Chapitre 3

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Je suis repassé chez moi avant de me rendre à la soirée d'après match. Mes parents et ma sœur Jen, qui étaient dans les tribunes cet après-midi, en ont profité pour me féliciter avec un enthousiasme débordant – qu'est-ce que ce sera si nous gagnons le championnat ?

Quand j'arrive chez Gaby, l'ambiance est déjà à la fête : l'équipe de basket est au complet et quelques cheerleaders sont également présentes, tout ce beau monde étant éparpillé dans la maison, à danser, à boire et à rire. Une bouffée d'allégresse m'envahit – la contrariété que j'ai éprouvée tout à l'heure en apprenant le retour de Milan s'est vite évanouie : c'est juste le frère de mon meilleur pote qui rentre chez lui, rien de plus. Le temps a coulé sous les ponts et je suis loin de ressembler à l'ado que j'étais alors... Les conneries que l'on peut faire à 17 ans n'ont pas à polluer ma vie d'aujourd'hui. Bref. Je serai même content de le revoir.

- Hey ! Capitaine ! Viens là ! s'exclame Nat en agitant les bras lorsque je franchis la porte.

Je roule des yeux – je déteste qu'on m'appelle ainsi – et me dirige vers le groupe affalé sur le canapé dans le salon, composé notamment de mes coéquipiers les plus proches : Gaby, Nat et Junah. Collée contre ce dernier, Lorenna agite sa main vers moi avec un large sourire. Tonya, Maisie et Alexis se jettent dans mes bras en poussant des petits cris idiots dans une caricature très réussie d'elles-mêmes. Elles appartiennent à l'équipe des cheerleaders et font partie de nos fans les plus acharnées. Maisie s'attarde contre moi en minaudant. Elle suit le même cursus de sciences environnementales que moi ; entre les matches, les cours et les entraînements, nous ne nous quittons presque pas de la semaine – heureusement que nous nous entendons bien ! Elle finit par me lâcher et passe son bras sous le mien, puis chuchote sur un ton de confidence :

- Sasha ne vient pas ?

J'esquisse une moue incertaine et réponds de façon évasive :

- Non... elle avait autre chose de prévu... et puis, je n'avais pas forcément envie... bref.

J'ouvre de grands yeux expressifs pour lui signifier que ce n'est pas vraiment le lieu ni le moment pour avoir ce genre de conversation. Elle hoche simplement la tête d'un air entendu et m'entraîne sur le second canapé, face aux autres. Je ne sais pas trop ce que je veux, en fait, concernant Sasha, et ne suis pas sûr non plus d'avoir envie de me lancer dans une histoire quelconque. Je me sens bien, tout seul : la fac, le basket et mes potes - dont Maisie fait partie - me suffisent. Gaby surgit à cet instant avec quelques bières qu'il dépose sur la table basse, sous nos exclamations enthousiastes. L'heure est à la fête et je décide d'oublier le reste.

Un peu plus tard dans la soirée, alors que nous rejouons le match pour la dix millième fois, Milan apparait, un verre à la main. Je m'attends à la morsure qui ne manquera pas de traverser mes entrailles, mais non. Tout va bien. Manifestement, le temps a fait son œuvre. Je profite qu'il soit assailli par mes potes trop heureux de l'accueillir pour le détailler à la dérobée : en 3 ans, il n'a pas beaucoup changé. Il est un peu plus blond, peut-être - le soleil australien probablement ; il a pris des épaules ou bien je rêve ? S'il nous arrive à l'avenir de jouer à la bagarre, pas sûr que j'arrive à le vaincre... Le jean usé et le tee-shirt basique à manches longues qu'il porte sont comme une marque de fabrique chez lui depuis toujours, je remarque toutefois le lacet de cuir qu'il arbore en ras de cou et celui qu'il a enroulé autour de son poignet – ça c'est nouveau. Il est à la fois lui et quelqu'un d'autre, c'est vraiment étrange. En fait, il semble... adulte. Beau gosse. Beau tout court. Putain... il est beau. Je ne suis pas certain d'avoir atteint mon objectif, en fait, et d'être aussi beau que lui. Mais j'ai une excuse : il a repoussé les limites, merde. C'est pas du jeu. Je ris intérieurement de ma blague débile.

capitaine, mon capitaineOù les histoires vivent. Découvrez maintenant