Tu es étrangère aux yeux de tes camarades. Tu ressens en permanence l'impossibilité à te familiariser avec ton école, ce tout nouvel environnement complètement différent de la sphère éducative française dans laquelle tu as grandi. Non seulement il t'est difficile de t'intégrer au vu des chocs culturels, mais il t'est aussi compliqué de communiquer avec tes camarades car tu ne parles même pas leur langue. Ton école se disait être internationale, alors parler l'anglais était censée être la seule chose qu'ils attendaient de toi. Pourtant les cours ne sont pas toujours en anglais, et les élèves ne sont pas non plus très bon dans la maîtrise de cette langue.
Ça fait près de sept ans que tu vis dans ce pays, celui de tes camarades de classe, et pourtant tu es à peine capable d'aligner une phrase avec un accent à peu près compréhensible. Tu essaies d'apprendre par toi-même cette langue difficile mais si familière, cependant la motivation te quitte progressivement. Tu n'oses même pas user du peu que tu maîtrises pour converser avec les gens à cause de ta timidité. Ce qui est très problématique car parler contribue énormément à l'apprentissage, mais la peur de te ridiculiser prend toujours le dessus sur ta volonté et te pousse aisément à l'abandon.
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Pourtant tu es dans ton pays d'origine et c'est la langue maternelle de tes parents. Il est vrai qu'ils ont essayé de te l'apprendre du temps où tu vivais encore en France. Mais sans succès. L'influence française de l'école maternelle et la langue française que tu parlais malgré tout chez toi t'ont fait oublié tout le vocabulaire que tes parents s'étaient efforcés de t'enseigner. Quand tu étais à l'école primaire, tu as essayé de réapprendre cette langue que tu avais oublié. Tu prenais des cours tous les week-ends et tu as enfin eu l'opportunité d'apprendre les bases de ce nouvel alphabet, de ses nouveaux accents, de ces nouveaux sons. Cependant tu as dû arrêter les cours avant même de savoir formuler une phrase car le bâtiment dans lequel tu prenais tes cours avait brûlé, ce qui a déclenché l'arrêt forcé de ton apprentissage. Le temps a passé, tu as de nouveau tout oublié de la langue de tes origines.
Mais tu as enfin retrouvé tes racines et vis désormais au sein du pays de tes grands-parents. Même installée dans ce nouveau pays, tu as continué d'aller à l'école française où des cours pour apprendre la langue de ce pays t'ont été donnés. Tu as alors essayé de réapprendre une nouvelle fois cette langue que tu n'as jamais su maîtriser durant ton enfance, or la quantité de ces cours était extrêmement limitée et insuffisante. Après quatre ans à tenter d'améliorer tes connaissances préservées basiques, tu as vite compris que ce n'était qu'une perte de temps et tu as abandonné.
Ton moyen de te consoler était de te rappeler en permanence la durée de ton séjour dans ce pays. Étant expatriée et non immigrante, tu n'avais jamais envisagé de rester ici pour le restant de ta vie. Tu étais persuadée de retourner en France après le lycée pour y faire tes études supérieures, alors la maîtrise de l'autre langue ne te semblait qu'optionelle. Tu t'étais inscrite à plusieurs concours, tu as été acceptée dans trois écoles sur quatre, et parmi elles, il y en avait une qui te plaisait énormément. Sauf que les choses se sont compliquées... Les prix, le déménagement, la distance... Après plusieurs discussions avec tes parents, tu as dû refuser la proposition qui t'était si alléchante, et tu as finalement choisi de rester en ce pays pour faire ce que tu es actuellement en train de faire.
Tu en apprends tous les jours de cette société que tu ne faisais qu'observer de loin. Tu as enfin fait le grand saut hors de ton refuge, et telle une aventurière tu explores cette sphère culturelle différente de la tienne. Malgré toutes ces années à vivre dans ce pays, c'est la première fois que tu côtoies de près les manière de penser et de faire des locaux, les mœurs et la morale de cette société dans laquelle tu poses tes pieds pour la première fois. Il y a des choses que tu ne peux te résoudre à comprendre car tu n'es aucunement anthropologiste, mais tu tentes tout de même de respecter au mieux certains traits de cette culture qui t'est à la fois si familière et étrangère.
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Puis est venu le jour où tu n'étais plus la seule étrangère de ton école. Tu as fait la connaissance d'une autre française qui a fréquenté le même collège que toi, ce qui vous a permis de vous familiariser assez rapidement et de devenir amies. Tu remercies la chance de l'avoir mise sur ton chemin remplie de solitude, car malgré le fait que tu t'étais fait d'autres amies dans ta classe, tu gardais l'impression gênante et constante de ne pas rentrer dans le moule. Tu étais entourée, pourtant tu te sentais seule. Quand cette nouvelle amie était arrivée, tu ressentais la joie de pouvoir parler ta langue maternelle avec quelqu'un en dehors de chez toi et ça t'avait beaucoup rassurée. L'école ne t'était désormais plus si étrangère puisque tu as trouvé quelqu'un qui te comprend dans tes difficultés et tes confusions vis-à-vis de tes nouvelles expériences scolaires. Vous vous comprenez aisément et vous pouvez parler sans avoir peur d'offenser l'autre car vous partagez le même degré de double culture.
Tu continues également d'apprendre à connaître tes nouvelles amies dont la mentalité t'est encore incomprise, et encore aujourd'hui tu découvres pas à pas ce pays et cette culture que tu pensais naïvement connaître.
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Tu
Non-FictionDans les moments où les émotions nous dépassent, on a parfois besoin de faire de l'ordre dans ses sentiments en bazar. Et lorsque l'on n'a personne à qui se confier, autant être nous-même le confident de notre propre personne. Ceci est un mémoire de...
