Chapitre 10

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Je ne voulais pas l'appeler à l'aide. Ce n'est vraiment pas ce que je voulais. Mais c'était trop dur. Bien. Trop. Dur.

Je m'étais promis de n'appeler personne, même en cas de besoin. Je pensais ne pas en avoir besoin, justement. Si Lili avait été là, je n'aurais pas eu à l'appeler, lui. Elle m'aurait aidé à me sortir de ce que je ressentais. Et il n'aurait pas eu besoin de quitter son cours pour me porter secours.

Parce que, maintenant, il refuse de me lâcher.

Nous sommes assis contre le mur d'un long couloir au dernier étage, silencieux, main dans la main. Je n'ai jamais eu autant conscience de sa proximité, pourtant, ce n'est pas ce qui me tracasse le plus.

Mon téléphone posé sur mes cuisses, j'attends patiemment l'appel de Léonard, qui aurait dû arriver il y a de longues minutes déjà. C'est un calvaire. Mon cauchemar.

— Tu devrais retourner en cours, déclaré-je d'une voix enrouée. Ce n'est pas la peine que tu restes.

— Je ne te laisse pas toute seule, Maya. Estéban récupèrera mes affaires à la fin du cours, je m'en fiche. Il est hors de question que je te laisse ici, toute seule, sans personne pour te maintenir hors de l'eau.

Sa détermination me cloue au sol et je ne sais plus s'il agit comme un ami ou comme un protecteur. Sans doute un peu des deux. Mais je n'en veux pas. Je n'ai pas appris à me débrouiller toute seule pour rien.

— Je vais bien, Alistair. Tu ne peux pas rater ton cours pour rester avec moi. Je te promets de t'appeler, si ça ne va pas.

Il se tourne vers moi, sans jamais rompre le contact entre nos deux paumes. Ses yeux plongés dans les miens ne me donnent plus envie de disparaître et de lui cacher ma honte. Ils me donnent envie de le laisser voir ma peine. De lui donner le droit de me consoler.

— On va attendre que ton frère te rappelle pour te donner des nouvelles et ensuite, j'aviserai. Mais en attendant, je reste avec toi, c'est non négociable.

Je soupire, résignée. Il ne sert à rien de me battre avec lui, c'est une véritable tête de mule. Pire que moi.

Sa main serre la mienne, un peu plus fort chaque fois que l'écran de mon portable s'illumine. Et s'il se veut rassurant, le stress qui émane de lui ne m'aide pas du tout. Son inquiétude, aussi puissante que la mienne, encore moins.

— J'ai bien compris que tu ne veux pas en parler tout de suite, pour ne pas porter malheur à ta sœur, mais on peut discuter pour faire passer le temps, suggère-t-il doucement. On fait comme tu veux.

— Je ne sais pas trop... J'ai peur de lui porter l'œil, peu importe ce que je fais. Je sais que ça n'a rien à voir et que tu vas trouver ça bête, mais avant que Léonard m'appelle, je venais tout juste de rater mon oral. Je ne peux m'empêcher de croire que ça a un lien. Imagine que j'ai envoyé ma sœur à l'hôpital sans le savoir, parce que je ne suis pas foutue de réussir un exercice aussi simple que de parler devant une classe entière.

C'est évident, Maya, tu le sais. Tu as envoyé ta sœur là-bas. Tu l'as fait exprès. Tu voulais qu'elle finisse dans un lit d'hôpital. Tu n'as aucun cœur.

— Tu as raison. Ça n'a aucun rapport et c'est un peu bête. Je ne comprends pas pourquoi tu te crois responsable d'une chose dont tu n'es même pas à l'origine.

— Comment expliques-tu le peu de temps qui sépare ces deux événements ? Je venais juste de m'asseoir quand j'ai reçu le message de Léonard. Ce n'est pas une coïncidence, je peux te l'assurer.

— Bien sûr que si, c'en est une énorme. Maya, le fait que ta sœur soit à l'hôpital n'a aucun rapport avec ce que tu faisais. Il faut que tu cesses de te rendre responsable de tous les malheurs du monde. Je veux que tu respires et que tu te calmes. Ça risque d'alerter tout le monde. Ma présence est déjà énorme à supporter pour toi alors évitons d'attirer des gens autour de toi.

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