L'idée de le revoir me tord l'estomac. Mon cœur se comprime en m'imaginant face à lui.
Lui qui prend toujours un malin plaisir à me torturer. Mais avoir de ses nouvelles me raccroche un peu plus à l'idée qu'il souhaite passer du temps en ma compagnie, comme ça a pu être le cas lorsque j'étais plus jeune.
C'est mal.
Tu ne peux vraiment pas t'en empêcher, hein ?
C'est comme narguer un chiot avec un os. Ça me fait le même effet. Il veut juste s'assurer que je me porte bien, que je ne suis pas devenue sa plus grosse déception. Mais il ne sera pas seul ce soir, et moi non plus.
Quand le téléphone de ma mère a sonné dans la voiture et que son nom est apparu à l'écran, j'ai cru étouffer. Elle avait gardé son numéro et quand je lui ai demandé de me l'expliquer, elle en a été incapable. La colère que j'ai ressentie s'est évanouie quand il a exigé qu'on se voit, tous les cinq. Je me rappelle la tête que maman a faite et le silence qui a suivi quand il a raccroché. C'était angoissant.
— Cette robe est magnifique, déclare Elian dans mon portable. Elle te va super bien, mais tu aurais dû la porter à une autre occasion. Tu as vraiment besoin d'impressionner ton père ce soir ? On s'en fiche, nan ?
Elian a une vision bien différente de la mienne en ce qui concerne mon père. Il trouve mon manège idiot, se moque de l'avis de mon père – sur lui ou mes fréquentations – et pense que je devrais me foutre, moi aussi, de ce qu'il pense de la vie que je construis sans lui. Il ne comprend pas à quel point j'en ai besoin.
— Tu trouves vraiment qu'elle est jolie ? Ou tu dis ça parce que je te casse les pieds ? demandé-je en me tournant vers l'écran.
Un sourire apparaît sur son visage et la réponse est plus qu'évidente.
— Les deux. Elle est jolie, mais tu m'épuises, Maya. Ton père ne pourra pas te dicter toute ta vie. Je comprends que tu veuilles absolument le rendre fier, mais ce n'est pas la façon de t'habiller qui va changer sa vision de toi. Il est pété au sol, ton père, tu ne peux rien y faire.
— Autant que le tien, répliqué-je sèchement.
Il hausse les épaules, sans insister, parce qu'il sait que c'est inutile. Nous avons tous les deux des secrets que nous taisons pour nous protéger. Il sait que mon père est une ordure, au même titre que je sais que son père l'est tout autant. Mais plus le temps passe et plus ça devient dur de lui cacher ce qu'il m'a fait vivre.
— Tu as pris la meilleure décision de ta vie en allant vivre chez ta mère, me confie-t-il d'une voix plus douce. Tu me manques beaucoup, mais tu sembles plus libre et je suis très fier de toi, Maya. Tu vas gérer et ton père n'a qu'à aller se faire foutre. Il va s'en mordre les doigts et il finira à genoux, priant pour que tu lui pardonnes ses actes, quoiqu'il ait fait.
Il marque une pause et me gratifie d'un sourire douloureux. C'est toujours le signe qu'il s'apprête à se confier. Mais cette fois, il semble prêt à franchir une limite qu'il ne s'était jamais permis de dépasser par le passé.
— Je vais te demander quelque chose qui ne sera pas facile. Ne lui pardonne pas. S'il te le demande, ne le fais pas. Il te fera des promesses qui te feront croire que tout est possible, qu'il est différent, mais il sera toujours le connard qui t'a élevée. Et je ne veux plus te voir souffrir à cause de lui.
Ses traits sont tirés par cette inquiétude que j'ai déjà vu maintes et maintes fois sur son visage. À l'époque, c'était à cause de ses propres problèmes. De sa famille, d'une vie dans laquelle je n'avais pas le droit de pénétrer. Mais cette fois, je sais que c'est pour moi qu'il s'inquiète. Je n'avais jamais pris conscience que mes secrets pouvaient l'impacter.
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Memento Vitae
Teen FictionLorsque Maya entre à l'université, l'éducation de son père sous le bras, tout ne peut que bien se passer. Si c'est une façon pour elle d'échapper à l'homme qui l'a élevé, elle ne se débarrasse pas pour autant de tout ce qu'il lui a inculqué : discip...
