mesure que son souverain saisissait les rênes et montait gracieusement en chaussant ses étriers. Avec une pression imperceptible, il fit avancer le grand animal, suivi par Thomas trottinant près de lui.

« Son altesse royale, aurais-je l'honneur de rester en votre compagnie avant la nuitée ? Seriez-vous de retour au crépuscule ?

— Ne tentez pas le diable une nouvelle fois, Edison... rougit-il discrètement, ne parlant que pour lui. Nos rencontres nocturnes sont... calomnieuses.

— Ces conséquences affreuses ne m'échappent aucunement, Monseigneur. Néanmoins, ces rencontres nocturnes sont plaisantes.

— E-Elles le sont...

— Si j'ose dire divines.

— C-C'est vrai...

— Seriez-vous capable de nous en priver ?

— Je hasarde mon titre pour vous...

— Je hasarde ma vie pour vous.

— Je le sais, Tommy... murmura-t-il encore plus bas.

— M'accorderiez-vous donc cet honneur, son altesse royale ? »

Seuls les sabots frappant le sol comblaient la réflexion du prince, pinçant nerveusement sa lèvre.

« Rejoignez-moi ici même à la tombée de la nuit. céda-t-il après des secondes. Assurez-vous de seller deux de nos chevaux ; nous partirons.

— Je n'y manquerai pas, monseigneur. »

Thomas scruta le chevalier rejoindre la dizaine de soldats, le cœur battant alors qu'il imaginait leur dernière rencontre.

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