Chapitre 8: Fetia

8.2K 187 39
                                        




Song:Afraid/ The Neighbourhood


« Tout est inconnu autour de toi, ne cherche pas à te retrouver si c'est pour te perdre. »

Cette phrase résonne encore dans mon esprit lorsque je reprends pleinement conscience de l'endroit où je me trouve, comme si elle avait été chuchotée directement dans ma tête, me ramenant brutalement à la réalité. Je réalise alors que je suis debout, immobile, au beau milieu d'une route que je ne reconnais pas, entourée d'un décor étranger, silencieux, presque irréel, comme si j'avais traversé un espace sans m'en rendre compte.

Avant même que je n'aie le temps de réfléchir, la portière d'une voiture claque violemment, brisant le calme ambiant. Je vois Kayla sortir en trombe, le visage fermé, les gestes secs, trahissant une inquiétude mêlée de colère qu'elle ne cherche même pas à dissimuler. Elle avance vers moi à grandes enjambées, déterminée, et pendant une fraction de seconde, mon instinct primaire me hurle de fuir, de disparaître, comme je l'ai fait tant de fois auparavant. Mais elle est plus rapide.

Sa main se referme fermement autour de mon bras.

— Qu'est-ce que tu fous en plein milieu de la route ?! T'es folle ou quoi ?!

Sa voix est dure, mais je perçois clairement la peur qui se cache derrière son ton agressif. Je cherche mes mots, consciente que la vérité ne sortirait jamais de ma bouche.

— Eh bien... je faisais un tour, et je me suis perdue.

Mensonge maladroit, presque ridicule.

— Tu te fous de moi, là ? Il est huit heures trente ! Tu n'as même pas ton sac sur toi ! Tu te balades depuis quand comme ça ? Oh mon Dieu... qu'est-ce que j'ai foutu...

Je baisse les yeux, incapable de soutenir son regard, consciente de l'absurdité de mes excuses.

— J'avais juste besoin de prendre l'air...

Le pire des mensonges. Celui qu'on sert quand on ne peut rien dire d'autre. Elle soupire, visiblement trop épuisée pour insister davantage.

— Bon, monte. On passe chez toi.

Sans un mot de plus, elle retourne vers la voiture restée à l'arrêt, moteur encore allumé, comme si le temps lui-même s'était figé pour m'attendre.

Une fois installée à l'arrière, je remarque Lewis assis à côté de moi. Je lui adresse un sourire discret qu'il me rend aussitôt, avec cette douceur silencieuse qui semble lui appartenir. Lewis est grand, probablement un mètre quatre-vingt-cinq, avec une carrure solide semblable à celle d'Isaac. Ses yeux gris attirent immédiatement l'attention : ils ont cette teinte métallique étrange, presque froide, qui donne l'impression de plonger dans un océan d'acier. Pourtant, malgré leur intensité, son regard ne trompe pas. Il est habité par une culpabilité sourde, par quelque chose de profondément brisé, comme si une partie de lui-même s'était envolée en emportant ses souvenirs, le laissant seul face à ses regrets.

Ses cheveux blond cendré, son teint légèrement caramel, sa barbe de trois jours et l'anneau en argent qu'il porte à l'oreille lui donnent une allure brute, marquée par la vie. Il est beau, indéniablement, du genre à faire chavirer des cœurs sans même le vouloir, mais il n'est pas mon genre. Comme les autres, son corps est orné de tatouages, mais l'un d'eux retient particulièrement mon attention.

Sur son avant-bras droit est inscrite une phrase :

Ua here au ia oe Fetia.

Mon cœur se serre imperceptiblement.

bruciatura rosaDes histoires addictives. Découvrez maintenant