J'ai réussi à m'échapper à la mi-temps – sur un score de 61-61 -, en prétextant avoir oublié des bouquins super importants à la bibliothèque de la fac, dont les portes ferment à 21 heures. Je ne sais pas comment mes potes ont pu croire à ce mensonge pourri – ils devaient être trop obnubilés par le match en cours pour s'intéresser à mes faits et gestes. Le regard que m'a lancé Jen lorsque j'ai quitté le salon, en revanche, ne me dit rien qui vaille : il va falloir que j'invente une excuse en béton d'ici mon retour... ou bien je lui raconterai la vérité, après tout. J'avais prévu de la mettre au courant : il est peut-être temps ?
Je me gare sur Main Street, tout près du pub, et envoie un message à Milan pour l'avertir que je suis arrivé. Quelques secondes plus tard, la porte s'ouvre et il apparait. Son visage s'illumine lorsque nos yeux se croisent, ce qui provoque une accélération immédiate des battements de mon cœur. Tandis qu'il franchit les quelques mètres qui nous séparent, je ne peux que constater une nouvelle fois à quel point il est beau. Il porte un tee-shirt blanc sous une chemise rouge ouverte, un jean élimé et des Converses blanches ; ses cheveux en bataille – est-ce que ça lui arrive de les coiffer ? – et le sourire presque timide qu'il m'adresse me font tout simplement fondre. SOS – sauvez-moi.
Il s'approche et durant une seconde d'éternité, j'ai l'impression de n'exister que pour lui : nous sommes face à face, sur le trottoir de l'artère principale de la ville, les mains au fond des poches ; nos regards rivés l'un à l'autre se dévorent en silence – je ne sais pas exactement de quoi nous avons l'air, mais je m'en fous. Je sais juste que je me sens bien, là, avec Milan devant moi.
- Salut, beau gosse, murmure-t-il enfin en haussant un sourcil espiègle. C'est cool que tu sois venu.
Mes lèvres s'étirent malgré moi en entendant ces mots et une onde de chaleur envahit ma poitrine. Dans un autre univers, je me serais juste jeté sur ses lèvres en passant mes doigts dans ses cheveux... La gorge serrée par l'émotion, je réponds :
- Hey... J'avais vraiment envie qu'on se voie...
Son sourire s'étend jusqu'à ses yeux. Puis d'un mouvement de tête il propose :
- Tu viens ?
Je le suis vers l'entrée du pub. Alors qu'il tend la main vers la poignée, je demande sur un ton léger :
- Qui est-ce qui est là ?
Il arrête son geste et se tourne vers moi, l'air impassible :
- Martin, Lewis et Tanner.
- Et Lucy ?
Il lève les yeux au ciel en poussant un soupir désabusé :
- Gaby est passé par là, je vois...
J'esquisse une moue expressive, pour lui signifier qu'en effet, son frère a dignement rempli son rôle de commère. Il passe sa langue sur sa lèvre inférieure, comme hésitant :
- Lucy a bu un verre, puis elle est repartie. C'était pas prévu qu'elle soit là – c'est juste qu'hier, elle m'a contacté...
Je l'interromps avec un sourire :
- ... sur Insta, je sais... et vous avez parlé, blablabla.
Il pouffe et hausse les épaules d'un air résigné. Puis il pivote et pousse finalement la porte.
Lorsque nous entrons, Milan se dirige vers le bar, où Zack prépare des verres. Il se penche au-dessus du comptoir et je les vois échanger quelques mots. Après avoir jeté un coup d'œil dans ma direction, le patron du Two Brothers hoche la tête d'un air entendu. Milan revient vers moi – ses yeux pétillent :
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capitaine, mon capitaine
Teen FictionRiver, 19 ans, étudiant en 2e année, est le capitaine de l'équipe de basket de l'université de Middlebury, dans le Vermont. Depuis des années, les Panthers enchainent les mauvais résultats, mais cette saison, tout peut changer ! Pour mener son équip...
