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Je restai silencieuse un long moment, le cœur battant, les larmes menaçant de couler. Je ne savais pas par où commencer. Les mots étaient coincés dans ma gorge, prisonniers de la peur et de la honte.

Et si elle aussi elle me jugeait ?

- Malhya. Commença doucement Madame Sylvie, qui venait doucement caresser mon dos avec sa main. Tu n'as pas besoin de tout dire d'un coup. Juste ce que tu peux.

Je serrai mes poings dans mes genoux, respirant lentement pour ne pas fuir, pour ne pas pleurer. Puis, d'une voix à peine audible je lança.

- C'est... c'est lui. Celui que je croyais... que je pouvais... faire confiance.

Je baissai les yeux. Mes mains tremblaient. Je sentais son regard posé sur moi, patient, attentif, sans jugement.

C'était bien là, la première fois qu'on me regardait ainsi.

- Je sais, murmura Madame Sylvie. Ce que tu as vécu n'est pas de ta faute. Jamais. Moi aussi plus jeune j'ai subi des attouchements de la part de mon professeur de danse. Mais j'ai parlé. J'ai osé parler et à partir de là on m'a aidée.

- Vous dansez? Disais-je en reniflant.

- Oui mais ça remonte, mais si tu le veux bien je pourrais t'apprendre.

J'hochais vivement la tête. Elle, elle se contentait de sourire.

- Ça va mieux ? Disait-elle.

Je haussais simplement les épaules.

- Mon père me manque.

- Et où est-il ?

- Il a été enrôlé pendant la guerre et depuis je suis chez mon oncle et ma tante.

Les larmes roulèrent sur mes joues malgré moi. Je me sentais à la fois vulnérable et étrangement apaisée à ses côtés.

- Oh je vois. Et si on parlait du monsieur de la dernière fois. Je me suis renseignée il s'appelle Lamine c'est ça?

À cela je n'avais fait qu'un oui de la tête, elle semblait vraiment s'intéresser à moi pensais-je.

- Est-ce que tu peux me dire ce qu'il t'a fait s'il te plaît ?

Je la regardais hésitante, je me demandais si c'était vraiment nécessaire de lui parler de ça.

- Écoutes prends ton temps, c'est compris?

Et puis à quoi? Je soufflais simplement et ouvrais ma bouche. Pour enfin parler, au risque de me faire encore jugée.

- Il m'avait dit qu'il voulait être mon ami, que je ne devais pas avoir peur mais à la moindre occasion, il a abusé de moi.

Les souvenirs revenaient peu à peu...

- Il m'a prise... sans que je ne puisse dire non. Et ensuite, tout le monde m'a accusée. Même les adultes. Ils m'ont regardée comme si j'étais la criminelle comme si c'est moi qui l'avait cherchée, et moi, je me suis sentie seule. Si seule...

Ma voix se brisa. Madame Sylvie me tendit un mouchoir que je pris sans un mot.

- Je comprends... Je comprends, Malhya. Tu n'es pas seule maintenant. Je suis là. Et tu n'as rien fait de mal.

Je levai enfin les yeux vers elle. Ses yeux clairs étaient remplis de cette douceur que je n'avais jamais connue. Et pour la première fois depuis des semaines, je crus un peu en quelqu'un.

- Peut-être qu'ils n'avaient pas tort. Peut-être que je l'avais cherché. Ma tante dit souvent que je ne suis qu'une petite fille stupide et madame Aïcha, que je suis une mauvaise influence pour les autres enfants. Peut-être qu'ils ont tous raison.

- Non ma puce, ils ont tous tort. C'est toi la victime dans cette histoire. Tu n'es qu'une enfant et ils ont profité de toi, de ton innocence et je vais t'aider crois moi. J'essayerai d'apaiser ton petit cœur. Je te redonnerai le sourire sur ton si beau visage.

Elle venait me prendre doucement dans ses bras. Me serrant fermement alors que moi aussi je faisais de même. Je sentais sa chaleur se mêler à la mienne et sa douce main me caressant le dos.

Je ne savais pourquoi mais j'avais envie de tout le dire. Là tout de suite. Mais, c'est comme si les mots se bloquèrent aux portes de mes lèvres.

- Ce n'est pas seulement lui. Lançais-je sans un murmure.

Elle prit mon visage en coupe et me regarda droit dans les yeux. Ses sourcils se fronçaient légèrement alors qu'elle s'apprêtait à parler.

- Qu'est-ce que tu dis Malhya ?

- J'ai dit que monsieur Lamine n'était pas le seul à m'avoir fait ça. Je pointais du doigt mon ventre. Pourtant j'avais respecté tout ce que ma tante m'avait dit de faire pendant mes règles mais je ne sais pas pourquoi cela c'était produit. Ni même comment.

Elle me regardait tendrement. Comme quand on regarde un enfant qui vient de naître.

- Je m'étais éloignée d'eux tous à chaque fois que j'avais du sang entre mes jambes comme elle m'avait dit.

- Ça ne marche pas comme ça Malhya.

L'instant d'après elle déposait ma tête sur ses cuisses et caressait doucement mes cheveux.

- C'était à eux de rester tranquille. Toi tu n'es qu'une enfant. Tu n'as rien demandé. Tu as compris ?

Je bousculais ma tête en faisant un oui. Elle avait sans doute raison.

- Qui sont les autres?

Je relevais légèrement ma tête et tombais sur son regard.

- Mais je n'ai pas le droit de dire son nom. murmurai-je. Si je le fais, il... il me pourra me tuer.

- Alors tu n'as pas à le dire pour l'instant, dit-elle calmement. Je respecterai ton rythme. L'important, c'est que tu saches que tu peux me faire confiance. Quand tu seras prête... je t'écouterai. Peut importe à quel moment tu auras besoin de moi, il te suffira simplement de venir me voir et je t'écouterai.

Je respirai profondément, sentant la tension en moi se relâcher légèrement. Pour la première fois, je n'avais pas peur d'exprimer ce que je ressentais.

- Merci... murmurai-je.

- Tu n'as pas à me remercier, Malhya. Tu as été courageuse aujourd'hui. Et ça, personne ne pourra jamais te l'enlever.

Je reposai ma tête sur ses cuisses, laissant les larmes couler librement. Le vent jouait avec les feuilles au-dessus de nos têtes, et un calme étrange s'installait autour de nous.

Pour la première fois depuis longtemps, je me sentais comprise. Et peut-être, juste peut-être... que la solitude pouvait enfin être partagée.

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[INDECENCE]~Rendez-moi mon innocence!

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⏰ Dernière mise à jour : Oct 16, 2025 ⏰

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