Chapitre 6

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Je ne reconnais pas le reflet que me renvoie le miroir de la salle de bain.

J'ai des cernes monstrueux, les cheveux encore en bataille et les yeux à peine ouverts. Ce n'est pas une belle image de celle que j'ai été un jour. Si mon père était là, il m'ordonnerait de prendre une douche froide et de me maquiller pour recouvrir les désastres de ma nuit blanche.

Mon portable vibre et m'arrache à ma contemplation. Le nom d'Alistair s'affiche à l'écran et me donne envie de jeter l'objet par la fenêtre. Après huit jours sans nouvelles, il se met à m'appeler comme si nous étions devenus les meilleurs amis au monde. C'est hallucinant.

— Bonjour ! s'exclame-t-il une fois que j'ai décroché.

— Qu'est-ce que tu veux ?

Il rit, ce qui me provoque un soupir ennuyé. Comment oublier sa tendance à être agaçant ?

— Je vais bien, merci de demander.

— Tu n'as pas demandé non plus comment j'allais, Monsieur Irréprochable, répliqué-je d'une voix acerbe.

— Ok, excuse-moi. On reprend depuis le début. Comment vas-tu ? Bien dormi ?

Mens.

— Ça va. Que veux-tu ?

— J'aimerais qu'on se voit aujourd'hui. Ça ne nous ferait pas de mal de discuter. On devrait mettre les choses au point, une bonne fois pour toutes. Qu'est-ce que tu en penses, Rossi ?

J'en pense que c'est une mauvaise idée. Chaque fois que je le vois, je finis dans ses bras. Pas que ça me déplaise mais... C'est épuisant d'y penser chaque fois que je ferme les yeux.

— Tu m'emmerdes, Alistair, soufflé-je à nouveau. Pourquoi penses-tu que j'ai envie qu'on se voit ? Ou qu'on mette les choses au point ? Il n'y a rien à dire, le règlement est clair, je crois. C'est toi qui me l'as dit. Quinze fois par message, si je ne m'abuse.

— Allez, s'il te plaît, Maya. Je te promets d'être gentil avec toi.

— Tu n'as qu'à venir, toi, puisque tu veux tant me parler. Je n'ai pas très envie de bouger de chez moi, aujourd'hui.

Pendant un instant, je l'imagine se mettre en colère, me dire d'aller me faire voir et raccrocher. Mais il n'en fait rien. À la place, il me supplie de le rejoindre, qu'il n'a pas envie de me mettre mal à l'aise, juste de me parler et d'apprendre à me connaître.

— Je sais qu'on n'est pas partis sur de bonnes bases, toi et moi. Mais un jour, on me demandera ce que j'ai appris sur toi pendant cette année. Je n'ai pas envie de répondre que la seule chose que je sais sur toi, c'est ta façon de m'embrasser et de me toucher. Primo, c'est bizarre. Deuzio, même si c'est agréable, je ne pense pas que les gens veulent savoir ça. Tertio, t'es plus qu'un baiser, Maya. T'es une personne et je veux te traiter comme telle. Alors s'il te plaît, accepte de me rejoindre. Ça ne durera pas longtemps, je te le promets.

La manière dont il parle de moi ne devrait pas accélérer les battements de mon cœur, ni même me convaincre que c'est une bonne idée de le voir. Pourtant, il a utilisé les arguments qu'il fallait et je ne peux pas le rembarrer une nouvelle fois.

— Ok, à tout à l'heure.

— Ah ! Donc c'était vraiment ce que t'attendais de moi ? Top...

— Je vais raccrocher maintenant, le préviens-je simplement.

L'appel se coupe avant qu'il ne puisse ajouter quoi que ce soit et je balance mon portable sur le lavabo d'un geste rageur.

— Non mais qu'est-ce qu'il te prend ? demandé-je à mon reflet.

Memento VitaeOù les histoires vivent. Découvrez maintenant