Chapitre 16

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Une exposition photo. C'est ce qu'il me manquait pour passer du temps avec Elian. Il peut prétendre autant qu'il veut que cette routine métro-boulot-dodo lui convient, je n'en crois pas un mot.

Et si passer du temps avec mon meilleur ami signifie devoir aller à la fac, je le fais sans hésiter.

— Tu es en retard ! s'exclame-t-il, faussement outré.

— Ce n'est pas la première fois que ça arrive, répliqué-je pour me défendre.

Lili est assise à côté d'Annie, en pleine conversation. Quand Elian m'a annoncé qu'ils ne viendraient pas seuls, je ne pensais pas que mon amie les accompagnerait. Mais elle semble avoir sa place avec eux.

On entre dans la salle d'exposition en partageant les dernières nouvelles. Les premières photos ne sont pas aussi impactantes que je le pensais. Je me surprends à admirer les clichés d'un groupe d'amis. Ils ont l'air si insouciants ; et jeunes.

— Maya ! Viens voir, m'interpelle Annie, postée devant un autre tableau d'affichage.

Je la rejoins et me fige, ébahie par ce qui se trouve face à moi. Évidemment, nos compagnons nous rejoignent.

J'apparais sur chacune des photos. Aucun doute à avoir, c'est bien moi, le soir du concert de Noël. Je semble être dans mon élément : ma posture est bonne, mon visage rayonne d'un bonheur insoupçonné.

Elian s'extasie, salue le talent du photographe, mais Lili assure que c'est grâce au modèle. Ils se disputent longtemps pour savoir qui a raison, prenant chacun à partie Annie, qui tente de s'extirper de ce bourbier. Et mes yeux tombent sur le prénom inscrit un peu plus bas.

Alistair Weber.

Je n'avais même pas vu qu'il avait un appareil photo quand il est venu me trouver ce soir-là.

Je trouve le concerné près du bar, en compagnie d'une jolie jeune femme. Je risque de lui casser son coup, mais j'ai besoin de lui parler. Son regard accroche le mien quand j'avance vers lui. Il s'excuse aussitôt auprès de son interlocutrice, qui s'en va, furieuse.

A son sourire fier, je prends conscience que c'est la première fois que je le vois depuis notre baiser.

— Alors Rossi ? Comment tu les trouves ?

Je le laisse déposer un baiser sur ma joue, devant tout le monde, comme si nous n'avions plus d'épée de Damoclès au-dessus de la tête.

— Elles sont jolies. Je ne m'y attendais pas.

— Je ne savais pas que tu viendrais, dit-il alors en se grattant la nuque. D'habitude, tu fuis ce genre d'endroits. J'espérais que tu ne les vois jamais, en fait.

— Tu comptais me cacher ça ? Tu n'as pas honte, Weber ? Elles sont vraiment magnifiques. Je ne savais pas que tu avais un don pour ça.

— Tu n'as jamais posé la question.

Je me sens idiote. S'il a appris l'ampleur de ma passion en s'asseyant dans cette immense salle, je n'apprends le sien que bien plus tard. Il n'a même pas l'air de m'en vouloir. Il est là, face à moi, avec son sourire stupide.

— Tu veux boire un café pour en parler ?

— Désolée, Al'. Je suis venue avec des amis.

— Ce n'est rien. Profite de ta visite, on se verra plus tard.

Il s'éclipse sans me laisser le loisir de le retenir. Si j'avais accepté sa proposition, mes amis m'auraient poussé dans ses bras sans aucune hésitation. J'aurais peut-être dû lui proposer de rester avec nous.

Memento VitaeOù les histoires vivent. Découvrez maintenant