Tu as toujours détesté l'été. Depuis toujours, tu méprises cette saison de l'année qui est pourtant adorée par tellement de monde.
Après tout, qui dit "été" dit vacances, pas d'école, s'amuser, soleil, chaleur, plage, pique-nique, voyages, barbecues, les glaces qui fondent vite, le bruit des cigales qui t'énerve, les moustiques qui piquent, la chaleur qui t'empêche de dormir la nuit, le soleil encore debout à 20h, la sueur qui colle et qui empeste, les journées plus longues, les journées répétitives, l'ennui. L'ennui et la mélancolie. La mélancolie, c'est surtout cela que t'apporte l'été.
Tu n'as jamais su pourquoi, mais l'été te rend triste. Regarder le ciel bleu, le vert des arbres et leurs feuilles se balancer au gré du vent, la chaleur que tu tentes d'évacuer par la fenêtre mais qui ne fait que rentrer davantage chez toi, le soleil qui te menace et qui te force à te réfugier à l'ombre. Toutes ces choses qui font pourtant le bonheur de tant de gens te procurent à toi un sentiment complexe et inexplicable de mélancolie, de tristesse et de néant. Un vide plein d'amertume avec un soupçon de chagrin sans raison particulière.
En été lorsque tu étais enfant, tu ouvrais la fenêtre de ta chambre et tu contemplais les gigantesques arbres plantés derrière ton jardin. Tu observais leurs grandes branches feuillues tanger de gauche à droite, tout en sentant les vagues de chaleurs que t'apportaient le souffle du vent. Plus haut, tu voyais le ciel. Bleu, immense, avec ses nuages d'un blanc immaculé. Plus bas, tu voyais ton jardin. De taille moyenne, avec ses deux pommiers, son grand hamac bleu, ses balançoires, sa petite cabane, la verdure de ses haies non-taillées. Ce jardin dans lequel tu as souvent invité tes cousins, tes cousines, tes tantes, tes oncles et tes grands-parents pour faire un pique-nique.
C'était une belle vue. Alors pourquoi cette mélancolie ? Pourquoi ce vide ?
Une chose que tu détestais enfant, c'était de marcher pieds nus. Tu as toujours préféré le confort des chaussettes qu'au contact du sol à tes pieds. Et en été, tes parents t'obligeaient à être pieds nus. C'était une raison supplémentaire qui te poussait à mépriser cette saison. Mais cela n'explique pas ce sentiment de tristesse abyssal que tu ressentais en permanence.
Peut-être est-ce dû au changement soudain qu'apportent les vacances d'été. Tu passais toute l'année à travailler à l'école, mis à part lors des petites vacances et des jours fériés, puis viennent soudainement deux mois où l'emploi du temps était souvent vide. Quand tu partais en vacances quelque part, cela ne durait que deux semaines maximum. Le reste de tes vacances se passait alors souvent à la maison. Un même train-train quotidien s'installant pendant un mois et demi, ton ennui ne faisait que s'accroître.
En ces temps, ta mère t'achetais des cahiers de vacances. Tu détestais cela, tu étais en vacances, et tu n'avais pas envie de travailler. D'un autre côté, c'était l'ennui qui t'attendait si tu ne travaillais pas. Quant à tes amis, tu n'en avais que très peu, et tu ne les voyais que très rarement pendant les vacances. Soit parce qu'ils habitaient trop loin, soit parce qu'ils partaient en séjour chez leurs familles à l'autre bout de la France.
Dans tous les cas, ta mélancolie était toujours là pour égayer tes mois de juillet et d'août. L'été était pour toi la pire des saisons.
Tu repenses aux jeux auxquels tu jouais enfant avec ton petit frère. Ta chambre d'enfant était remplies de jouets, de peluches, de jeux de société, de livres, de bandes-dessinées, de couleurs, de joie, de vie. Pourtant, l'atmosphère de ta chambre prenait un tout autre aspect lorsque l'été arrivait. Tu jouais aux mêmes jeux avec ton frère, mais tu sentais que quelque chose était différent. Qu'il y avait un petit quelque chose qui pompait ton envie de t'amuser. Était-ce la chaleur ? La nudité de tes pieds ? La sueur qui rendait ta peau collante et ton pyjama sale ? Peut-être tout cela à la fois. Par moments, tu faisais une pause dans les jeux que tu jouais avec ton frère pour regarder par la fenêtre. Pour contempler les gigantesques arbres derrière ton jardin. Tu sentais le vide mélancolique t'envahir, mais étrangement, tu en avais besoin. Cet état de contemplation te semblait bizarrement apaisant, malgré l'once de tristesse qu'il te procurait également.
Aujourd'hui encore, ce sentiment est toujours là. Même adulte, l'été reste pour toi une saison déprimante. Cette mélancolie qui te cloue au lit et qui te donne l'envie de ne rien faire. Cet état de contemplation qui t'apporte apaisement, amertume, calme, vide et solitude. Pourtant, ce sentiment ne te paraît pas comme étant une anomalie. Peut-être est-ce parce que tu ressens ces émotions depuis longtemps déjà, aussi loin que tu puisses te souvenir. C'est une sensation qui fait partie de toi, qui vient et qui part au fil des saisons.
C'est déjà le début du moi de juin, le vide te submerge et encore une fois tu ne peux rien y faire.
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Tu
Non-FictionDans les moments où les émotions nous dépassent, on a parfois besoin de faire de l'ordre dans ses sentiments en bazar. Et lorsque l'on n'a personne à qui se confier, autant être nous-même le confident de notre propre personne. Ceci est un mémoire de...
