Chapitre 36 (second jet)

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Azalée

    

Gabriel ne s'était vraiment pas rendu compte de ma présence cette après-midi. J'étais un peu déçue, mais au moins, il avait pu se reposer.

Il semblait heureux de m'entendre, même si j'entendais une certaine distance dans sa voix. J'espérais qu'il ne me cachait rien. Peu importe ce que c'était, il fallait me mettre au courant.

Je me retrouvai à réfléchir longuement à ce qui pouvait bien se tramer dans l'esprit de Gabriel. Son ton chaleureux mais distant me laissait perplexe. Était-ce une aggravation de son état, ou y avait-il autre chose qui le tourmentait ?

Je savais que quelque chose ne tournait pas rond, mais il était difficile de deviner ce qu'il me cachait.

Je décidai de ne pas laisser mes inquiétudes prendre le dessus. Si quelque chose le préoccupait, il devait savoir qu'il pouvait compter sur moi pour l'aider, pour être là à ses côtés. Mais d'abord, je devais trouver le bon moment pour aborder le sujet, pour lui offrir mon soutien sans le submerger de questions. Il devait en avoir assez comme ça par jour de la part des infirmières.

Les jours suivants, quand je venais le voir, j'observai de près ses humeurs, cherchant des signes de trouble caché derrière son sourire. Et finalement, je rassemblai mon courage et lui parlai avec douceur de mes préoccupations. À mon plus grand étonnement, il me demanda de venir m'asseoir sur le lit avec lui, plutôt que sur le fauteuil. Je le rejoignis donc, sentant mon inquiétude grandir. Il me prit ensuite par la main et finit par me parler à coeur ouvert.

— C'est vrai que j'étais distant l'autre jour, c'était pour ne pas t'inquiéter, commença-il, les larmes lui montant aux yeux. Je ne savais pas comment te le dire. Moi-même je ne savais pas comment l'assimiler.

— Gabriel, parles-moi s'il te plait.

— Le jour où tu es venu pendant que je dormais. Ce jour-là, on m'a annoncé que mes problèmes cardiaques avaient encore progressés. C'était un coup de massue que je recevais et je ne savais pas comment t'en parler. Mon état empirait à vue d'œil et ma durée de vie baissait de jour en jour.

Je lâchai sa main et le pris dans mes bras. Il pleurait désormais à chaudes larmes.

— Gabriel, il fallait m'en parler, j'aurais été plus présente. Il fallait te décharger de ce poids.

— Et ce matin... après m'avoir expliqué les résultats des derniers examens. Les médecins me l'ont dit...

— Quoi Gabriel ? Ils t'ont dit quoi, implorai-je, ayant peur de la révélation.

— Le temps qu'il me restait et ils sont certains que je ne dépasserais pas ce nombre de jours, je partirais même peut-être avant la date prévue.

La durée se comptait désormais en jours.

Une fois de plus, mon univers s'effondrait. Je me retrouvai plongée dans un tourbillon d'incertitude et de désarroi. Malgré la douleur et l'inquiétude, je refusais de me laisser abattre. Je savais que même dans les moments les plus sombres, une lueur d'espoir persistait, prête à éclairer le chemin de ceux qui osaient continuer à avancer.

— Combien de jours ? sanglotai-je, les larmes roulant sur mes joues. Combien de putain de jours te reste-t-il ? criai-je, complètement démunie, la voix brisée par le désespoir.

— Cinq jours maximum.

C'était la phrase de trop. Mon cœur se serra si fort que je ne pus retenir les larmes qui continuaient de jaillir de mes yeux. Je fondis en larmes dans ses bras, complètement dévastée, sentant toute la douleur me submerger. Nous savions qu'il nous restait cinq jours, peut-être même moins. Chaque seconde semblait s'échapper comme du sable entre nos doigts. Pourquoi lui ? Pourquoi nous ? Ces questions tournaient en boucle dans ma tête, sans jamais trouver de réponse, amplifiant mon sentiment d'impuissance et de désespoir.

Pourquoi le sort semblait s'acharner encore et toujours sur nous ?

Mes parents n'étaient jamais présents, on m'avait enlevé Jade et maintenant on voulait m'enlever Gabriel. La seule personne qui rendait mes journées meilleures, le seul qui m'aimait, le seul qui était là pour moi et qui rendait ma vie plus simple.

