Chapitre 19

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Quand on écrit, il arrive que l'histoire et les personnages nous échappent pour vivre leur propre vie et faire leurs propres choix (en général, c'est plutôt bon signe je trouve : ça veut dire qu'on leur a donné une véritable existence... non je ne suis pas dingue 😁😂). 

C'est ce qui m'est arrivé aujourd'hui. Ce chapitre n'a absolument rien, rien à voir avec ce que j'avais imaginé , prévu, planifié. Il s'est imposé à moi au fil des lignes que j'écrivais et finalement, m'a semblé légitime dans l'histoire de Milan et River, dans la construction de leur personnalité d'adulte, et de leur amour.

N'hésitez pas à me faire part de vos commentaires, cela m'aide toujours à avancer...

AVERTISSEMENT :

Ce chapitre contient des propos et une scène de violence homophobes, qui peuvent heurter certain.e.s lecteurs.trices.


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Vendredi 29 avril – 18h17

- Putain, fait chier !

Le juron que je beugle claque comme un coup de tonnerre quand j'entre dans les vestiaires, interrompant instantanément les conversations et faisant converger tous les regards vers moi dans un seul mouvement. Mâchoire serrée, je rejoins en trois ou quatre enjambées l'emplacement qui m'est réservé sur le banc, sans même adresser un œil à mes coéquipiers stupéfaits, et m'y laisse tomber lourdement. J'appuie la tête sur le mur en soupirant bruyamment, les paupières closes – l'idée étant de parvenir à disparaitre, ou à me téléporter loin d'ici - genre... en plein centre de la Chine par exemple – en abandonnant dans ce trou paumé du Vermont mes pensées en vrac et mon cerveau en ébullition. Après 5 secondes, force est de constater que j'ai échoué. Quelques souffles feutrés et les bruissements autour de moi me rappellent à la réalité, et j'ouvre des yeux noirs, défiant n'importe lequel des gars autour de moi de m'emmerder par quelque remarque que ce soit. Ils détournent la tête l'un après l'autre sans le moindre commentaire – après l'entraînement qui vient de se dérouler, aucun n'a envie de subir ma hargne et ma rancœur. Tant mieux.

Je demeure immobile durant les minutes qui suivent, perdu dans le marasme boueux de mes réflexions – quelles réflexions ? : perdu dans ma journée de merde plutôt – tandis que le ruissellement des douches s'étiole jusqu'à cesser complètement et que les chuchotements autour de moi disparaissent peu à peu. La séance a été... quel serait le mot adéquat ? Catastrophique ? Epouvantable ? Non... j'ai beau chercher : merdique s'impose vraiment comme le meilleur qualificatif pour désigner cet entraînement. Deux heures et demie de cauchemar, ni plus ni moins : aucun shoot ne rentre ; aucune combinaison de fonctionne ; on court au ralenti et notre système de défense n'est rien d'autre qu'une passoire. Les coaches ont passé leur temps à gueuler – je parle de Mike et Peter, hein, parce qu'en ce qui concerne Greg, on est plus proche d'une fureur apocalyptique que d'autre chose – et je n'ai pas cessé de couvrir mes coéquipiers de reproches acerbes. A l'issue de cette séance, je crois pouvoir dire sans me tromper que la solidarité et l'esprit d'équipe avoisinent le néant. Est-il utile de rappeler que nous recevons Williams demain ? Tout va bien.

Et ce qui vient de se passer ne risque pas d'arranger les choses... 

Alors que je m'apprêtais à rejoindre les vestiaires, Mike s'est porté à ma hauteur :

- Greg voudrait te voir, River.

Devant ma réticence manifeste, il a précisé :

- Peter et moi serons présents.

capitaine, mon capitaineOù les histoires vivent. Découvrez maintenant