Chapitre 2

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3 ans auparavant – début août


Le jour commence à décliner : les invités sont éparpillés dans le jardin, autour du barbecue et de la grande table couverte de verres, de bouteilles et de canettes en tout genre. Depuis l'intérieur de la maison s'échappent des envolées sonores plus entraînantes les unes que les autres sur fond de basses et de guitares électriques : quelques personnes s'y déhanchent avec entrain.

Ce soir, Milan a réuni tous ses amis pour fêter son départ en Australie. Je fais partie des invités même s'il est plus âgé que moi – je vais entrer en terminale et lui à l'université. Mais au fil des années et de mes visites quasi quotidiennes chez les Adamson pour voir Gaby, nous sommes devenus assez proches. Il joue aussi dans l'équipe de basket du lycée, que Gaby et moi avons intégrée dès notre entrée en seconde. Quand nous sommes arrivés, il nous a pris sous son aile, d'une certaine manière, en nous donnant des conseils, en se joignant à nos matches au city stade après les cours... Au fil des mois, la complicité qui s'est créée entre nous s'est aussi ressentie sur le terrain – le coach nous a de plus en plus souvent engagés ensemble dans le cinq majeur et j'avoue, le jeu est vraiment différent avec lui – facile, fluide, intuitif : il est devenu un co-équipier de prédilection pour moi, mais aussi un modèle et un ami. Durant toutes ses années de lycée, il a été capitaine de l'équipe. A présent, la place est à prendre et j'avoue que ça me tenterait bien... mais passer après Milan n'est pas forcément l'idée la plus intelligente du siècle : le prochain capitaine devra relever la comparaison... et ça ne va pas être une partie de plaisir. Nous avons évoqué la question, une fois ou deux : selon lui, le poste est pour moi. J'ai la technique, j'ai le leadership, j'ai le sérieux et la régularité... ouais, mais je ne suis pas Milan. Bref.

En compagnie d'une quinzaine d'autres, nous sommes avachis sur la pelouse, au fond du jardin, avec une glacière encore pleine de boissons diverses et des saladiers de popcorn, en train de nous raconter nos vacances, de rire et d'établir toutes sortes de pronostics sur la saison à venir, à laquelle Milan ne participera pas. Quelques photophores sont disséminés ici et là, projetant des lueurs orangées sur nos visages heureux.

- Je compte sur toi pour me raconter, hein ? Tu me feras le débrief de chaque match !

A demi allongé sur le côté, en appui sur l'un de mes coudes, je lève les yeux vers celui qui est à côté de moi. Adossé à un arbre, les jambes étendues devant lui et croisées nonchalamment, Milan hausse les sourcils d'un air engageant dans ma direction, un léger sourire aux lèvres. Dans la pénombre, ses yeux bleus brillent d'un éclat espiègle. Ses yeux : ils lui donnent un charme de dingue et lui assurent un vrai succès depuis toujours auprès des filles. Et pas qu'auprès des filles, en fait : je l'ai toujours trouvé beau, moi aussi. Déjà quand j'avais 14 ans, je voulais ressembler à ce mec-là. Une sorte d'objectif de vie, quoi. Même si je n'ai pas eu besoin de ses yeux pour avoir quelques aventures, quand même. Pfff... Tout en me traitant de débile, je souris d'un air narquois :

- Mais bien-sûr... t'es prêt à sortir les billets pour le job ? Commentateur sportif pour Milan Channel, ça va chercher dans les combien, ça ?

- T'es con !

Sans que je l'anticipe, il frappe mon épaule du poing et me fait basculer en arrière. Je m'étale par terre sur le dos. Il est mort de rire... mais pas moi. Piqué au vif, je me redresse brusquement et viens le plaquer en le projetant sur le côté, pour le terrasser sur l'herbe. Il essaye d'échapper à ma prise, mais j'appuie de tout mon poids en le narguant, les yeux moqueurs :

- Alors, combien tu payes ?

Il s'esclaffe et d'un coup d'épaule puissant, réussit à me déstabiliser. Nous luttons quelques instants en laissant échapper des grognements étouffés. Je me retrouve de nouveau sur le dos – mais je refuse de m'avouer vaincu et tente de me libérer de son emprise.

capitaine, mon capitaineOù les histoires vivent. Découvrez maintenant