Chapitre 14

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C'est définitif : mon cerveau sature.

Mon ordinateur est ouvert depuis trop longtemps et je suis épuisée. Je suis terrorisée par la suite, quand j'aurais raté. Toutes mes espérances sont bonnes à jeter. Je n'ai pas ma place ici.

Mes amis s'inquiéteraient si je leur racontais tout et c'est sans doute ce qui me pousse à me taire. Je n'ai pas pu me résoudre à sortir non plus. Ça fait rager Alistair, qui est venu sonner chez moi trop de fois pour que je n'ai pas envie de succomber. Il est obstiné et ça ne devrait pas me toucher.

Mon portable vibre et la photo que j'ai attribuée à son contact apparaît à l'écran.

— Rapide ! s'exclame-t-il, surpris. Je n'ai même pas eu le temps de préparer mon speech, t'abuses Rossi !

— T'es jamais content... Pourquoi t'appelles ?

Il soupire, conscient que je ne lui faciliterai pas la tâche. Mais il ne se laisse pas démonter. Ce n'est pas son genre.

— J'ai compris que tu ne voulais pas sortir, mais tu ne peux pas te couper indéfiniment du monde. Je vais donc te proposer quelque chose : tu me laisses entrer, on mange ensemble et on fait comme d'habitude. Je squatte ton pieu pour bosser pendant que tu révises. Deal ?

Je pose mon portable sur le bureau après avoir activé le haut-parleur. J'attrape une feuille et commence à établir une liste de pour et de contre. Je me rends vite compte que je n'ai aucun argument pour refuser cette proposition.

— Deal.

Mais seulement parce que je sais qu'il a beaucoup de mal à se concentrer quand il est seul chez lui.

— Viens m'ouvrir, je suis là dans deux minutes.

— Je n'avais pas le choix, hein ?

Il acquiesce et je peux l'imaginer arborer ce sourire fier qui lui va bien. Je peux presque chantonner tant il est content. Et surtout, je sais qu'il ne dissimule pas sa joie au monde qui pourrait le croiser.

— Dépêche-toi avant que je change d'avis.

Cette phrase est un déclencheur : il se met à courir dans la rue, le souffle court. Les sacs qu'il trimballe s'entrechoquent brutalement et je quitte ma chambre, mon portable collé à l'oreille, toujours vêtue de mon pyjama préféré.

J'appuie sur le bouton de l'interphone et le son de la porte me transperce le tympan. Je raccroche quand il monte les escaliers, puis, je tourne la clé en l'entendant approcher de son but.

Il me fait désormais face. Je suis confrontée à la joie et à l'inquiétude qui se battent sur son visage. Il dépose ses affaires dans la cuisine et me tire jusqu'à ma chambre. Il me force à m'asseoir sur le bord de mon lit. Il reste debout, les poings sur les hanches, le regard dur.

— Plus jamais tu dresses ta mère comme un putain de rempart. Les gens s'inquiètent pour toi. Je me suis inquiété pour toi, Maya. T'as conscience de ça ?

— Oui, réponds-je en le fusillant du regard.

— Je ne crois pas, non. Tu réponds à peine, tu restes cloîtrée ici et quand on t'appelle, c'est limite si tu décroches. Est-ce que je peux savoir ce qu'il se passe ?

Il prend une grande inspiration et je prends conscience d'à quel point il est sérieux.

— Est-ce que tu évites quelqu'un ? Moi ? Un garçon ?

— Je n'évite personne. Écoute, je suis désolée, ça ne m'a pas traversé l'esprit que tu pourrais t'inquiéter pour moi. Je ferais attention la prochaine fois.

Memento VitaeOù les histoires vivent. Découvrez maintenant