Chapitre 33

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Ella.

Je me réveille avec l’impression qu’on m’a gonflé à l’hélium. Nausée. Haut-le-cœur. La totale. Je roule hors du lit en tenant ma bouche comme si je pouvais empêcher la catastrophe, et je cours jusqu’aux toilettes. J’ai à peine le temps de soulever le couvercle avant de vomir mes entrailles. Super. Maintenant je suis malade. J’adore ma vie.

C'était le bon temps quand je poussais des gamins...

Je reste pliée en deux, haletante, les mains qui tremblent. J’ouvre le robinet et je me passe de l’eau sur le visage, glacée, pour essayer de calmer la tempête dans mon cerveau. Ma tête tourne. J'ai besoin de nicotine. Je récupère le paquet et le briquet, j’ouvre la porte… et je tombe sur Eliott. Debout. Immobile. La même position qu’hier soir. Il a dormi debout, ce taré ? Je fais claquer mon briquet devant son visage, la flamme monte et descend comme un petit salut militaire.

— Rien à signaler, soldat. Personne n’a cramé cette nuit.

J’adore faire chier les gens. Et lui, c’est une cible parfaite : silencieux, carré, pas du tout préparé à une Ella. Il est pas du genre bavard et ça va me changer de Quinn, et ses remarques.

Arrête de penser à Quinn, Ella. C’est un enfoiré. Un enfoiré avec un sourire qui… Stop !!

— Bon. Je veux voir ton chef. D’ailleurs c’est le chef de quoi exactement ? De secte ? De zoo humain ?

— Suis-moi. Et ferme-la.

Wow. Il parle. Et il n’a clairement pas pris de café. On descend des escaliers interminables. Eliott est armé. Il y a des gardes partout. Certains m’ignorent, d’autres me fixent comme si j’étais une bête exotique qu’ils veulent disséquer. Charmant. Eliott pousse la porte de la grande salle. Wills est là, au bout de la table, en train de siroter son café comme un parrain mafieux qui lit son horoscope.

— Ella, viens t’asseoir. Tu as passé une bonne nuit ?

Je passe devant mon copain,  le connard à qui j’ai explosé les doigts. Deux bandages. Ça me fait ma journée. Bien fait pour sa gueule. Il m’a collé un couteau sous la gorge ET menacé de tuer Quinn. Qu’il souffre. Longtemps.

Je m’assois trois places plus loin. Greta arrive avec un plateau complet : gâteaux, café, fruits, viennoiseries. Quand je lui parle de mon alergie, elle vérifie qu’il n’y a aucune noix, comme si j’étais une bombe qui pourrait exploser à tout moment. J’attaque un toast, à moitié écœurée.

— Je veux un téléphone. Je dois parler à Quinn.

— Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, répond Wills, sec comme une gifle. Je ne veux plus que tu le revoies.

Je cligne des yeux. Une fois. Deux fois. On dirait un sketch.

— Oh mais… je m’en tape de ton avis, en fait. J’ai besoin de lui parler. Et c’est personnel. Tu es peut-être mon grand-père, mais je ne te connais pas. Donc je fais ce que je veux.

Silence. Les mecs autour de nous me regardent comme si je venais de tabasser un prêtre.

— Je verrai ce que je peux faire. J’aimerais que tu restes ici. Tu peux amener ton frère si tu veux. D’ailleurs, il est où ?

Oh le fourbe. Il croit que je vais avaler ça ?

— J’en sais rien. Loin, j’espère. Et je ne reste pas ici. J’ai dit une nuit. Maintenant, je veux savoir : qui a tué ma mère ? Et toi, t’es qui ? Pourquoi t’es entouré de gardes ? Tu fais partie de la mafia, ou quoi ?

Je sens la nausée remonter. La sueur froide. Ma respiration s’accélère. Je mets ma main devant ma bouche pour ne pas rendre tout le petit déj. Wills croise les mains, son visage se referme.

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