HUGO
Lorsque j'ouvre les yeux, mes pensées sont en désordre et je ne réalise pas où je suis. J'ai l'impression de ne pas avoir dormi. Toujours les mêmes cauchemars qui continuent de hanter mes nuits. C'est en parcourant la pièce que les moments passés ici me reviennent en mémoire, ce qui m'apaise légèrement.
Je redécouvre l'endroit qui m'a vu grandir : de la fenêtre, qui a vu mes premiers échanges avec Eliot, au bureau rempli de photos de lui et moi ensemble. Finalement, tout ici me rappelle qu'il n'est pas là avec moi, et c'est affreusement difficile à supporter.
Je soupire bruyamment.
— Bon, ça suffit la nostalgie, me dis-je en repoussant la couette.
Je quitte le lit, évitant de me prendre les pieds dans les affaires de maman. Après mon départ, ma mère a dû utiliser ma chambre comme lieu de stockage. Des cartons sont entreposés ici et là.
Pas manqué, après quelques secondes, je me prends les pieds dans un sac et finis sur les fesses.
Quelques secondes plus tard, la porte de ma chambre s'ouvre.
— Mon ange, tout va bien ?
Maman est là, sur le seuil de la porte, me regardant avec inquiétude.
— Ne t'inquiète pas, rien de cassé. Mais je ne pensais pas que ma chambre deviendrait un débarras, lui dis-je taquin.
— Excuse-moi, mon chéri, mais j'avais besoin d'entreposer deux ou trois petites choses que notre voisin m'a gentiment offertes.
Je regarde autour de moi.
— C'est ce que tu appelles trois petites choses ? Je pourrais littéralement ouvrir une brocante dans ma chambre.
— N'exagère pas, mon ange. C'est quand même très gentil de sa part. Tu ne trouves pas ?
— Oui, maman. D'ailleurs, où en êtes-vous tous les deux ? Est-ce que je peux commencer à l'appeler beau-papa ?
— Arrête tes bêtises. Allan est un homme charmant, mais c'est tout. Ce n'est plus de mon âge de flirter.
— Ne dis pas ça, tu n'es pas si vieille. Et puis il n'y a pas d'âge pour tomber amoureux.
Maman s'approche de moi, me caresse les cheveux et me regarde tendrement.
— On ne devrait pas parler de moi, mais plutôt de toi. Je me doute déjà de ta réponse, mais comment te sens-tu ?
J'ai comme une douleur au ventre avant d'ouvrir la bouche. Qu'est-ce que je peux lui répondre ? Que, depuis ce qui m'est arrivé, je ne supporte plus qu'on me touche, et que même les caresses de mon petit ami me sont insupportables ?
— Ça peut aller, je suis juste un petit peu fatigué.
C'est la seule réponse que je peux lui donner, je n'ai pas envie de l'inquiéter plus que ça. Je me doute que maman est déjà au courant des détails par Eliot.
Ma mère garde le silence quelques instants.
— Mon ange, je ne peux qu'imaginer ce que tu as dû éprouver. Mais n'oublie pas que ceux qui t'aiment sont là pour toi. Ne t'enferme surtout pas dans le silence.
Je distingue des larmes au coin de ses yeux.
— Ça va aller, maman, je lui chuchote, tout en me blottissant contre elle, avant de fermer les yeux et de me laisser envelopper par la chaleur de sa douce présence.
J'ai passé la journée avec ma mère à discuter de tout et de rien. J'ai vraiment eu l'impression de me sentir à nouveau en sécurité et de me sentir réellement chez moi. Bien que j'aime profondément Eliot, je me rends compte qu'en m'éloignant d'ici, en m'éloignant d'elle, quelque chose s'est fissuré en moi. Il me semble que je ne sois pas encore prêt à couper le cordon.
La journée passe paisiblement. Il est 20 h lorsque mon téléphone se met à sonner.
— Coucou, mon cœur, la voix de mon petit ami résonne à l'autre bout de l'appareil.
