Monsieur Isaac regardait son fils à travers le rétroviseur, répétant : « Arrête de bouder, Newt. Ce n'est que provisoire ! Et la maison est magnifique.
— Je hais la campagne. rétorqua le garçon.
— Tu as besoin de respirer de l'air frais ! »
La voiture garée et les valises dans l'entrée, Monsieur Isaac se posa un instant pour admirer la grandeur du plafond.
« Tu ne trouves pas ça splendide ? Tu peux aller choisir ta chambre, il y en a des dizaines !
— Je ne comprends toujours pas pourquoi tu nous as amené dans ce trou à rats.
— Le divorce avec ta mère m'a occupé l'esprit pendant tous ces derniers mois. J'ai besoin de me reposer.
— Dans un demi manoir ?
— Newton... Je suis sûr que ce séjour te plaira ! C'est la ferme de ton arrière grand-père, tu devais bien m'accompagner un jour ou l'autre. »
Newt grimpa les escaliers, et s'arrêta à mi-chemin en entendant un vrombissement fort.
« Qu'est-ce c'est que ce bruit ?
— J'avais oublié ! Le fils d'un très bon ami travaille ici, je l'ai embauché en tant que jardinier il y a un moment déjà. Il est en train de passer la tondeuse, ça lui fait son argent de poche. Et il a ton âge, c'est pas merveilleux ?
— Un ado de plus. Qu'est-ce que ça change ?
— Eh bien... vous pourriez devenir amis.
— Amis. répéta-t-il. Évidemment.
— Ce garçon n'est pas comme les autres, Newton ! Il ne dirait jamais quoi que ce soit de blessant. »
Le lendemain, Newt se leva à sept heures. Non pas par suffisance de sommeil, loin de là. Plutôt par ce vrombissement insupportable qui avait recommencé. Il sortit de son lit, ouvrit ses rideaux, et le vit enfin, dans l'immense jardin, en train de manier la tondeuse.
« Eh. appela-t-il une fois sorti. C'est pas un peu tôt pour travailler ?
— Tôt ? T'es bien un mec de la ville, toi. »
Ses yeux mordorés se relevèrent pour dévisager Newt.
« Tu m'as réveillé.
— Parfait. Comme ça, tu peux profiter plus tôt de la vie.
— Dis-moi, tu serais pas barjot ?
— Raté, je suis Thomas. Thomas Edison. Ravi de te rencontrer. Newton, c'est ça ? Mon père m'a souvent parlé de toi. T'es aussi mignon qu'il t'a décrit. »
Il redémarra le moteur.
➴⤲➶
Le feu de cheminée crépitait dans la cuisine de la bâtisse, près de laquelle Newt lavait son assiette. Du moins, essayait de le faire. Son regard ne voulait pas se détacher de la fenêtre, donnant une vue directe sur Thomas, occupé à couper du bois. Monsieur Isaac rit et vint éteindre le robinet.
« Il est gentil, pas vrai ?
— Un connard.
— Un beau connard. Il tient de sa mère.
— Je n'aimerais pas voir sa mère, alors.
— C'est pour ça que tu le contemples depuis plus d'un quart d'heure et gaspille de l'eau.
— Q-Quoi ? Non.
— Bien sûr, j'avais oublié... tu fais la vaisselle. dit-il avec un léger rire. Bon, eh bien... je vais te laisser à ton occupation. »
