C'est la première fois que tu comptes voyager sans ta famille. Mais tu n'es pas seule, tu pars avec tes camarades de classe ainsi que des accompagnateurs. Oui, c'est un voyage scolaire.
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Lorsque tu as reçu le mail annonçant le programme d'échange étudiant entre ton école et celle d'un pays étranger, tu t'y es tout de suite inscrite. Bien sûr, seulement après avoir lu l'emploi du temps qui t'attendrait et après en avoir parlé à tes parents. Ta mère était un peu réticente à l'idée de te laisser partir. Elle s'inquiète beaucoup pour toi, qui as beau être adulte, es aussi assez tête en l'air. Mais elle a vite compris que ce voyage serait pour toi une expérience enrichissante qui te ferait grandir. Ton père a tout de suite donné son accord, voyager est source d'ouverture d'esprit. Le programme que tu as lu ne te semblait pas terrible, les matières et sujets étudiés ne t'intéressaient pas vraiment, mais tu avais envie de découvrir ce nouveau pays. Et par dessus tout, c'était un voyage gratuit dans un des pays les plus chers au monde, c'était clairement une opportunité qui ne se présenterait pas deux fois.
Le programme d'échange va durer deux semaines, c'est court.
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Tu t'y es inscrite et tu as été acceptée. Tu fais maintenant partie du voyage. Mais ce n'est seulement qu'après avoir été reçue que tu as réellement compris ce que cela impliquait.
Ton groupe de voyage t'était plutôt inconnu. Ce sont tous des gens plus âgés que toi, qui ne sont donc initialement pas dans ta classe, à l'exception de deux ou trois personnes. Hors, celles-ci ne sont pas spécialement proches de toi, ce ne sont ce que tu appelles des "amis vite-fait". Quant aux autres, certains ne te plaisent pas du tout. Ils démontrent un comportement immature, irrespectueux et d'après toi, un manque cruel d'éducation, de bonnes manières et de morale. Heureusement que le nombre de demeurés est assez réduit sur le quota total de personnes faisant parties du voyage.
De ce fait, tu ne connais quasiment personne. Et se faire des amis est une des choses dans lesquelles tu manques cruellement de compétences. Tu as du mal à t'ouvrir aux autres, la phase dans laquelle tu rencontres des nouvelles personnes et tente d'apprendre à les connaître est la plus difficile pour toi car par timidité tu ne parles pas aux gens tant qu'ils ne te parlent pas en premier. Lorsque tu entres dans une salle où tu ne connais personne, tu t'assieds toujours à une place isolée des regards et de la présence humaine. Tu ne sais pas comment maintenir une conversation avec quelqu'un sans qu'il n'y ait de blancs et un malaise insoutenable. Alors faire ce voyage avec des camarades dont tu connais à peine le nom, plus âgés que toi de surcroît, te met mal à l'aise.
Tu n'aimes pas non plus les accompagnateurs. Un homme et une femme. La dame est assez gentille mais parfois un peu trop stupide ; quant au monsieur, il te semble tellement illogique dans sa manière de penser et de faire les choses, et à eux deux ils partagent deux points communs : ils sont tout deux extrêmement mauvais en termes d'organisation et de communication, et sont frappés d'une passivité consternante.
D'un autre côté, tu sais que les choses vont bien se passer, bien que leur incompétence soit un temps soit peu problématique et que ton léger mépris envers eux puisse croître à force de les côtoyer pendant deux semaines. Car oui, le programme d'échange durera deux semaines, c'est long.
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Pendant la dernière semaine avant le grand départ, tu étais excitée comme une puce. Mais au fur et à mesure que le Jour J approchait, ton enthousiasme s'estompait progressivement d'une manière inexplicable. Était-ce à cause de ton manque d'amis dans le groupe avec lequel tu allais voyager ? De ton dédain pour les accompagnateurs ? Le programme qui, dans le fond, ne te plaisait pas ? Il est trop tard pour revenir en arrière. Tu vas devoir faire avec, et aller jusqu'au bout de ce à quoi tu t'es engagée.
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Deux jours avant celui du départ, tu sens déjà que ta famille va te manquer. C'est la première fois que tu voyageras sans eux. Elle est ton seul espace de confort émotionnel et physique en un an de solitude et de déprime. Tu n'as pas vraiment d'amis proches depuis que tu es entrée en grande école, et comme tu y es étrangère, ta famille est ton seul réconfort social. Tu vas bientôt devoir partager deux semaines de voyage et de travail avec des gens avec qui tu n'es ni amie, ni très proche. Aussi ridicule que ta nervosité se présente, tu commences à appréhender ce voyage que tu étais si excitée d'entreprendre il y a à peine quelques jours.
Ce voyage ne sera qu'un avant-goût de la vie d'émancipation qui t'attend très bientôt.
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Le jour avant le départ, tu te sens nerveuse. La boule au ventre, légèrement inquiète, réticente d'avoir voulu y aller bien que le voyage n'ait même pas encore commencé, mais étrangement calme. Au final, tu ne saurais dire si ton coeur penche vers l'appréhension ou vers l'excitation. Voyager pour étudier, ton désir de découvrir ce nouveau pays. Ton anxiété sociale, ton envie de faire des nouvelles rencontres. Ta volonté de voyager pour la première fois sans ta famille, ta crainte qu'ils te manquent terriblement. Tant de choses s'entrechoquent et se percutent, tes émotions ne font qu'en subir leur contradiction pour au final devenir complexes au point que tu ne sais plus quoi en penser. Mais tu restes légèrement nerveuse à l'idée d'entreprendre cette nouvelle expérience par toi-même, c'est un nouveau pas vers ta croissance mentale, ton autonomie et ton indépendance. Tout ce que tu peux faire, c'est attendre. Laisser le cours du temps te guider vers ce nouveau jour qui t'apportera soit réticence, soit contentement.
Le jour du départ, tu te sens spectatrice du monde dans lequel tu vis. A l'aéroport, tu attends le reste de tes camarades. Tu as du mal à rester connectée à la réalité, tu observes l'environnement sur lequel sont posés tes pieds sans que ta tête puisse suivre le cours des évènements.
Une fois à bord de l'avion, tu regardes à travers le hublot en te demandant si tout cela est réel. Tu as l'impression que tu vis dans un rêve, tu as tout oublié des angoisses qui te prenaient par les chevilles pour te trainer dans la mare de nervosité et de tension de la veille.
Lorsque tu es arrivée à destination, tu as observé ce nouveau pays, ces nouvelles rues, ce nouveau dortoir, cette nouvelle chambre. Ton esprit n'arrive pas à réaliser que tu vas passer deux semaines dans ce nouvel endroit. Sans famille. Sans amis. Seule.
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Cette solitude n'a finalement pas duré longtemps car en l'espace de quelques jours, malgré ta timidité, tu as pu remédié à tes maux en tissant de nouvelles amitiés qui dureront plus de temps que tu ne puisse soupçonner.
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Tu
No FicciónDans les moments où les émotions nous dépassent, on a parfois besoin de faire de l'ordre dans ses sentiments en bazar. Et lorsque l'on n'a personne à qui se confier, autant être nous-même le confident de notre propre personne. Ceci est un mémoire de...
