Début de la seconde partie .
ELIOT
Une semaine s'est écoulée, dissipant par la même occasion les souvenirs lointains de nos jours heureux.
Je repense encore à ma résolution, cette promesse faite à moi-même de ne jamais laisser Hugo s'éloigner de moi.
J'en avais la certitude, la certitude que jamais Hugo ne me quitterait. Malheureusement, encore quelque chose que je n'ai pas su tenir.
Depuis quelques minutes, je regarde mon petit ami ranger soigneusement ses affaires dans la vieille voiture de mon père. Il est venu le chercher pour le ramener, là où notre histoire a commencé.
J'ai eu beau tout essayer pour le convaincre, Hugo avait fait son choix. Je pense qu'il l'avait fait depuis un moment déjà.
Il souhaitait s'éloigner d'ici, s'éloigner de cet endroit qui lui a fait tant de mal, mais aussi, avec regret, s'éloigner de moi.
Après avoir aidé mon petit ami à mettre en place son dernier sac dans le coffre de la voiture, mon père se rapproche de moi.
— Tout ira bien, Eliot. Nous prendrons soin de lui, je te le promets, me lance mon père, la voix chargée d'émotion.
Il me prend dans ses bras, puis me laisse sans un mot. Je le regarde ensuite s'installer côté conducteur et fermer la portière derrière lui. Il souhaite sans doute nous laisser un peu d'intimité.
Hugo se poste devant moi, me dévisageant en silence. Qu'est-ce qu'on est censé se dire dans ces moments-là ?
Je n'éprouve qu'un sentiment amer, je n'arrive même plus à pleurer. J'ai envie de hurler, de lui faire entendre raison. Il ne doit pas me laisser pour partir à je ne sais combien de kilomètres de moi. Je veux aussi me montrer égoïste pour une fois.
Puis je me souviens de la raison de son départ. Je n'ai aucun droit de le retenir ici, même si je trouve tout cela injuste.
Les lèvres de mon petit ami s'ouvrent légèrement.
— El... Je suis désolé, me lance-t-il en se jetant dans mes bras, tout en éclatant en sanglots.
Je le serre fort tout contre moi, chérissant de toutes mes forces ce tout dernier moment de chaleur.
Il va me falloir attendre les vacances de Noël pour retrouver ses bras à nouveau. Hugo et moi devions descendre pour passer les fêtes de fin d'année avec nos parents. Plus de deux mois à tenir sans le voir.
— Hugo, tu n'as pas à t'excuser de quoi que ce soit, je lui lance alors. C'est plutôt moi... Moi qui n'ai pas réussi à te protéger, alors que j'avais promis de prendre soin de toi.
Les minutes défilent sans que nous ne puissions nous lâcher l'un l'autre. Je le garde fermement contre moi. Je sais parfaitement qu'à partir du moment où mes bras commenceront à se détacher de lui, la solitude ne sera plus alors que ma seule compagnie. Pourtant, lorsque vient l'heure pour lui de partir, je ne peux que me résoudre à le lâcher.
Après un dernier long baiser, mon petit ami monte dans la voiture.
Après quelques secondes, le manque de sa peau commence déjà à se faire ressentir. La vitre légèrement descendue, je ne peux qu'effleurer une dernière fois sa main avant que le véhicule ne commence à démarrer.
Sur le trottoir, sous le paysage grisonnant, je regarde la voiture s'éloigner, ainsi que mon grand amour disparaître.
Je repense alors à notre première rencontre, quand son regard a croisé le mien. À ce moment-là, il avait déjà capturé mon cœur. Je revois défiler devant mes yeux notre premier baiser, nos échanges et nos rires. J'aimerais tant pouvoir retrouver nos débuts, revivre nos jours heureux.
Alors, dans le silence de mes pensées, je laisse mes pas me transporter au cœur de la ville.
Je marche sans but, redoutant le moment où je devrai retourner seul dans mon appartement.
HUGO
Un dernier regard, puis une dernière caresse, avant que la voiture ne commence à avancer. Je ne quitte pas du regard Eliot, réalisant encore à quel point j'ai eu de la chance de rencontrer quelqu'un comme lui.
Pourquoi le bonheur est-il si éphémère ? Pourquoi m'avoir tout enlevé au moment où, enfin, je commençais à me sentir vivant ?
