Chapitre 15

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— Tu n'es toujours pas obligé de venir.

Alistair hausse un sourcil pour seule réponse. Il termine de boutonner sa chemise avant de porter son attention sur son reflet, dans le miroir.

— Je tiens toujours mes promesses, Rossi. Elian m'a envoyé une invitation personnelle, parce qu'il savait que tu essaierais de me dissuader de venir – ce qui est super vexant, au passage. Tu vas donc devoir me supporter toute la soirée.

J'ignore sa remarque en levant les yeux au ciel, mais mon regard ne quitte pas vraiment nos deux reflets, tant ils s'accordent bien. Moi et mes longs cheveux bruns, ondulés pour l'occasion. Ma robe bleu marine et ce décolleté effrayant. Lui et ses mèches rebelles, impossibles à discipliner. Sa chemise blanche et son jean, simple, mais efficace.

— Tes potes n'ont pas envie de te voir ?

Il se tourne vers moi, prêt à m'expliquer pour la sixième fois qu'il a envie d'être avec moi, ce soir. J'ai beau connaître son discours par cœur, je ne parviens pas à y croire vraiment.

— En plus, Estéban a invité une fille à sortir. Je n'ai pas envie de tenir la chandelle. Ça serait terrible ! Et les autres sont rentrés chez leurs parents pour la nouvelle année. De toute façon, ma décision est prise, Maya. Je viens avec toi.

— Tu aurais pu rencontrer une fille à cette soirée ! répété-je, outrée.

— La seule fille que j'espère embrasser à minuit sera déjà à mes côtés, je n'ai pas besoin de chercher plus loin. Je te l'ai déjà dit.

Il quitte ma chambre après m'avoir lancé un sourire charmeur. Je cours après lui en lui demandant ce qui le rend si sûr de lui, mais il se contente de me lancer mon manteau à la figure. Il arbore cette expression qui me donne envie de m'arracher les yeux pour ne plus avoir à m'y confronter.

— Tu ne vas embrasser personne, le préviens-je en entrant dans sa voiture.

— On en reparlera à minuit, jolie Rossi.

Mes joues chauffent et je me ratatine dans mon siège en espérant disparaître. Mais ça n'arrive pas. Je suis là, obligée d'écouter Alistair me répéter qu'il a hâte d'y être et de pouvoir passer la nouvelle année avec moi.

— Je ne vois pas ce qui te fait peur, lance-t-il en soupirant. A part tomber amoureuse de moi, visiblement.

— Ça ne me fait pas peur ! Enfin, ça n'arrivera pas, c'est pour ça. C'est évident. Tu devrais... Bref ! Je n'ai pas peur.

— C'est bon, Maya, je te crois.

Il se terre dans son mutisme et je me maudis d'avoir ouvert ma gueule. Je suis persuadée qu'il n'a pas vraiment envie que je tombe amoureuse de lui. Il ne peut pas vouloir d'une fille comme moi, c'est idiot. Pourtant, son silence me prouve le contraire. Et je m'en veux de ne pas y avoir pensé avant.

— Tourne à droite, ça sera la maison au fond de la rue.

— Tu vois que tu es un bon copilote quand tu veux ! lance-t-il, comme si rien de bizarre ne s'était passé.

— Ravie que ça te fasse plaisir...

Il n'a pas besoin de tourner la tête pour que je sache qu'un sourire peint son visage. Il n'a jamais caché ce qu'il ressentait et je commence à apprécier cette facette.

La voiture s'arrête enfin devant la maison d'Annie et une boule se forme au creux de mon estomac. J'ai déjà ressenti ça, je peux le faire. Alistair est avec moi, je n'ai pas à avoir peur.

Tout se passera bien.

Il glisse sa main dans la mienne et m'entraîne à sa suite dans l'allée de la propriété. Je resserre son emprise sur ses doigts quand la porte s'ouvre.

Memento VitaeOù les histoires vivent. Découvrez maintenant