L'odeur douceâtre du mélange de jaune d'oeuf, d'eau et de pigment retroussait mon nez.
Une de mes boucles chatouillait ma joue. Les interminables rideaux diaphanes brossaient le carrelage. Et le claquement des pieds et des rires suraiguës de mes sœurs, non loin, en bas, m'arrachait de ma concentration et me faisait tendre l'oreille pour m' assurer de leur sécurité.
C'était la première fois que mon pinceau flattait les courbes d'une coré. Les instruments pour fendre et sculpter le marbre avait été difficile à obtenir, mais des jeunes mariés du village m'avaient généreusement payés pour leur faire une amphore.
Nous étions en juin, c'était ma quatorzième année et Dino avait tressé des fleurs dans mes cheveux. La mer était calme.
Et la fête consacrée à ma déesse serait dans quatre jours.
J'espérais être choisie parmi les femmes et filles du village pour la servir aux côtés de la grande prêtresse. Cela faisait quatre années déjà que je soignais le temple de la déesse et il était temps que je vois de nouveaux horizons. Que je quitte la maison et me fasse ma place dans notre monde.
Je me demandais si la cité était telle qu'on la racontait : marmoréenne, bercée par l'iode et la protection des dieux et resplendissante de richesse que les marchands rapportaient sur leur pentécontore. Je me demandais si leur temple serait comme le mien : fleurit, parfumé et solennel.
Je me demandais si la déesse continuerait ses visites, là-bas.
Ces derniers mois, mes prières l'avaient conduite jusqu'à ma chambre. C'était étrange, d'avoir les faveurs d'une déesse.
Elle s'allongeait avec moi et je sentais ses doigts passaient dans mes mèches ébouriffées, roulaient sur l'arête chamarrée de mes oreilles et tapaient le bout de mon nez.
C'était incompréhensible, qu'une déesse ait été intriguée par la simplicité de mes journées. Peut-être était-ce ma mélancolie ou mon enthousiasme et comment j'étais si...humaine.
Je me demandais parfois si les dieux n'étaient pas las d'être éternel. Que faire de tout ce temps ?
Je levais mon pinceau. Inspectais une dernière fois sa bouche sage et les cheveux qui tombaient de son casque et glissaient le long de sa nuque. Le serpent ciselé, qui tournait autour de son avant-bras et sautait de son poignet en ouvrant la gueule, était déjà sec.
Je travaillais sur mon offrande pour être remarquée. Pour être remarquable.
Mais une part, une part intense dont j'avais honte, voulait savoir si elle était aussi froide que le marbre de la coré que je poserais en bas de son autel ; ou si elle était chaude comme la sensation qu'elle logeait dans mes muscles lors de ses visites.
On parlait souvent de l'amour entre hommes, une camaraderie encouragée pour faire des combattants de meilleurs soldats, mais pas de celui entre femmes. Encore moins de celui entre déesses et Hommes, ces unions étaient généralement vues comme un mauvais moment pour les premières et comme un goût plaisant et temporaire d'ambroisie pour les seconds.
Mais je ne voulais pas être puissante ou immortel ou seule, je voulais l'épouser de ma dilection pour qu'elle sache que même si je ne vivrais pas pour toujours, je me rappellerais d'elle. Même les Enfers et leurs fleuves ne sauraient me faire oublier la fervence que j'ai pour elle.
Je laissais mon œuvre sur le rebord nu d'une de mes fenêtres, et sortais en direction de la plage pour trouver un ingrédient.
Le soleil pressait sa course et plongeait déjà dans la mer.
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DOSSIER
Diversosje suis en licence d'écriture et voici un dossier de mes travaux d'écriture (scolaires et pas toujours très bons, sue me)