— Salut, salut, je lui réponds d'une voix volontairement froide.
Je suis content qu'il m'appelle enfin, mais depuis mon départ, je n'ai reçu que quelques malheureux petits messages, et je veux qu'il ressente ma contrariété.
— Excuse-moi, Hugo, je... Mon petit ami laisse un long silence avant de s'exprimer à nouveau. Ça n'allait vraiment pas hier soir. Je sais que j'aurais dû au moins t'appeler, mais... excuse-moi.
Je ne réponds rien. Je lui en veux de m'avoir délaissé lors de mon départ, mais en même temps, je le sens vraiment mal, et je sais que je lui en ai fait baver ces derniers temps avec tout ça.
— Hugo... Je suis tellement perdu dans ce que je ressens. Une partie de moi me demande si je n'aurais pas dû monter dans cette voiture et partir avec toi.
— El... On en a déjà parlé. Et tes études ? Tu penses à l'ave...
Il me coupe avant que je puisse terminer ma phrase.
— Mon avenir, c'est toi, Hugo, seulement toi.
J'ai la gorge nouée. J'aimerais tant qu'il soit là avec moi.
Toujours pensif, après avoir raccroché avec mon petit copain, je quitte mon lit. Je jette un œil autour de moi, regardant tour à tour les divers objets entreposés dans la pièce.
Après quelques instants, je cède à ma curiosité et commence à fouiller un peu partout. C'est principalement de la vaisselle inutilisée et quelques bibelots. Dans un des sacs les plus proches de mon lit, je tombe sur un magnifique carnet vert avec des reliures dorées. Je me demande si je peux le prendre.
— Après tout, il est dans ma chambre, je murmure, comme pour me convaincre que, si cet objet se trouve ici, j'ai sûrement le droit de le prendre. Je le récupère, puis m'installe à mon bureau.
Je reste assis là, immobile, à contempler la première page de l'ouvrage, puis, après quelques secondes, le stylo à la main, je commence à écrire, remplissant ainsi la page blanche. Une page, puis deux, puis trois, et ainsi de suite pendant de nombreuses heures. L'espace d'un instant, j'ai ressenti un bien-être, comme si, en les écrivant, mes problèmes s'évanouissaient.
Après avoir rangé le carnet, je m'allonge sur mon lit. Je me sens vidé. Il ne me faut que peu de temps avant de sombrer dans le monde des rêves.
Le lendemain, je me sens plutôt bien. Pour la première fois, je n'ai pas fait de cauchemar durant la nuit. Quitter mon lit est presque une épreuve. À vrai dire, j'aurais bien passé la journée entière sous la couette, mais bon, je connais ma mère, elle ne va sûrement pas tarder à frapper à la porte pour vérifier si je suis encore en train de dormir.
J'ouvre la fenêtre pour aérer un peu la chambre, j'en profite aussi pour admirer la vue. Mon regard se pose sur la fenêtre d'en face, je sens que ça va devenir un rituel chaque matin. Mes pensées s'envolent alors vers mon petit rouquin adoré, si loin de moi en ce moment. Je me demande ce qu'il fait, s'il pense à moi lui aussi. À cette heure-ci, il doit sûrement déjà être en cours.
Je reste à la fenêtre un long moment, prenant le temps d'observer ce qui m'entoure. Les arbres sont vraiment magnifiques en cette saison, avec leurs nuances orangées, ils ont déjà bien pris leurs couleurs automnales. Quand je pense qu'Halloween arrive à grands pas... Ce n'est pas vraiment ma préférée, mais peut-être que cette année, j'aurai le droit à une visite plus agréable que celle des enfants du quartier venant chercher des bonbons.
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Solitaire (BxB) Terminée
Teen FictionHugo, un jeune garçon introverti, est violemment agressé le jour de ses 18 ans par un groupe de garçons. Sauvé in extremis par Eliot, son mystérieux et séduisant voisin, Hugo se retrouve confronté à des sentiments inattendus. Rapidement, il découvre...
