Chapitre 18

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La passerelle qui mène aux bâtiments me paraît trop longue. Je me raccroche à l'idée que tout ira bien, que je ne pourrais pas faire pire. Mais comment en être sûre ?

Le nom de l'université me tombe sous les yeux et je crois mourir. Ces mots n'ont jamais fait aussi mal. Quelques mois plus tôt, j'espérais que ces murs seraient l'aide que je cherchais pour échapper à mon père. Mais maintenant, ils ne sont plus que le théâtre de mon pire cauchemar. Je vis un enfer.

J'avance sans regarder autour de moi. Les quelques étudiants présents risqueraient de voir que je n'ai pas ma place ici. Personne ne doit voir qu'au fond, je suis perdue. Je marche droit devant moi pour rejoindre le bâtiment B, lieu de rendez-vous donné par Lili.

Je ne voulais pas venir, il en était hors de question. Mais les garçons commencent les cours cet après-midi. Lili ne voulait pas les laisser seuls. Et si j'avais refusé, j'aurais dû expliquer à mon amie pourquoi je préférais rester chez moi.

Elle n'aurait pas compris.

Elle est capable de plein de choses, mais je doute fort qu'elle puisse se mettre à ma place et comprendre que tout le monde n'est pas doté d'un grand optimiste. Et surtout, qu'il m'est impossible de trouver ma place parmi cette foule.

Je les repère bien assez vite, assis autour d'une table, bavardant joyeusement autour d'un café. Le tableau n'a pas besoin d'être complété. Martin est le premier à me voir, installé face à sa meilleure amie. Il ne fait aucun mouvement dans ma direction et j'ai la sensation d'être une intruse. Je pense à faire demi-tour, mais je suis stoppée par le sourire que me lance ce visage si familier.

Qu'est-ce qu'il fout là, lui ?

Alistair est assis à côté de Martin. Il me fait signe de la main et ça suffit pour que leurs deux compères se tournent vers moi. Je me frappe mentalement et avance en priant pour que Lili ne me fasse pas remarquer mon retard. Je ne suis pas d'humeur à supporter ses commentaires et je doute qu'elle le comprenne d'elle-même.

La preuve en est : elle comble les derniers mètres qui nous séparaient et que je chérissais à toute vitesse. Elle me serre contre elle avant de me jauger d'un regard que je ne connais que trop bien. Elle ne me lâchera pas de si tôt et ça me fait peur.

Alistair passe un bras autour de mes épaules pour m'attirer contre son torse. S'il y a quelques jours, sa proximité ne me dérangeait pas, en public, cette fois, elle me met mal à l'aise. Je tire donc Lili par la main et la tire jusqu'à nos amis. Je n'ai pas besoin de me retourner pour savoir qu'Alistair me fixe. Ses yeux pèsent trop lourd sur moi. Martin claque un baiser sur ma joue avant de me forcer à m'asseoir à côté de lui. Ce qui signifie que je me retrouve coincée entre lui et mon parrain.

C'est bien ta journée !

— Bon week-end ? m'interroge Gabriel en se penchant légèrement en avant.

J'acquiesce en silence, ne sachant pas trop ce qui a été dit à mon propos. Mon cœur tambourine dans ma poitrine et je ne sais pas si c'est à cause de la présence trop proche d'Alistair ou leurs regards posés sur moi.

— On pensait pouvoir te voir, mais Al' nous a dit que tu t'étais enfermée chez toi, embraie Martin avec intérêt.

Al' ? Depuis quand ? C'est mauvais signe, Maya. C'est un piège ! Il faut que tu te tires.

Je sais que le concerné a toute son attention sur moi. Je le sens et ça ne m'aide pas à me calmer. Sa présence est partout autour de moi. Je ne sais pas sur quoi me concentrer. Je ne me sens pas bien. J'ai l'impression de fondre sous son attention. Sous celle des autres.

Memento VitaeOù les histoires vivent. Découvrez maintenant