Chapitre XXV

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Rafael

Il y a quelques semaines de ça, lorsque je croisais par inadvertance Virgie dans les couloirs de son manoir, mon cœur sursautait comme s'il réagissait au sien. La plupart du temps, elle avait le regard vissé à ses pieds, comme si elle voulait se fondre dans les murs. Elle n'aurait pas non plus refusé de les transpercer pour s'enfuir. Gagner sa liberté.

C'est quelque chose que j'ai remarqué dès la première seconde, lorsque j'ai aperçu ses longs cheveux bruns et ses courbes fantastiques pour la première fois. J'ai entraperçu cette soif de liberté, et j'ai tout de suite eu envie de l'aider. Le plan était en place bien avant que je la rencontre. Nicholas m'avait parlé d'elle, m'avait montré les rares photos qu'il possédait et à chaque fois, un truc étrange dégoulinait dans ma poitrine. Je n'arrivait pas à l'expliquer, nous ne nous connaissions même pas.

Virgie s'était incrusté dans ma peau bien avant que son regard rencontre le mien et déjà à cet instant-là, je savais que je ne pouvais pas seulement sauver mon frère. Elle aussi. Je voulais qu'elle découvre la vie par delà ces murs en briques, je voulais qu'elle vive de ses propres ailes. Mais comme un affreux paradoxe qui faisait de moi une horrible personne, je voulait aussi qu'elle ait besoin de moi. Qu'elle apprenne la vie avec moi. Qu'elle embrasse mes lèvres pour la première fois, qu'elle expérience le plaisir des corps qui se frôlent avec moi pour la première fois. Je voulais qu'elle vive toutes ses premières fois avec moi.

Tout ceci je le voulais depuis des mois. Des mois à la frôler dans les couloirs, des mois à l'observer discrètement lors de ses cours de danse, des mois à rester planté devant la porte de sa chambre la nuit pour être certain que son paternel ne soit pas tenté de commettre l'irréparable. Parce qu'il est capable de tout, ce putain de psychopathe. Des mois à me fustiger car je ne comprenais pas ce qui m'arrivait.

J'ai connu sa mère, il y a quelques années de cela. Cass était une femme que j'admirais énormément. Elle nous ramenait toujours un énorme paquet de bonbons chacun, avec Nicholas. Et elle me serrait dans ses bras comme le faisait ma mère. Il y avait cette petite étincelle bienveillante lorsque l'on observait suffisamment longtemps ses yeux. Quelque chose qui me poussait à vouloir la rendre fière dès qu'elle franchissait la porte de la maison. Comme si j'avais besoin qu'elle ait cet autre avis sur moi, qu'elle ait cet élan protecteur que je n'avais pas eu du côté de mon père. J'avais besoin de cette autre figure parentale, même si elle n'était pas de mon sang.

Quand elle a disparu du jour au lendemain, j'ai voulu la rechercher. Lui dire qu'elle m'avait brisé le cœur. Ce petit cœur de jeune garçon sans père et avec une mère trop heureuse et trop enthousiaste pour se rendre compte du trou béant qui logeait dans ma poitrine. Et puis j'ai découvert qu'elle n'était pas uniquement ma deuxième mère, mais qu'elle était aussi une véritable maman pour quelqu'un. Virgie.

J'ai d'abord voulu déverser ma haine et ma tristesse sur elle. J'ai eu envie de lui dire que sa mère m'avait abandonné et qu'elle le ferait sûrement avec elle aussi. Je voulais honteusement qu'elle ressente la même douleur que moi, en pire. Mais lorsque la malédiction tomba sur ses frêles épaules, je me suis senti très mal. J'ai eu peur d'avoir déclenché quelque chose de bien plus puissant que toute la rancoeur que je pouvait ressentir à cet instant. J'avais eu peur de sa tristesse à elle, qui paraissait si imposante face à la mienne que je me sentais ridicule. Nicholas me répétais tout son chagrin qu'elle déversait dans ses lettres et j'ai cru être un monstre. Parce que pendant un temps, j'avais voulu de cette situation pour elle.

Plus tard, j'ai voulu me racheter. Je me voyais entrer dans la chambre de mon frère dès qu'il partait chez notre père et je lui volais toutes ces lettres écrites de la fine main de Virgie. Je les lisais plusieurs fois, des dizaines de fois peut-être, puis je les reposais à leur place lorsqu'il revenait chez maman. J'aimais mon frère de tout mon cœur mais à cette époque-ci, je crois que j'étais jaloux qu'il ait une confidente. Une personne qui lui écrivait toutes les semaines. La même personne que je pensais avoir détruite rien qu'à travers mes pensées.

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⏰ Dernière mise à jour : Dec 29, 2025 ⏰

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