Chapitre 6

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Après un long moment, nous nous éloignons l'un de l'autre. Il plonge son regard pétillant dans le mien :

- Je te rappelle que j'ai un papier à rédiger... on n'est pas très efficace pour l'instant...

- Je te rappelle que c'est toi qui as commencé il y a 3 ans... je ne parlerai pas de ce qui a suivi, mais bon...

Il rit et m'entraîne dans le coin de la pièce où est installé un petit canapé devant une table basse.

- Je me suis déjà excusé, non ? Allez, viens...

Nous nous laissons tomber sur le canapé – l'entraînement d'aujourd'hui m'a séché et je ne suis pas mécontent de pouvoir enfin m'affaler, les pieds sur la table basse. Je sais que Greg Adamson déteste ça, mais il n'est pas là pour râler, d'autant que Milan m'imite tout en ouvrant son ordinateur sur ses genoux. Durant quelques secondes, je l'observe naviguer dans ses dossiers sans vraiment le voir, seulement concentré sur le plaisir que me procure le contact de nos deux corps - son épaule accolée à la mienne et dont la chaleur traverse le tissu de mon tee-shirt, nos jambes étendues l'une contre l'autre et le léger mouvement de ses hanches à chacune de ses respirations. J'ose moi-même à peine respirer, de peur d'interrompre cette minute d'éternité, de voir disparaitre la sensation de plénitude et de douceur qui m'habite.

Finalement, il tourne la tête vers moi et plisse ses yeux d'un air interrogateur en constatant que je le fixe :

- Quoi ?

- Rien. Je suis content d'être là, avec toi.

Son visage s'éclaire d'un sourire puis il se penche et pose un baiser sur mes lèvres :

- Moi aussi, souffle-t-il, je suis vraiment content d'être avec toi.

Se redressant, il écarquille des yeux enjôleurs et espiègles :

- C'est parti... Alors, capitaine...

Ça commence bien. Je ne peux m'empêcher de rouler des yeux en entendant le surnom qu'il fait exprès d'utiliser, rien que pour me provoquer. Je le bouscule légèrement d'un coup d'épaule.

- Attention, ne commence pas. Je te démonte quand je veux... marmonne-t-il les yeux rivés à son écran.

Je réplique en ricanant :

- Ne sois pas si sûr de toi, Milan Adamson... il ne me faudra pas 10 secondes pour t'anéantir. Allez, interroge la star que je suis...

Il pouffe de rire et ouvre enfin son traitement de texte.

Pendant près de ¾ d'heure, il conduit l'interview comme une discussion à bâtons rompus et c'est beaucoup moins désagréable que la forme question/réponse à laquelle je m'attendais. Il axe les échanges sur la personnalité des joueurs, les liens qui existent entre nous, la façon dont s'est construite la cohésion d'équipe... Il m'explique que pour être lu et apprécié, l'article doit raconter une histoire, toucher les gens d'une manière ou d'une autre.

- Tout à l'heure, à la fin de l'entraînement, c'est toi qui m'as donné l'idée de la façon dont j'allais rédiger mon papier.

Je hausse les sourcils, dubitatif. Il reprend avec enthousiasme, les yeux pétillants – j'ai l'impression d'être face à un gamin qui vient de dénicher un trésor :

- Tu as mis en avant la cohésion de l'équipe et la confiance que vous vous accordez mutuellement – c'est votre atout, votre force. Votre histoire, l'histoire de cette petite équipe de 3e division qui gravit les marches vers la finale les unes après les autres – elle va intéresser les fans de basket, les joggeurs du dimanche et les amateurs de sport... mais les autres, Madame Calloway, notre vieille voisine, et ceux qui ne lisent jamais la rubrique « sports », c'est l'histoire des joueurs – des jeunes de Middlebury, leur état d'esprit, les liens qu'ils ont tissés entre eux qui susciteront leur intérêt. En plus, c'est le premier article, mais si vous gagnez les quarts, il y en aura un autre... Si vous allez en finale, ça va carrément devenir une série – on va rivaliser avec la Chronique des Bridgerton !!

capitaine, mon capitaineOù les histoires vivent. Découvrez maintenant