J'aurais dû penser à ce sentiment étourdissant qui me prend la poitrine quand je ne suis pas à ma place. Je ne devrais pas être là, mais il voulait que je continue les études alors que ce n'était pas ce que je souhaitais. Je voulais travailler avec ma mère, mais il était effrayé que je ne sois pas à la hauteur de ses espérances.
Mon cerveau est en proie à tout ce que j'ai tenté de maintenir à distance pendant ma dernière année de lycée pour que mon père ne soit jamais déçu. Désormais, je dois me battre pour éviter de chuter trop fort.
Seulement, cette journée est affreuse. Le train d'Elian avait du retard, ce qui l'a mis de mauvaise humeur. Le café était écœurant, alors nous avons dû nous rabattre sur un jus d'orange pour faire passer la pilule. Et pour couronner le tout, le métro était bloqué, ce qui nous a fait partir bien plus tard que prévu.
Tout n'annonce que des mauvaises nouvelles. Le seul point positif, c'est que je pourrais le revoir avant qu'il ne rentre chez lui.
Cela dit, ma joie de passer du temps avec mon meilleur ami est bien vite occultée par la réalité. Les cours ne devraient pas commencer aussi tôt. Je n'ai pas fini de me familiariser avec le campus. Je repousse cette intégration si loin que son trajet me paraît irréalisable, ce qui épuise Lili, qui n'attend que ça.
Je ne sais pas quel type d'effort je vais devoir mettre dans cette prouesse, mais je dois le faire. J'y suis obligée. Pour mon père, qui s'est battu corps et âme pour ne pas me voir régresser. Pour ma fratrie, qui n'a pas besoin d'un fardeau en plus. Pour ma mère, qui mérite une fille digne d'être montrée en public avec fierté.
Et surtout, je le dois à Lili, qui risque de passer l'année avec une meuf chiante à mourir si je ne me motive pas. Je ne veux pas que mes humeurs se répercutent sur elle.
— Enfin ! s'exclame-t-elle en se dirigeant à grands pas dans ma direction.
Les regards se tournent vers elle, mais ça ne la gêne pas. Elle semble protégée de toute moquerie. Elle continue de me réprimander en avançant vers moi, son index pointé sur moi.
— Je pensais que tu avais la notion de ponctualité ! me réprimande-t-elle sévèrement. Je constate que ce n'est pas le cas, merci de m'avoir prévenue !
Je pourrais prétendre à une panne de réveil, mais elle m'a prévenu dix minutes plus tôt qu'elle venait tout juste d'arriver, et je l'avais informé de mes plans.
— Tu es arrivée en retard, toi aussi, lui rappelé-je en glissant mon bras sous le sien. Tu es peut-être arrivée avant moi, mais ce n'est pas ce que j'appelle de la ponctualité.
— Ce n'est pas une raison pour arriver encore plus en retard, Maya !
— Désolée...
Elle chasse mes excuses d'un geste de la main avant de me demander de lui raconter ma matinée. Lili ne me laissera jamais le choix entre un moment de silence pour me préparer à ce qui va suivre et une session potins. Nous ne nous connaissons que depuis deux semaines, pourtant, j'en ai déjà vécu plusieurs. Et à chaque fois, ce sont des histoires sur nos années lycée.
Je lui parle distraitement d'Elian alors que mes yeux analysent le chemin que nous empruntons jusqu'au quatrième étage. Nous tournons à gauche, puis à droite. Et encore deux fois à gauche. Mes yeux se posent sur chaque numéro de salle, sans jamais trouver la nôtre et Lili ne m'est pas d'une grande aide. Elle peste quand je lui dis de faire demi-tour et nous nous remettons à chercher, un brin désespérées.
Je m'imagine rentrer chez moi et me recoucher. Me rouler en boule sous la couette pendant que nous refaisons le même chemin, de l'autre côté du couloir. Je vérifie les numéros en l'écoutant radoter sur les histoires de cœur de Martin et la force à s'arrêter quand je repère nos camarades.
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Memento Vitae
Teen FictionLorsque Maya entre à l'université, l'éducation de son père sous le bras, tout ne peut que bien se passer. Si c'est une façon pour elle d'échapper à l'homme qui l'a élevé, elle ne se débarrasse pas pour autant de tout ce qu'il lui a inculqué : discip...
