Chapitre 7

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Les cours sont de plus en plus éprouvants. J'ai l'impression d'être totalement perdue. Mes camarades sont bien trop intelligents pour moi. Je suis à la ramasse. Chaque professeur est plus démoralisant que le précédent. La motivation a disparu et la discipline est morte très tôt dans l'année. Il n'y a plus que cette voix maléfique dans mon cerveau.

Lili est assise à côté de moi, à moitié endormie sur sa table, ce qui ne m'aide pas à me motiver. Elle marmonne, râle contre le professeur qui ne la passionne pas. Elle ferme les yeux, les rouvre et consulte son téléphone en soupirant. Elle se redresse, se rallonge sur sa table, cachée par son ordinateur et les quatre rangs devant nous.

Elle me jette un coup d'œil, ouvre la bouche, mais se ravise aussitôt. Je feins la concentration, mais la seule chose dont je rêve, c'est de me tirer d'ici pour de bon. Mais ce n'est pas encore fini. J'aurais aimé que la journée s'arrête là, mais le prochain cours – le dernier – me paraît être le plus dur de tous. Donc celui que je ne peux absolument pas rater.

Papa t'a interdit de sécher les cours, de toute façon.

— Tu comprends quelque chose ? m'interroge ma voisine à voix basse.

— Nada.

— Ah, ça me rassure. Je pensais être la seule à ne pas piger un mot de ce qu'il raconte. Ça me paraît flou.

— Comme si ça n'avait aucun sens, ajouté-je sur le même ton.

Elle se redresse, le dos collé au dossier de sa chaise et croise les bras en poussant un énième soupir. Et se répète le même schéma. Elle est intenable lorsqu'elle s'ennuie. C'est la première fois que c'est aussi flagrant.

Notre professeur nous rend notre liberté, dix minutes avant la fin, pour qu'il ne soit pas en retard à son rendez-vous. Il s'éclipse le premier et je m'autorise à me tourner vers mon amie. Elle a le nez plongé dans son portable et écrit frénétiquement des tonnes de message à sa petite-amie.

— Tout va bien ? demandé-je timidement.

Elle lève le nez de l'écran et je constate à ses sourcils froncés et à sa bouche tordue en une grimace que tout ne va pas bien.

— Anaëlle est en train de s'énerver, répond-elle en haussant les épaules. Elle veut que je vienne la voir ce week-end parce qu'on n'en a pas eu l'occasion récemment, mais elle ne comprend pas que je n'ai pas envie de passer quatre heures sur la route. 

— Pourquoi ça ? Je pensais que tu étais heureuse de la revoir.

— Je le suis ! Mais je suis un peu malade en voiture. Je sais que c'est stupide, mais j'ai peur de vomir. Elle m'en veut à cause de ça et elle ne veut pas venir à la maison. Elle dit que c'est trop compliqué. Donc, encore une fois, on ne se verra pas.

— Nous sommes bientôt en vacances, vous n'aurez qu'à vous voir à ce moment-là. Ce n'est pas très grave, si ?

Mais à son air fatigué, je devine que ça l'est. Lili a beau exceller dans l'art de prétendre, aujourd'hui, elle est aussi nulle que moi. Et c'est étrange à constater.

— Apparemment, si. Ça fait deux ans et demi qu'on est ensemble, j'ai passé la phase "je veux toujours être avec elle, elle me manque constamment'. Mais, j'ai pas l'impression que ce soit son cas. Elle ne comprend pas... En plus, c'est elle qui a voulu partir. Laisse tomber, c'est pas grave. Elle va se calmer. On devrait y aller.

Elle balance son ordinateur dans son sac à dos avant de se lever. Nous quittons la pièce en silence et elle ne touche pas à son portable pendant que nous traversons les couloirs interminables.

Memento VitaeOù les histoires vivent. Découvrez maintenant