Chapitre 9

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Lorsque Lili évoque son anniversaire, je m'attends à ce qu'elle avoue le redouter. Mais elle, elle ne voit pas tout d'un mauvais œil. Vieillir ne lui fait pas peur.

De notre groupe, elle est la seule dans ce cas-là. Martin déteste en parler parce que ça le fait stresser. Et Gabriel se comporte comme un enfant dès que le sujet est abordé. Il se bouche les oreilles et secoue la tête en gueulant "lalala". C'est devenu un sujet interdit.

— J'ai dit : de l'autre côté de la pièce ! s'écrie Lili d'une voix plus dure que d'ordinaire. Vous êtes bouchés ou quoi ? Maya ! Réveille-toi, bordel !

Je plonge mon regard dans le sien, pour découvrir l'inquiétude qui la ronge. Elle déteste qu'on ait manqué de temps pour préparer la maison. Et son état ne s'améliorera pas tant qu'Anaëlle ne sera pas là.

En bref, elle est à bout de nerfs.

— Tout va bien se passer, dis-je en posant une main sur son épaule. Ça va être génial.

— Rassure-moi, je t'en supplie. Tu as la playlist ?

Je lève les yeux au ciel en brandissant mon portable pour le lui prouver. Elle est à cran depuis deux jours, angoissant à l'idée que rien ne soit prêt à temps.

— Elle a l'air cool, dit-elle alors.

— Ce n'est pas pour rien que mes potes me laissent le champ libre pour ça : je suis une pro.

— Tu peux la mettre en route, ça nous fera peut-être du bien au moral.

— A toi, oui, confirmé-je. Mais relax, ok ?

Elle hoche lentement la tête et je prends ça comme une victoire. Je connecte mon téléphone aux enceintes du salon et la playlist se lance aussitôt. Et Lili semble revivre.

La porte d'entrée claque et notre hôte se tourne vivement vers le couloir qui y mène.

— Regardez qui j'ai retrouvé à la gare ! s'exclame une voix masculine qui m'est inconnue en entrant dans la pièce à vivre.

Le visage de Lili s'illumine quand une grande brune entre dans le salon. Je devine sans mal qu'il s'agit d'Anaëlle. Elle se jette dans ses bras et l'embrasse sans pudeur. Martin se plante à mes côtés, les bras croisés contre son torse, l'air serein.

Il pointe du doigt le garçon qui accompagne la jeune fille et déclare :

— C'est le frère insupportable de Lil'. Et tu as sans doute deviné que celle qui l'accompagne, c'est Anaëlle.

J'acquiesce sans lâcher l'inconnu du regard. C'est le portrait craché de Lili ; il a son énergie, celle qui m'a surprise le jour de notre rencontre. Sans que j'ai le temps de m'éclipser, il s'avance vers nous, un large sourire sur le visage.

— C'est bon de te revoir, minus.

Sa voix est aussi claire que celle de sa sœur.

Martin le prend dans ses bras et le garçon lui rend son étreinte avec ferveur. Comme s'ils s'étaient manqués à ce point. Le garçon s'éloigne et se tourne vers moi. Si Lili a les yeux clairs, lui, a des iris très foncés.

— Je ne suis pas sûr que nous ayons déjà été présentés, dit-il en tendant une main vers moi.

— C'est Maya, nous présente Martin en passant un bras autour de mes épaules. On l'a rencontrée cette année, grâce aux cours. Maya, voici le frère idiot de Lili.

Je glisse ma main dans celle du jeune homme et la serre légèrement. Nous demeurons ainsi avant que je ne rompe le contact.

— On m'appelle aussi Ethan.

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