Les rues de Bakwa étaient bien plus vivantes qu'il ne l'avait imaginé. Le soleil brillait fort, mais la chaleur semblait adoucie par les bruits incessants de la vie quotidienne. Les gens se hâtaient dans des allées étroites, marchant sans se soucier des regards extérieurs. Des enfants couraient, s'amusaient, tandis que les femmes discutaient entre elles, leurs voix s'élevant au-dessus du tumulte. Les étals de fruits et légumes débordaient de couleurs vives, et l'air était empli de l'odeur des épices qui flottaient dans l'atmosphère. Tout semblait être une danse tranquille, comme si le monde de Bakwa vivait au rythme de son propre tempo, à l'écart du monde d'Aaric.
Là, il n'y avait pas de voitures luxueuses, pas de grandes maisons ni de soirées chères. Juste des gens, vivant de peu, mais avec une intensité qui frappait. Aaric, perdu dans ses pensées, s'aventura un peu plus loin. Il avait l'impression d'être un étranger ici, même si c'était dans sa propre ville. Il se sentait observé, comme s'il était un intrus dans ce microcosme qui ne lui appartenait pas.
Il arriva finalement devant un petit café en bordure de rue. Là, assise à une table, il aperçut la jeune femme. Elle l'attendait, comme si elle savait qu'il reviendrait. Elle portait un simple t-shirt et un pantalon en tissu. Elle n'avait rien d'extraordinaire, mais quelque chose dans sa présence le perturbait, l'attirait. C'était comme si elle portait une vérité qu'il n'était pas encore prêt à comprendre, mais qu'il sentait profondément dans son être.
Il s'assit à sa table, et elle le salua d'un simple signe de la main.
— Tu es venu, dit-elle d'une voix douce, mais ferme. Je savais que tu reviendrais.
Aaric la regarda, ses yeux cherchant des réponses dans son regard. Il avait l'impression de plonger dans un océan insondable à chaque fois qu'il la fixait. Elle n'était pas comme les autres femmes qu'il connaissait. Pas comme les petites amies qu'il avait eues, ni comme les femmes qu'il rencontrait lors de ses soirées mondaines. Non, elle semblait... différente. Elle avait une profondeur qui déstabilisait, une aura de calme et de sagesse qu'il n'avait jamais rencontrée ailleurs.
— Je ne sais pas ce que je cherche, dit-il, la voix incertaine. Mais après ce que tu m'as dit l'autre soir, je... je ne peux plus ignorer ça.
Elle l'observa longuement, comme si elle mesurait ses paroles avant de répondre.
— Tu veux comprendre ce que tu cherches, Aaric. Ce n'est pas une question de richesse ou de pouvoir. Ce que tu cherches, c'est la vérité sur toi-même. Mais tu ne pourras pas la trouver dans ton monde, pas avec toutes ces distractions autour de toi. Tu dois quitter ton confort, te libérer de l'illusion dans laquelle tu vis.
Elle parla avec une telle certitude, comme si elle avait vécu tout cela, comme si elle savait de quoi elle parlait. Ses mots résonnaient en lui. Pour la première fois, il se sentait vulnérable. Il avait l'habitude de maîtriser son environnement, de contrôler sa vie. Mais avec elle, il avait l'impression de perdre pied.
— Pourquoi est-ce que je devrais quitter mon confort ? demanda-t-il, l'air sceptique. Ce n'est pas facile. C'est tout ce que je connais.
Elle esquissa un sourire, un sourire presque triste.
— Tout ce que tu connais, tout ce que tu as, tout ce que tu as accumulé, n'est qu'un mirage, Aaric. Un mirage. Tu as été aveuglé par l'idée que tout cela avait de la valeur, mais la vérité est que ce n'est pas ce qui te définira, ni ce qui t'épanouira.