Il m'avait soutenu quand j'étais malade. Et je ne pouvais même pas être à sa hauteur, je n'étais qu'impuissante face à tout ce qu'il se passait.

Et malgré le fait que je n'y pouvais rien, je me sentais tellement coupable. Nous restâmes là, dans les bras l'un de l'autre, anéanti par l'avenir proche qui nous attendait et qui nous faisait plus que peur.

Gabriel se redressa doucement, se pencha à mon oreille et murmura :

— Tu es celle qui a réussi à capturer mon cœur, Azalée. Ton sourire radieux illumine mes journées les plus sombres et ta présence apaise mon âme tourmentée. Je suis tombé amoureux de chacun de tes gestes, de chaque éclat de rire qui résonne dans mes oreilles. Alors s'il te plaît, le jour où je disparaîtrai, où que j'aille, continue de rire. Mon ange, continue de vivre, même si cela va te sembler insensé et insurmontable, vis et je vivrais à travers toi.

Je renforçai mon étreinte à ses mots. Ils m'apaisaient instantanément, anesthésiant la douleur que j'éprouvais. Il me prenait dans ses bras, c'était si beau, mais c'était surtout peut-être la dernière fois qu'il le faisait.

À contre-coeur, je devais partir et rentrer chez moi. Les larmes avaient cessé de couler. Le compte à rebours était lancé. Cinq jours maximum. J'aidai Gabriel à se remettre confortablement dans son lit, l'embrassai et partis. J'avais le cœur brisé tandis que j'avançais dans les couloirs.

Lorsque je rentrais chez moi, je montai dans ma chambre et enfilai un gros sweat. Je m'installai ensuite sur mon lit. Je me roulai en boule sous les couvertures et les larmes se mirent à couler.

La révélation de ces cinq jours ou moins m'anéantissait. J'avais plus que peur pour Gabriel à chaque seconde qui défilait. Mais surtout, je n'étais pas prête, ni préparée à le voir partir.

Je ne pouvais pas le laisser s'en aller, je ne le supporterai pas. C'était au-delà de mes forces. Je n'aurais pas assez d'énergie pour vivre sans lui. La douleur était insupportable.

Cette nuit-là, alors que les ténèbres enveloppaient ma nuit, j'étais prise au piège par l'insomnie. Mon esprit tourbillonnait dans un océan d'angoisses, chaque pensée éclaboussant mes sens comme des vagues déchaînées. Gabriel, mon Gabriel, était à l'hôpital, son visage pâle et paisible contrastait avec la machine à ses côtés qui émettait des bips réguliers, comme une comptine sinistre.

Je me sentais submergée par une peur lancinante, une peur sourde et omniprésente qui m'étreignait le cœur avec une intensité cruelle. C'était la peur de la mort, une pensée impitoyable qui me hantait, me murmurant des scénarios sombres où Gabriel était arraché à moi, emporté par l'inexorable passage du temps.

Chaque battement de son cœur semblait résonner dans mes oreilles comme un compte à rebours, chaque souffle était une douce mélodie éphémère dans le grand opéra de la vie. Mais moi, je me sentais totalement impuissante, condamnée à regarder le rideau tomber sur notre amour, sur nos rêves.

Dans l'obscurité de la nuit, mes pensées étaient comme des papillons nocturnes, voletant sans relâche autour de cette vérité inévitable, cette vérité qui me glaçait jusqu'aux os : un jour, plus que proche, nous serions séparés, irrémédiablement et pour toujours.

J'aurais voulu chasser ces pensées sombres, trouver refuge dans les bras réconfortants de Gabriel, mais sa non-présence créait un voile de terreur qui enveloppait mon esprit. Je me sentais seule, dérivant dans un océan d'incertitudes, luttant contre des vagues de désespoir qui menaçaient de m'engloutir à tout moment.

Et ainsi, je me battais contre les démons de l'insomnie, serrant les draps entre mes doigts, priant pour que le soleil se lève et chasse les ombres de mes peurs. Mais même à l'aube, même lorsque les premiers rayons dorés ont caressé ma chambre, la crainte persistait, insidieuse et implacable, me rappelant la fragilité de notre existence, la fugacité de nos instants de bonheur.

Together ForeverOù les histoires vivent. Découvrez maintenant