Il t'arrive de te sentir vide. Tu ne fais rien, tu ne sais pas ce que tu as envie de faire, tu ne sais pas si tu n'as envie de rien faire. Ta tête est complètement vide. Aucune pensée. Aucune envie. Rien.
Tu ne sais pas pourquoi cet étrange sentiment est apparu, mais il va et vient d'une manière aléatoire et imprévisible. C'est un sentiment bien complexe à décrire. Ça ne te fait ni du bien, ni du mal, mais tu penses que c'est une sensation un penchant plus désagréable que le contraire. Te sentir avalée malgré toi par le vide.
Dans ces moments-là, tu fixes souvent le plafond de ta chambre, ou si tu es dehors, le ciel. Si possible, tu préfères regarder les arbres et admirer leurs feuilles et leurs branches se balancer au gré du vent. En même temps qu'elles, sentir le vent sur ton visage, sur ton être. Tu n'as jamais su pourquoi, mais ça a toujours eu le don de t'apaiser. Le vide qui te comble semble alors moins abyssal. Tu t'es dit un jour qu'après ta mort, tu voudrais être réincarnée en une de ces feuilles. Faire partie d'un tout, sentir le vent et la pluie en compagnie de tes semblables, changer de couleur jusqu'à tomber. Tomber et se faire écraser par des enfants excités par le bruit des feuilles mortes. On ne pleura pas cette mort, car elle contribuera au bonheur de quelqu'un.
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Tu es souvent dans la lune, les pieds sur terre mais la tête dans les nuages. Quand tu rêvasses, tu ne penses pas forcément à grand chose. C'est le vide dans ta tête. Tu regardes passivement un point fixe et tu fais le vide. Ce vide là est apaisant, tu aimes ce vide lorsqu'il est intentionnellement présent et te permet d'échapper pendant une courte durée la réalité de ce qui t'entoure. Méditer, ne penser à rien pour te bercer, te calmer, faire le point. Un vide qui devient ton refuge. Lorsque tu es ailleurs, tu oublies momentanément ton entourage, celui-ci te le fait souvent remarquer. Si bien qu'à force, il pense que tu fais exprès d'ignorer ses paroles et ses gestes. Or ce n'est pas toujours volontaire, tu as juste du mal à faire éclater ta bulle lorsqu'il le faut. C'est dans ta nature, voilà tout. C'est comme si tu étais née pour que ton esprit se perde dans le vide orbitant entre chaque étoile.
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Il est impossible pour toi de rester debout au même endroit. Debout, tu dois bouger. Tu marches, tu tournes en rond, tu fais des allés et retours. Tu fais le même trajet linéaire dans ta chambre dans les temps d'attente ou d'ennui. Quand tu cuisines, que tu laisses cuire des aliments ou mijoter la soupe, tu ne t'assieds pas. Tu marches. Tu fais plusieurs tours autour de la table de la cuisine, en jetant quelques fois des coups d'oeil à la télévision allumée. Tu aimes bien l'allumer pendant que tu cuisines, car ça donne une ambiance sonore, une histoire à suivre de temps en temps. Et ça te fait sentir moins seule.
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Tu aimes rêver de vide. Tu aimes marcher. Alors marcher en faisant le vide est devenu un passe-temps pour toi. Quand ta mère te tenait la main sur le chemin de l'école petite, tu pouvais t'autoriser à marcher tout en regardant dans le vide. Tes pied marchaient tous seuls, montaient et descendaient les trottoirs sans t'en rendre compte, évitaient les flaques par eux-mêmes, tandis que ton esprit se perdait. Tes yeux suivaient l'avancée du sol sous tes pieds sans pour autant y prêter attention. Cette main que tu tenais, qui te réchauffait durant ces journées si froides, était le soutien qui guidait ta marche sur ce chemin sans horizon.
Mais désormais, tu es adulte. Tu dois voir où tes pieds se posent. Tes yeux doivent être rivés devant toi, et non vers le bas, ni au-dessus de toi. C'est maintenant à toi de guider ta propre marche.
Alors n'aie pas peur de marcher seule. Marche, lentement mais progressivement. Continue de marcher et regarde devant toi, et tu verras que tout ira bien.
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Tu
No FicciónDans les moments où les émotions nous dépassent, on a parfois besoin de faire de l'ordre dans ses sentiments en bazar. Et lorsque l'on n'a personne à qui se confier, autant être nous-même le confident de notre propre personne. Ceci est un mémoire de...