Il se sentit frustré. Il voulait la défier, mais quelque part au fond de lui, il savait qu'elle avait raison. Il n'avait jamais eu à se remettre en question. Sa vie avait toujours été tracée pour lui. Ses décisions étaient prises par d'autres, par son père, par ses mentors. Mais ce vide... ce vide en lui n'avait pas de réponse. Elle lui offrait une perspective différente, mais elle exigeait qu'il abandonne tout ce qu'il savait, tout ce qu'il croyait être la vérité.
— Alors, que devrais-je faire ? demanda-t-il, sa voix empreinte d'une curiosité qu'il ne s'était jamais permise d'exprimer avant.
Elle le fixa longuement, comme si elle sondait son âme, puis elle répondit calmement.
— Commence par observer. Regarde vraiment ce qui t'entoure. Ne te contente pas de regarder avec tes yeux d'homme riche. Regarde avec ton cœur. Regarde les gens autour de toi, la manière dont ils vivent, comment ils s'aiment, comment ils survivent. Regarde ce qu'ils ont, ce qu'ils partagent. Apprends d'eux. C'est là que tu trouveras ta vérité.
Aaric se sentit déstabilisé par ses paroles. Regarder avec le cœur ? Il n'avait jamais appris à faire ça. Il avait toujours eu les moyens d'acheter tout ce qu'il voulait. Il avait toujours été dans une bulle d'artifice, où tout était parfait en apparence. Mais cette perfection avait un goût amer désormais. Il était fatigué de ce monde. Il était fatigué de se contenter des mêmes choses, de vivre dans l'illusion.
— Comment puis-je faire ça ? demanda-t-il, sa voix plus calme, presque une supplique.
Elle sourit doucement et secoua la tête.
— Ce n'est pas à moi de te dire comment faire. Mais je vais te donner un conseil. Commence par parler aux gens ici. Ils ont des choses à t'apprendre. Ils vivent avec peu, mais ils ont quelque chose que toi, tu n'as jamais eu : une véritable connexion avec leur existence.
Aaric la regarda longuement. Il ne savait pas exactement ce qu'il faisait là, mais il sentait qu'il ne pouvait plus faire marche arrière. Il devait changer quelque chose, ou il perdrait une partie de lui-même qu'il ne pourrait jamais retrouver.
— D'accord, dit-il enfin, sa voix déterminée. Je vais écouter. Je vais regarder, comme tu dis. Mais ça va me prendre du temps.
Elle hocha la tête, satisfaite.
— Oui, ça prendra du temps. Mais tu n'es pas pressé, n'est-ce pas ? La vie n'est pas une course, Aaric. C'est un voyage.
Aaric se leva. Il avait encore du mal à comprendre pourquoi il s'était retrouvé là, pourquoi il avait accepté cette étrange invitation à se remettre en question. Mais il savait, au fond de lui, qu'il n'avait plus le choix. Il devait changer. Le moment était venu.
Il se dirigea lentement vers la rue principale, son esprit en ébullition. Il n'avait pas encore d'objectif précis, mais il était certain d'une chose : il ne reviendrait plus en arrière.
Les jours qui suivirent, Aaric plongea dans un monde qu'il avait toujours ignoré. Il commença à se rendre dans les quartiers populaires, là où la vie semblait plus rude mais plus authentique. Il entra dans des cafés simples, discuta avec des vendeurs ambulants, échangea quelques mots avec des travailleurs, des étudiants, des mères de famille. Il s'assit parmi les gens du quartier, écouta leurs histoires, leurs rêves, leurs peines. Et petit à petit, il comprit. Comprit qu'il n'avait jamais vraiment vécu.
Dans un coin reculé de la ville, loin des regards, il commença à découvrir la véritable essence de la vie. Mais il ne savait pas encore que ce voyage allait bouleverser bien plus que ses croyances. Il n'imaginait pas à quel point sa rencontre avec cette femme allait changer son destin.
Mais il n'était qu'au début de son voyage.
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La raison
SonstigesL'histoire suit un jeune homme né dans l'abondance, qui a toujours eu tout ce qu'il désirait sans jamais se soucier des autres. Mais un jour, après une rencontre marquante avec une femme qui vend son corps pour survivre, il se rend compte de la supe...