La vie est tellement injuste.
Finalement, tout est de ma faute. Si je n'avais pas fait confiance à ce garçon, si je ne l'avais pas suivi...
Ruminant tous mes regrets, je ressens monter de la colère. J'ai envie de hurler, de descendre de la voiture et de courir récupérer mon petit ami. L'obliger à me suivre.
Est-ce si important de faire des études ? Ne peut-il pas se contenter d'une vie avec moi dans le village de nos parents ?
En y repensant, le plus bête dans l'histoire, c'est moi. Je n'ai pas voulu être égoïste en acceptant que mon petit ami me suive, alors qu'il ne souhaitait que ça. Je ne voulais pas qu'il sacrifie ses études pour moi.
Pourtant, là tout de suite, si je pouvais revenir en arrière de quelques minutes, je ne penserais qu'à moi et je ne le laisserais pas rester dans cette horrible ville, loin de moi.
Dans ma tête, tout et son contraire embrouillent mes pensées. La fatigue morale a raison de moi après de longues minutes à ressasser mes regrets. Je m'abandonne au sommeil, en contemplant les premières gouttes de pluie perler sur la vitre.
C'est la voix d'Allan qui me sort de mes songes. Je jette un regard au travers de la vitre. Nous sommes déjà arrivés à notre premier point d'arrêt.
— Je me doute que tu ne dois pas forcément avoir très faim, me dit-il, avec une voix pleine de compassion. Mais tu ne veux pas venir grignoter un petit quelque chose ?
Je fais la moue. Je n'ai pas envie de bouger, et j'ai encore moins envie d'avaler quoi que ce soit. Je me décide malgré tout à le suivre pour ne pas paraître impoli. Il a quand même accepté de bon cœur de venir me chercher et faire toute la route pour me ramener chez ma mère. Je me contente simplement d'un petit paquet de chips et d'un sandwich triangle peu ragoûtant.
Nous nous installons non loin du magasin qui nous a délestés de 23 euros. Je ne connaissais pas ce style de boutique, mais c'est carrément hors de prix.
J'en profite aussi pour envoyer un petit message à Eliot, dont l'absence me pèse déjà beaucoup.
Nous ne restons pas bien longtemps sur l'aire d'autoroute. Il nous reste encore pas mal de route avant d'arriver à destination.
À peine avons-nous quitté les lieux que je sens le regard d'Allan se poser sur moi. Je croise son regard à travers le rétroviseur du véhicule.
— Je vais te parler en tant que médecin et non en tant que père de ton petit copain, me dit-il calmement. Comment est-ce que tu te sens réellement, Hugo ?
Je ne sais pas quoi lui répondre. Je reste silencieux quelques secondes avant d'articuler mes premiers mots.
— Je... Ça va, merci.
J'apprécie le père d'Eliot. Je sais bien qu'il essaye de m'aider, mais je ne pense pas avoir la force pour ce genre de conversation.
Il acquiesce, mais ne répond rien. Nous roulons ainsi dans le silence, mes yeux parcourant le paysage pluvieux.
Je trouve que mon humeur s'accorde parfaitement avec le temps actuel. Le temps doit sûrement compatir à mon malheur.
C'est après un chemin qui me paraît interminable que j'aperçois enfin quelque chose qui m'est familier. Je reconnais ce paysage qui défile devant mes yeux, je retrouve ce petit village qui m'a vu grandir, avec ses bâtisses presque toutes construites à l'identique.
En passant devant la maison de mon amoureux, le temps semble comme suspendu. Je ressens une certaine nostalgie en pensant à nous deux. Puis, à quelques mètres de là, une femme vêtue d'un long manteau beige attend patiemment devant l'entrée. Un sourire sur ses lèvres, des larmes perlant au coin des yeux, elle tend les bras dans ma direction.
Je la dévisage, et tout en approchant d'elle, je lui prononce simplement ces quelques mots :
— Maman, je suis rentré...
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Solitaire (BxB) Terminée
Novela JuvenilHugo, un jeune garçon introverti, est violemment agressé le jour de ses 18 ans par un groupe de garçons. Sauvé in extremis par Eliot, son mystérieux et séduisant voisin, Hugo se retrouve confronté à des sentiments inattendus. Rapidement, il découvre...
