Je sors du train, mon cœur battant la chamade. Le vent dans mes cheveux se fait plus angoissant, oppressant. Quand le train a démarré, je me suis dit que c'était une page de ma vie qui se tournait, laissant la partie insignifiante et solitaire pourrir dans son incompétence. Mais... plus j'avance, plus je veux reculer. Et plus je pense, plus je veux m'arrêter. Il me faudrait être sûre d'être accueilli à bras ouverts. Je ne veux pas être exposé à la déception, au chagrin. Je ne veux pas que la colère vibre dans mes oreilles lorsque je saurais qu'il a refais sa vie. Il faut que, dès le départ, je me prépare à cela. A un je t'aime dont je ne serai pas la destinataire. À un baiser qui s'epanouirait sur la joue d'une autre femme. La femme de sa vie.
C'est moi la femme de sa vie, normalement...
Je n'ai pas oublié la sensation de ses lèvres sur ma joue, je n'ai pas oublié son odeur printanière, fleurie. Je pense au soleil quand je le vois, j'entends les oiseaux quand il rit.
Je ne sais même pas s'il est resté là où il avait déménagé, il y a maintenant huit ans. Huit ans de torture, comme ci j'étais dans un coma. J'entends ce qu'il se passe, je sais ce qu'il se passe. Mais je ne peux rien faire, je ne peux pas vivre. Je suis condamné à rester un personnage secondaire, regarder tout le monde vivre à ma place.
Et si je ne le revois jamais ? Ce n'est pas possible, c'est même impossible. Je ne peux pas, je ne veux pas. Il m'a mis sous la guillotine et il prend plaisir à me faire attendre. C'est de sa faute.
Je déteste t'aimer
Ne jamais le revoir m'accelere le cœur, broie mon ventre à m'en donner la nausée et appuie, appuie si fort sur mes poumons que je n'arrive pas à respirer.
J'ai son prénom, et son nom de famille. Je presse sa première enveloppe dans ma main moite, comme ci je m'accrochais à elle. Emmener sa dernière lettre m'était trop difficile. Les frissons et les pleurs de mon cœurs qui m'assaillent à cette seule remémoration en est la preuve vivante. Pas seulement parce qu'elle demeure la dernière, l'ultime, la brisure, l'histoire terminé. Mais parce qu'elle représente cet arrêt total d'espoir et d'amour avoué. Nous sommes devenus des secrets, des inconnus, un passage dans nos livres respectifs qui, en tournant les pages, est devenu un assemblage futile de lettres écrits à la va vite.
Pour toi, je suis sûrement un passage comme un autre.
Pour moi en revanche, tu es mon seul passage important, les seuls mots que je pourrais relire et les seuls lettres que je pourrait aimer. Là où même les espaces deviennent intéressants. Car ne dit on pas que c'est un don, de pouvoir lire entre les lignes ? Entre ces lignes, entre ces pages, moi j'intercepte des sentiments, ces vides regorgent de sensations qui nous font frissonner, de souvenirs qui nous font rigoler, de paysages qui nous font rêver, d'odeurs qui nous font voyager.
Alors oui, comme je le disais...le moment où tu es parti à été la fin de mon histoire. Le dernier point qui nous fait regretter de l'avoir fini, qui nous donne envie de la relire. Mais ce n'est pas possible...elle aura toujours la même fin.
Je suis dépendante de ta première lettre, elle me dicte mon avenir. Parce qu'elle regorge de merveille et de mots d'amours, de souvenirs et de joie. Mais aussi parce que l'adresse indiqué sur ce bout de papier était censé être celle de l'homme de ma vie. "Elle va se tromper..." cette pensée se souffle elle meme dans mon oreille insonorisée.
J'étais dans ma bulle et seul son minoie joyeux me sortirais de là.
Mon taxi m'attends. Ma mère était tellement euphorique à l'idée que je le retrouve qu'elle m'a donné plus que l'ensemble de mes économies. Elle en a assez de me voir comme ça, les traits tirés, les cernes violettes, la mine triste, le regard éteint. J'ai 21 ans et je traîne encore jusqu'à midi en pyjama. Tout ça parce qu'il n'est pas là. Tout ça parce que je n'ai aucune raison de faire différemment. Les autres croient que ne rien faire me repose. Mais c'est un débat interne constant, insensible à ma douleur. Et au final je me retrouve plus epuisée que si j'avais travaillé. Je me couche, mais je ne m'endors pas, jamais. Mon épuisement a une lueur de cauchemar car je n'arrive pas à trouver le someil. Je me tourne et me retourne. Je pleure et je repleure. Je l'aime et je le hais. Et lors d'une journée ensoleillée, je ne vois que les nuages.
Quand la voiture avance, quand la fenêtre vibre, tous ces petits bruits amplifient la paroie de ma bulle imaginaire et me font me concentrer davantage.
Malheureusement...
Mon cœur bat dans mes tempes, mes yeux n'arrivent plus à s'ouvrir et je ne peux plus rien faire à part rescacer des souvenirs joyeusement douloureux dans mon esprit usé. Je ne peux faire un mouvement sans me soucier de lui. Et je ne peux dire une parole sans me remémorer sa voix.
Je paye le chauffeur et sors en vitesse de la voiture, pressée d'en finir. Au moment où je suis pleinement dehors, toutes les senteurs et les bruits de la ville s'accapare de mes sens et me plongent dans un soudain courage. Je suis arrivée. Je suis à deux doigts de le revoir. À deux doigts de changer ma vie. À deux doigts de l'aimer encore plus fort. Et, dans le meme coffret - oui ma vie me fait penser à un lot, je ne peux avoir le positif sans le negatif- à deux doigts de souffrir encore plus.
Tu sens ma présence ? Tu te souviens que l'on se connaissait tellement que nous pensions, et agissions de la même manière ? Toujours inséparable, toujours sachant où l'autre était.
Les anges de Chevreuse, c'était notre nom...tu ne peux pas savoir à quel point l'ange en moi est devenu diable. Mais tu m'aiderais ? Tu m'aimerais ?
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Un Ange Derrière Les Nuages
Roman d'amourAbygaëlle n'arrive pas à l'oublier. Plus le temps passe, plus elle a besoin de lui. Mais elle le déteste, vraiment. Lucas n'arrive pas à l'oublier. Plus le temps passe, plus il a besoin d'elle. Mais il s'en veut, vraiment. Lorsque Aby se promet de l...
