Il n'existe aucune erreur dans la vie d'adulte.
Elle se résume à des choix conscients, sans doute et sans peur.
J'ai grandi dans un monde où mon entourage réussit tout ce qu'il entreprend. Mon père est du genre à se vanter d'être différent : plus ambitieux, plus motivé. Je voulais croire plus que tout qu'il puisse être une personne normale. Il était censé le rester.
Puis, un jour, j'ai réalisé que je n'avais plus le droit de faire le moindre faux pas. À mon tour, je subis la pression familiale : ne jamais rater. Ne jamais douter. Toujours briller, quoi qu'il arrive.
La réussite est la clé. L'échec, ma damnation.
Je flirte avec mes limites depuis des années. C'est un tango endiablé qui me donne le tournis. Et après trop de temps à suivre la danse, mon objectif a changé. Réussir n'est plus une nécessité. Survivre l'est. Je dois désormais faire face à trop de questionnements qui ont fait de la réussite quelque chose d'obsolète.
Je suis une enfant parce que les désirs de mon père ne me plaisent plus. Je suis une adulte parce que le bonheur est ma seule issue. Je suis une adolescente parce que je continue de courir après le monde.
Je suis irréprochable parce qu'on m'a appris à l'être. Et parfaite, parce que j'ai été façonnée ainsi. On ne peut me blâmer qu'à cause de mon combat contre l'homme qui m'a éduquée.
Il voulait une fille droite et froide, en mesure de reprendre le flambeau familial. Il n'a récolté que les vestiges de ses rêves. Une effroyable vision de son pire cauchemar.
On m'a appris qu'un adulte n'a le droit d'être heureux qu'à condition de s'être assuré une carrière apportant sécurité. Et c'est tout ce que mon père a toujours souhaité pour sa progéniture.
L'adolescence qui me tendait les bras s'éloigne petit à petit. Adieu les enfantillages, les soirées où l'on boit trop. Adieu les pleurs au fond du lit.
Bonjour l'université.
Bonjour l'enfer.
Bonjour parfait cauchemar.
Cet endroit n'a rien à voir avec ce que j'imaginais. Ça devait être un lieu d'exception qui m'offrirait l'opportunité de vivre et de me découvrir. Mais, en longeant les murs, je comprends que ça sera différent. Ici, je n'ai pas le droit à l'erreur non plus.
À mesure que j'avance, je prends conscience que tout ce que j'imaginais est faux. Il n'y a aucune joie sur les visages des étudiants qui croisent mon chemin. Ils sont tous habitués à ce quotidien monotone. Et lorsque j'arrive dans l'amphithéâtre, j'ai l'impression d'entrer dans une autre dimension.
Ils sont tous là, entassés dans ce hall trop étroit pour tous nous accueillir. Des groupes se sont déjà formés et les conversations s'élèvent bruyamment. Ils n'imaginent pas qu'ils n'auront bientôt qu'une envie : retrouver leur lycée et leurs vies pleines d'insouciances. Contrairement à eux, j'ai une irrésistible envie de me rouler en boule et d'oublier toutes les responsabilités qui m'accablent.
Mes erreurs seront perçues plus fortes. Mes rêves deviendront moindres et mes cauchemars prendront forme.
Ce premier jour est déjà un fiasco.
Mes yeux sont gonflés des larmes versées pendant la nuit. Ma tenue ne me rend pas assez adulte et l'état de mes cheveux n'améliorent pas la situation. Les gens me fixent. Ils se demandent probablement ce que je fais là. Eux aussi ont du mal à croire que ma place est bien ici. Tout comme eux, je sais que je ne devrais pas être là.
Au milieu de ces inconnus, un phare parmi l'obscurité. Un visage amical au sourire si large qu'il pourrait lui décrocher la mâchoire. Je suis désorientée, perdue dans ce regard si clair. Un océan si bleu qu'il me paraît irréel.
VOUS LISEZ
Memento Vitae
Teen FictionLorsque Maya entre à l'université, l'éducation de son père sous le bras, tout ne peut que bien se passer. Si c'est une façon pour elle d'échapper à l'homme qui l'a élevé, elle ne se débarrasse pas pour autant de tout ce qu'il lui a inculqué : discip...
